« Il est temps de déconnecter le temps de l’éducation et le temps politique » (SE-Unsa)

En cette rentrée, le SE-Unsa salue les réformes éducatives du quinquennat... Mais se pose aussi la question de "leur pérennité", face à une potentielle alternance.

La conférence de rentrée du SE-Unsa, 30/8/16.

Conférence de rentrée du SE-Unsa, 30/8/16.

Pour le SE-Unsa, qui effectuait sa rentrée 2016, « beaucoup de positif » est à retirer de l’action du gouvernement en matière d’éducation.

« Pendant 4 ans, un travail considérable a été mené pour créer les nouveaux cycles, le nouveau socle commun, les nouveaux programmes de la scolarité obligatoire et de la maternelle, les nouvelles modalités de l’évaluation, la nouvelle organisation des enseignements à l’école primaire et au collège », liste Christian Chevalier, secrétaire général du Se-Unsa.

« Les engagements pour une Refondation de l’Ecole ont été remplis. Jamais autant de chantiers n’auront été ouverts, en cohérence les uns avec les autres », ajoute-t-il.

La réforme du collège « est en route »

classe collège

© elen31 – Fotolia

Le SE-Unsa salue en particulier la réforme du collège et les nouveaux programmes – un « changement d’une ampleur inédite », qui « bouscule les pratiques professionnelles », et qui aura toutefois « besoin de temps pour être assimilé » par les enseignants : « la logique est celle du temps long », indique Christian Chevalier. S’il y aura « vraisemblablement des inégalités de mise en application selon les équipes et les établissements », pour le syndicat, « cette rentrée ne sera pas chaotique », avec finalement « très peu de réfractaires ».

Pour le SE-Unsa, la réforme du collège « est en route, elle se mettra en place »… et plutôt que de se lancer comme le préconise le Snes-FSU, dans « une grève de rentrée qui ne marchera pas », la question sera pour l’institution « de laisser le temps aux enseignants de se l’approprier, plutôt que de multiplier les injonctions ».

Une évaluation des enseignants « à modifier en profondeur »

réunion professeurs

© Woodapple – Fotolia.com)

Le syndicat se félicite aussi de la revalorisation des carrières et des salaires des enseignants. « La carrière était jusqu’ici aléatoire, liée aux inspections : désormais, elle sera linéaire, plus rapide, avec un gain en matière de salaire non négligeable », note Christian Chevalier.

Et de saluer la création d’une « classe exceptionnelle », en particulier destinée « aux profs ayant enseigné en éducation prioritaire » pendant au moins 8 ans : pour le secrétaire général du SE-Unsa, « il s’agit d’une juste reconnaissance de l’implication et des difficultés des enseignants ».

Néanmoins, le syndicat demande une « modification en profondeur des pratiques évaluatives », qui devraient « d’abord concourir à l’amélioration des pratiques individuelles et collectives ». Pour le SE-Unsa, l’évaluation des enseignants et des personnels de l’éducation est « un système inégalitaire à réformer », car « sa fréquence est inégale selon les territoires et les disciplines ».

L’évaluation des profs « doit être formative, basée sur le référentiel métier », au lieu de reposer « comme c’est le cas actuellement », sur des « grilles d’évaluation propres à chaque IEN », estime C. Chevalier.

Psychologues de l’Education : la « reconnaissance d’un métier bien spécifique »

Psychologue scolaire

Psychologue scolaire / Fotolia

Le SE-Unsa salue enfin la création prochaine d’un nouveau corps, qui réunira les psychologues du premier degré et les conseillers d’orientation-psychologues : le corps des psychologues de l’Éducation nationale (PsyEN).

Pour le syndicat, il s’agit « d’une véritable reconnaissance de l’apport de la psychologie à la réussite des enfants », et d’un « métier qui obéit à une déontologie particulière », avec un recrutement « sur la base d’un Master », sans « l’étrange obligation, comme c’est actuellement le cas, de passer par la case enseignant ».

Un décret instituant le corps des PsyEN devrait paraître « avant la fin 2016 », explique le syndicat (qui a fait partie du groupe de travail ministériel chargé d’élaborer pendant 1 an des « référentiels d’activités et de formation »).

Le SE-unsa prévient toutefois le ministère : « la création du nouveau corps devra s’accompagner d’un plan de programmation des recrutements à la hauteur des besoins, dans les deux spécialités ».

En finir avec « l’effet yoyo à chaque alternance »

classe de lycée

© Monkey Business – Fotolia

Christian Chevalier insiste enfin sur l’importance de « sortir d’un discours catastrophique » qui « donnerait à voir un paysage éducatif en lambeaux » : pour lui, « le malaise général des enseignants n’existe pas », et « beaucoup de profs sont positifs dans leur métier », en particulier « ceux issus d’une reconversion professionnelle, de plus en plus nombreux ».

Au-delà de « la question de l’appropriation et de la perception (parfois parcellaire) par certains enseignants » de la Refondation de l’Ecole, la question de « la pérennité de ces nouveaux dispositifs » se pose, pour le SE-Unsa. Ainsi, le syndicat remarque dans l’opposition de droite « une tendance à la remise en cause » des actions du ministère de l’Education nationale de 2012 à aujourd’hui, avec notamment la promesse chez certains candidats à l’élection présidentielle de 2017 de revenir sur la réforme du collège.

« Des conceptions opposées vont s’affronter dans le cadre des élections, et c’est ce que devrons mesurer les enseignants comme les syndicats, au moment de la campagne présidentielle », n’hésite pas à lancer C. Chevalier. Pour lui, « il faut jeter aux orties cette façon de conduire la politique éducative, qui consiste à tout démolir à chaque alternance, et en finir avec un ‘effet yoyo’ qui affecte surtout les élèves les plus fragiles ».

« La communauté éducative a besoin de sérénité »

Pour le secrétaire général, « il est plus que de temps de déconnecter enfin le temps de l’éducation et le temps politique », car « la communauté éducative a besoin de sérénité et de constance ». Ainsi, ajoute-t-il, « l’éducation a besoin de temps », et « les réformes, quelles qu’elles soient, nécessitent de la stabilité pour se mettre en place et porter leurs fruits ».

Christian Chevalier rêve « dans ce pays, d’une vision à peu près collective, sur un certain nombre d’apports, au-delà des clivages ». Il rappelle « que nous avons eu un certain consensus par le passé » autour du socle commun, instauré par François Fillon en 2005, puis « réanimé lors de l’arrivée de Vincent Peillon » en 2012.

Pour Christian Chevalier, « si les moyens diffèrent, il existe malgré tout des points de consensus autour de questions majeures, de petits signaux encourageants, par exemple concernant la lutte contre le décrochage scolaire ou la démocratisation de l’accès à l’enseignement supérieur ».

1 commentaire sur "« Il est temps de déconnecter le temps de l’éducation et le temps politique » (SE-Unsa)"

  1. Loys Bonod  30 août 2016 à 20 h 56 min

    « Très peu de réfractaires » ? Le baromètre UNSA (!) 2016 des métiers de l’éducation indique que 74% des enseignants sont en désaccord avec les choix politiques ! ^^

    http://extranet.unsa-education.com/Docs/Total/T3_EnseignantsScolaire_Autres_Q1Q14.pdfSignaler un abus

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