Secrets de Profs : rapprochement de conjoint à la rentrée, enfin !

Nans Garnier, professeur d'EPS, a vécu des débuts difficiles en Seine-Saint-Denis. A la rentrée, il pourra enfin rejoindre sa famille dans le Sud.

Prof EPS

Votre début de carrière…

J’ai eu le concours et suis devenu prof d’EPS en 2013. Ma femme et moi avons alors vécu notre première année, l’année de stage, séparés. Elle était enceinte pendant qu’elle passait le Capes, en maths. Quand nous avons su, nous nous sommes demandés si elle devait renoncer au concours. Elle a été mutée sur l’académie de Créteil, à Vincennes (94) et moi dans l’académie d’Aix-Marseille à Perthuis dans le Vaucluse. Elle s’est retrouvée seule à Paris, enceinte. J’ai demandé à monter pour la rejoindre, mais personne n’a rien voulu entendre du côté de l’académie. Nous avons été séparés pendant six mois.

Votre organisation entre votre travail et votre vie personnelle…

Les trois quarts de ma paie passaient dans les billets de train. En début de carrière, on gagne 1640 euros net et moins l’année de stage. Ma femme était en colocation à Vincennes, près de son établissement. Elle payait 700 euros de location par mois. J’ai dû retourner vivre chez mes parents pour pouvoir monter tous les week-ends voir ma femme.

Votre choix de mutation dans l’académie de Créteil…

Pour éviter de se retrouver séparés, sachant que ma femme allait être stagiaire dans l’académie de Créteil (son congé maternité a reporté la fin de l’année de stage, NDR), j’ai demandé cette académie. J’ai fait des vœux autour de Vincennes : Montreuil, Bagnolet, Créteil. C’est plus facile d’avoir Vincennes quand on est prof de maths que prof d’EPS. J’ai fait mon stage à Montreuil (93) au collège Jean-Moulin. Une année difficile dans un collège difficile.

Ensuite, j’ai demandé les collèges classés « prévention violence ». Cela devait me permettre d’avoir une bonne bonification de 400 points au bout de 5 ans, pour avoir des chances d’être muté dans le Sud. Cela a sauté l’année où je suis arrivé. Il y a encore de petites bonifications, mais beaucoup moins importantes.

Votre prochaine rentrée…

Je rejoins ma femme et mon enfant dans le Sud. Il y a un an, nous avons hésité à rester dans la région parisienne encore quelques années, puis nous avons adopté une autre stratégie. Je ne voulais pas mettre mon enfant dans un collège difficile. Quand on voit le niveau de violences et d’incivilités et la manière dont de bons élèves se font influencer par les autres, cela fait peur. Ma femme, prof de maths, pouvait facilement obtenir sa mutation, alors que pour redescendre à Aix-Marseille comme prof d’EPS, il fallait énormément de points. Nous avons donc pris la décision de ne pas faire de demande de mutation simultanée. Je ne voulais pas la bloquer en n’obtenant pas la mienne. L’an dernier, elle a eu sa mutation à Salon-de-Provence, d’où elle est originaire. Nous étions dans la même problématique que lorsqu’elle était à Paris et moi dans le Sud. Elle a vécu avec mon fils chez ses parents pour pouvoir payer les billets de train et j’ai trouvé une colocation  avec deux autres personnes à Montreuil. J’ai obtenu le rapprochement de conjoint cette année. Je vais pouvoir voir ma femme et mon fils tous les jours. Parmi mes futurs collègues, je pense que la plupart auront vécu ce que j’ai vécu. Nous sommes nombreux à débuter dans le 93.

4 commentaires sur "Secrets de Profs : rapprochement de conjoint à la rentrée, enfin !"

  1. PE du 93  6 juillet 2016 à 20 h 45 min

    Je suis ravie pour cet enseignant mais son parcours n’a rien de celui du combattant et ce grâce au système de mutation du 2nd degre… A quand un article sur la mutation du 1er degre dans l’académie de Créteil et en particulier : sortir du 93? Car les rares qui ont reussi à rejoindre leurs conjoints , eux sont vraiment à féliciter.. Perso, j’ai eu mon concours en 2011, par la force des choses mon conjoint a du partir travailler dans le Calvados et depuis 2012 on vit séparé (exactement les memes conditions que le collegue que vous citez: Retour chez les parents puis double logement,, des frais de transports qui nous ruinent, la seule différence c’est que l’on attend de vivre de nouveau dans le meme département pour se lancer dans une vie de famille, à 32 ans nous n’attendons que cela mais quand pourrons nous enfin nous retrouver????? En attendant ma vie quotidienne se résume à travailller d’arrache pied dans mon école REP+ au coeur du 93 tout en attendant les vacances pour retrouver mon conjoint.
    Si seulement ma situation était isolée, mais il n’en n’est rien, tellement de couples séparés , de situations sociales ou médicales a qui l’on refuse la mutation et je n’ose parler des collegues qui souhaitent seulement changer de vie mais a qui l’on n’attribue pas de points car le système considère qu’ils n’ont pas de motifs valables pour sortir du 93….. Alors oui cet enseignant n’a pas eu un parcours agréable mais quel chanceux qu’il prenne fin après seulement 3 ans.. A quand un traitement équitable entre les professeurs des écoles et ceux du 2nd degré??Signaler un abus

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  2. harry  8 juillet 2016 à 1 h 23 min

    C’est vraiment terrible toutes ces situations de séparation décrites…Signaler un abus

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  3. PHL  10 juillet 2016 à 8 h 42 min

    Les concours sont nationaux et tous les enseignants ne peuvent avoir la chance de travailler dans leur région d’origine ou au soleil, dans un établissement « facile ». Les lauréats sont affectés là où sont les besoins et cela est connu dès l’inscription au concours.
    Quand la seule motivation pour devenir enseignant est de pouvoir travailler près de chez soi et de pouvoir inscrire ses enfants dans un bon collège, il est urgent de changer de métier. Nous sommes bien loin des hussards noirs de la République.
    Les postes doubles ou les rapprochements de conjoints ne sont pas très difficile à obtenir dans certaines académies comme Amiens ou Lille par exemple.
    Dans cette situation, l’objectif principal n’était pas le rapprochement de conjoint, mais un retour rapide dans le sud, par tous les moyens possibles, même en acceptant d’être séparés une deuxième fois.
    Je suis ravi pour cet enseignant qui obtient une mutation, mais est-il bien conscient que c’est au détriment de très nombreux collègues qui ont accepté d’enseigner 15 ou 20 ans dans le nord du pays ou dans le 93, sans se poser la question de la difficulté et de la scolarité de leurs enfants et qui attendront un peu plus pour finir leur carrière au soleil.
    Si cet enseignant estime égoïstement qu’il ne doit pas travailler plus longtemps dans le 93, s’est-il simplement posé la question de savoir qui doit accepter ces conditions qu’il juge inacceptables ? Les autres bien sur !

    Il est trop facile de présenter de telles situations individuelles, sans mener une réflexion globale sur l’affectation des enseignants, les conditions d’exercice et de rémunération du métier.
    Je préfère rendre hommage aux nombreux enseignants qui ne se sont pas trompés de métier, qui restent courageusement dans les quartiers difficiles et qui sont souvent de véritables héros.Signaler un abus

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  4. Morilla  12 juillet 2016 à 23 h 50 min

    Tout a fait d accord avec le commentaire précédent . Quand on passe un concours national on connaît les conséquences sur les mutations a travers le territoire. En ce qui concerne l eps ,il faut bien des enseignants sur les académies déficitaires ( Créteil, Versailles…). Bref, la situation de ce collègue n a rien d unique.Signaler un abus

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