PAP : « le risque pour l’élève dys est d’échouer durablement »

Jean-Marc Roosz est président de la commission innovation de l’Adapt. Pour lui, le système de prise en charge des dys à l'Ecole, le PAP, est "dangereux".

IMG_2436

Jean-Marc Roosz est aussi président de l’association « Ecole 2 demain » – une plateforme promouvant la scolarisation des jeunes handicapés / Photo : Poonam Roosz

Que reprochez-vous au système actuel de scolarisation des enfants dys ?

Il faut déjà planter le décor. Les troubles dys sont rentrés dans la loi handicap de 2005, leur donnant accès au projet personnalisé de scolarisation (PPS).

Le PPS permettait aux professionnels du soin (neuropsychologues, ergothérapeutes, orthophonistes) d’apporter des contributions pertinentes dans le projet pédagogique de l’enseignant. Les parents étaient incités à prendre contact avec la MDPH (Maison du handicap) pour demander une reconnaissance du handicap, et à réaliser un vrai diagnostic, par un médecin spécialisé.

Il s’agissait donc de promouvoir la reconnaissance des troubles dys comme handicap, et la nécessité absolue du diagnostic. Mais il y avait, à l’Ecole, un mouvement anti-médicalisation, considérant les dys comme un simple « symptôme » produisant des difficultés scolaires durables.

Ce déni des troubles a débouché sur la mise en place du PAP (Projet d’Accompagnement Personnalisé) en 2015 – un dispositif hors du champ du handicap, qui faisait l’affaire de bien du monde : il allait dans le sens de la « démédicalisation », de l’allègement de la charge de travail au sein des MDPH , et des économies – car qui dit PAP, dit pas d’AVS et pas de dotations de matériel.

Pourquoi êtes-vous critique vis-à-vis du PAP ?

Le PAP est dangereux : il discrédite les troubles dys et dévalorise leur prise en charge. Il est réputé s’adresser à des enfants dont les troubles sont légers, mais hors diagnostic. Qui peut alors affirmer que les troubles sont légers ? Le médecin traitant ou scolaire fait juste un “constat des troubles”.

Le problème est que beaucoup d’enfants compensent : leurs stratégies font que leurs troubles peuvent apparaître comme légers, dissimulant des troubles plus importants, identifiables au travers de bilans pluridisciplinaires.

Une telle compensation par l’élève ne dure qu’un temps et le risque pour lui est d’échouer durablement, de décrocher au fil du temps. Les enfants concernés tombent souvent dans la dépression à l’adolescence, car ils ont tiré sur la corde, faisant d’énormes efforts pour compenser… Ils sont tout le temps en échec, personne ne reconnaît leur valeur ni leurs efforts. Ils craquent.

Certains enseignants ont l’impression de maîtriser le sujet, ce qui peut être très néfaste. Exemple, si en CE1 un prof détecte un problème… on mettra en place un PAP, qui sera poursuivi en CE2, mais sans répondre aux besoins réels de l’élève. Les problèmes perdureront, jusqu’à ce qu’en CM1, on commence à faire des bilans approfondis. Le temps nécessaire aux prises de rendez-vous, l’enfant obtiendra un PPS en 6e… mais dans quel état ?

L’accompagnement des dys en milieu scolaire était adapté avant le PAP, quand médecins et profs travaillaient en tandem – plus aujourd’hui. Il y avait autrefois une prise en considération du handicap des élèves par les enseignants qui acceptaient de ne pas être compétents et d’écouter les professionnels extérieurs à l’école. Il y avait un “rappel” à la dimension “troubles” et handicap. Avec le PAP, ce n’est pas du tout le cas.

Quel est donc le rôle de l’enseignant face aux troubles dys ?

Son rôle est majeur car il est le plus à même de repérer les troubles. Ce qui ne signifie pas diagnostiquer mais détecter des signes – par exemple, la fluctuation importante des résultats d’un jour sur l’autre ou des échecs inexplicables. L’enseignant doit ensuite pouvoir orienter la famille vers un diagnostic – et laisser aux spécialistes le soin de réaliser un bilan pluridisciplinaire, avec des préconisations adaptées sur lesquelles s’appuyer.

Trouvez-vous que les enseignants sont bien formés à l’enseignement auprès d’un public dys ?

Les enseignants ne sont pas formés pour repérer les troubles. Ils sont mieux formés sur les adaptations, mais n’étant pas professionnels de ces troubles, ils peuvent proposer des adaptations qui ne conviennent pas, contre-productives.

Les stratégies de compensation et les adaptations qui existent face aux dys sont efficaces, mais si elles sont pertinentes. Comment juger de la pertinence sans une connaissance fine des troubles de l’élève ? Au lieu de tester des outils dont on a connaissance ici ou là, il serait opportun de se rapprocher de personnes compétentes dans le domaine des TSLA (troubles spécifiques du langage et des apprentissages).

Il faut revoir la formation – de même qu’un enseignant ne devrait pas être admissible sans quelques compétences dans le domaine du numérique, il ne devrait pas non plus l’être sans compétences dans les TSLA.

Les ESPE ont toute liberté dans leurs “modules handicap”, et il s’agit trop souvent d’un contenu généraliste qui n’apporte pas grand chose. Les formations devraient plutôt tourner autour des pathologies d’apprentissage : quelles sont-elles, comment on les repère, comment on y répond. Les enseignants seraient imprégnés de ces connaissances. Il y aurait une montée en compétences et non une simple sensibilisation aux difficultés.

26 commentaires sur "PAP : « le risque pour l’élève dys est d’échouer durablement »"

  1. Anne Valentin  8 juin 2016 à 11 h 38 min

    Bonjour, je me permets de réagir à l’article de Monsieur Roosz. Le PAP ne peut être mis en place sans bilans ni diagnostic. Le texte est clair là-dessus. Le médecin scolaire (ou le généraliste… puisqu’il n’y a quasiment plus de médecins scolaires, et ils sont débordés) aura accès aux conclusions et préconisations du ou des rééducateurs qui aura(ont) bilanté l’enfant ou qui le suit en rééducation. Il pourra alors signer la première page. Normalement, si on respecte la procédure, c’est l’équipe éducative enrichie des professionnels de la rééducation (s’ils sont dispo, car eux aussi sont débordés) qui entérine les adaptations à mettre en oeuvre au regard du Trouble des Apprentissages diagnostiqué. Le PAP n’est pas mis en place pour la difficulté scolaire mais pour un ou des Troubles des Apprentissages. Pour la difficulté scolaire, c’est un PPRE qu’il convient de mettre en place.
    De plus, je rajouterai qu’en cas de multidys, la famille et l’établissement scolaire peuvent demander la mise en place d’un PPS. Et enfin, le schéma qui explique ces différents plans vient d’être amendé. Un astérisque a été rajouté qui dit ceci : « Les élèves « dys » en fonction de leur besoin et du souhait de la famille peuvent relever soit d’un PAP soit d’un PPS. » En tant qu’enseignante spécialisée, et coordonnatrice pour l’accueil des différences dans le 06, je vous promets que dans les classes, les choses évoluent et que la prise en compte des TA (Trouble des Apprentissages) est de plus en plus réelle. Le livret du PAP a l’avantage de proposer des aménagements et des adaptations que l’on peut mettre en place en attendant d’avoir les bilans, et ce afin de ne pas pénaliser l’enfant. Même si je ne suis pas une fanatique du PAP, il me semble qu’il peut être un outil pour que les enseignants perçoivent mieux les aides qu’ils peuvent apporter. Il est en outre un outil de suivi non négligeable…. Bien cordialement, Anne Valentin, enseignante spécialisée. http://www.ddec06.com/personnes-ressource/Signaler un abus

    Répondre
  2. delagade  22 août 2016 à 15 h 57 min

    Enseignante et maman concernée par la dyslexie et dysorthographie, je conçois le PAP comme un dispositif efficace et surtout qui affole beaucoup moins les parents. Combien ont fui lorsqu’on leur parle de MDPH et donc de handicap. Le PAP n’exclut en aucun cas les autres professionnels tels les orthophonistes, il ne faut pas oublier non plus que ce sont souvent les enseignants qui sont à l’origine de cette demande de consultation externe. Pour moi la demande de notification MDPH est un processus qui demande du temps d’acceptation par les parents et seuls eux peuvent en faire la demande, le PAP pouvant être déjà être mis en place bien avant avec les mesures préconisées par l’orthophoniste qui suit l’enfant.Signaler un abus

    Répondre
  3. Volpi  22 août 2016 à 17 h 05 min

    Mon fils âgé de bientôt 15 ans a été diagnostiqué auprès de plusieurs neuros dyspraxique visuo spatial et dyscalculique tardivement lors de son redoublement de 6 eme . Ce fut le parcours du combattant et ça l’est toujours vis à vis de la Mdph de Corse et du collège malgré la mise en place de pai puis pps ( rarement appliqué par les enseignants qui pour la majorité continuent à lui dire qu’il est paresseux et j’en passe !) . Cette année demande avs pour sa 3 eme ( demande refusée en juillet pour manque de moyens !!!) mais on me dit de refaire ma demande à la rentrée scolaire ! Bref mon fils est en échec , pas de confiance en lui etc … Et le pire comme sentiment est d’être abandonné , pour lui comme pour moi . Je ne baisse pas les bras loin de là mais quel gâchis . Cette année va être en plus cruciale car on me demande déjà de préparer son orientation professionnelle l’année prochaine , joli terme pour nous faire comprendre que le lycée général ne voudra pas de lui .
    Merci pour cet article qui contribue à faire avancer les choses pour tous ces enfants .Signaler un abus

    Répondre
  4. Prévost  5 février 2017 à 9 h 57 min

    Enseignant spécialisé, je ne peux laisser dire que l’institution a voulu démédicaliser les dys… pour la simple raison qu’ils ne l’ont jamais vraiment été, médicalisés. Moins du quart de mes élèves dys subissent ou ont subi des examens médicaux relevant d’une réelle investigation sur leurs troubles !
    Je suis d’accord que la réponse PAP n’aidera en rien les enseignants car elle ne leur apportera aucune explication du trouble ni aucun réel appui pédagogique concret. Au moins, dans le cadre du PPS, on peut parfois échanger avec les paramédicaux…Signaler un abus

    Répondre
  5. Lilou  12 juin 2017 à 19 h 02 min

    Dans les faits, qu’est ce qu’un PPS a de plus intéressant qu’un PAP? Simplement une aide materielle et/ou humaine. Tous les enfants diagnostiqués DYS…. ou TDA ou autres … par un pediatre spécialisé dans les troubles des apprentissages ou neuro pediatre ou autre, ne nécessitent pas forcement ces aides là, donc quel intérêt de monter un dossier ?
    Ce n’est pas en s’adressant a une MDPH qu’on peut avoir un diagnostique comme j’ai eu l’impression de le lire dans l’article. Les diagnostiques sont faits avant. Mais qui informe les familles pour les orienter vers les equipes pluridisciplinaires spécialisées? Ah oui les medecins scolaires mais ils ont quasiment disparus …. les infirmières scolaires ? Oui mais quand elles passent outre les refus de gérer ça contrairement aux collegues infirmières militantes car soit disant c’est du pédagogique…???? Mais vers qu’elle équipe pluridisciplinaire orienter les familles ??????? Sachant que dans une region entière il ne peut y avoir qu’un seul centre avec des delais halluciants d’attente ….
    Le PPS n’ a pas plus  » permis aux profesionnels du soins de contribuer de façon pertinente » au projets pedagogiques qu’un PAP suivant un diagnostique . Quand il y a PAP le medecin scolaire se base sur les bilans et compte rendus medicaux autant que l’enseignante referrente peut le faire pour un PPS. BREF C’est le detournement du dispositif de mise en place des PAP par l’Education nationale qui pose problème et pas le PAP en lui même. Un simple bilan orthophonique ne devrait pas suffire pour sa mise en place mais comment faire ? puisque trop de delais pr avoir un rdv avec des specialistes et puis plus de medecin scolaire pour orienter les familles et gérer et enfin plus personne pour suivre ces enfants dys ou autre dans la durée???? Combien d’equipe pluridisciplinaire revoient RÉELLEMENT tout au long de leur scolarité ces enfants ?
    Quant à la formation des enseignants du 1er degré…. pfff c’est navrant !!!!!!!! En 2017 certains découvrent pour la 1ere fois un document PAP, entendent parler de TDA, conçoivent que les « efforts » au quotidien pour favoriser les apprentissages peuvent aussi venir de l’enseignant en amenageant. Les formations sont proposées au plan académique de formation mais Rien n’est obligatoire….Signaler un abus

    Répondre

Partagez votre avis

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée .

Modération par la rédaction de VousNousIls. Conformément à la loi relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, vous disposez d'un droit d'accès, de modification, de rectification et de suppression des données vous concernant. Pour exercer ce droit adressez-vous à CASDEN Banque Populaire, VousNousIls.fr, 91 Cours des roches, Noisiel, 77424 Marne La Vallée Cedex 2.

Recherche dans les archives

Vous