Pourquoi si peu de chercheurs en lettres aujourd’hui en France ?

Florent Montaclair est médaille d'or 2016 de la Société internationale de philologie, l'équivalent littéraire de la médaille Fields. Pour lui, en France aujourd'hui, la recherche en lettres se porte mal.

Recherche lettres

carballo – fotolia.com

Dans un entretien à AEF,  Florent Montaclair, enseignant-chercheur de littérature à l’université de Franche-Comté, spécialiste en littérature fantastique du XIXe siècle, premier Français à avoir reçu la médaille d’or de la Société internationale de philologie (International Society of Philology), explique pourquoi selon lui, la recherche littéraire en France attire si peu et rayonne si peu.

Pour lui, la France a raté un virage  : celui de la recherche en linguistique, qui exige des laboratoires et des moyens, en particulier pour développer les neurosciences.

« Comment et dans quelle zone cérébrale fabrique-t-on la langue, le langage, incidemment la poésie, les métaphores, l’imaginaire ? » Voilà le type de questions auxquelles devrait s’intéresser la recherche littéraire française aujourd’hui, or ce n’est pas le cas.

Florent Montaclair soulève un autre problème : la trop grande spécialisation des étudiants de lettres qui préparent l’agrégation, et leur peu d’ouverture sur d’autres disciplines, telles que mathématiques, informatique et bien sûr neurosciences

Recherche en lettres : les blocages

Or pour pouvoir poursuivre en thèse littéraire et espérer obtenir des financements, il est indispensable d’avoir l’agrégation. Pour Florent Montaclair, en effet « il devient presque impossible pour un étudiant [en lettres ] qui voudrait faire une thèse d’obtenir des financements s’il n’est pas passé auparavant par une agrégation». Si cela bloque, « la faute en revient à l’agrégation».

Enfin, la recherche littéraire en France, trop centrée sur les auteurs français, ne peut rayonner à l’international. Lui-même spécialiste de Jules Verne avoue que s’il a eu la médaille d’or, c’est parce que Jules Verne est connu dans le monde entier.

Dans son entretien à AEF, Florent Montaclair va à l’encontre du point de vue d’une autre personnalité littéraire : Blanche Lochmann, agrégée de lettres classiques, présidente de la Société des Agrégés, qui dans nos colonnes en octobre dernier affirmait que dans « certains pays, les PhD ont une parenté avec notre couple agrégation/doctorat. C’est-à-dire qu’ils mêlent très souvent dans leurs études supérieures l’approche généraliste de la discipline qui est celle de l’agrégation, avec une approche plus spécialisée, qui est celle du doctorat. » Pour elle au contraire, l’approche de l’agrégation, généraliste, est parfaitement compatible avec celle du doctorat, très spécialisé.

L’agrégation obstacle ou atout pour la recherche littéraire française ? La question reste ouverte.

1 commentaire sur "Pourquoi si peu de chercheurs en lettres aujourd’hui en France ?"

  1. jolibot  21 mai 2016 à 14 h 44 min

    « Pour lui, en France aujourd’hui, la recherche en lettres se porte mal. » et c’est la faute à l’agrégation, car « pour pouvoir poursuivre en thèse littéraire et espérer obtenir des financements, il est indispensable d’avoir l’agrégation. »
    1-Ca ne serait-il pas lié plutôt au nombre infinitésimal de ces financements des thèses de littérature ? Il faut bien trouver un critère de sélection des candidats. L’agrégation en est peut-être le moins mauvais. En propose-t-il d’autres ? Non ! C’est vraiment se focaliser sur un faux problème. Toutes les sciences humaines sont sinistrées en termes de recherche et la situation va grandissante depuis la LRU et les décisions des gouvernements actuels.
    2-Le problème viendrait de  » la trop grande spécialisation des étudiants de lettres qui préparent l’agrégation ». Pourtant, l’agrégation suppose bien un haut niveau de culture générale dans la discipline considérée… contrairement au doctorat, travail de recherche original, et par nature spécialisé. Comment peut-on affirmer de telles contre-vérités ?
    Par contre, il est possible que la formation des étudiants en lettres ne soit pas assez transversale, incluant effectivement « mathématiques, informatique et bien sûr neurosciences… ». Mais est-ce la faute à l’agrégation, qui a pour objectif, non pas de former des chercheurs, mais de sélectionner des enseignants du second degré ? Ces disciplines scientifiques sont a priori de peu de secours pour enseigner les lettres en Terminale !…
    3-Cette attaque très à la mode contre l’agrégation aurait-elle un lien avec le fait que notre brillant impétrant ne soit que professeur certifié ? Fallait-il en faire une affaire personnelle ? Il a brillamment montré ses qualités de chercheurs par ailleurs. ‘
    Certes, cette aigreur peut aisément se comprendre, si malgré ses brillants états de services (publications), il ne reste que sur un poste de certifié. Ce qui signifie, à l’aune du mépris politique actuel pour la recherche et l’enseignement, une rémunération de smicard, au maximum du double du smic !
    Là est la vraie question. En dehors de la France, existe-t-il des pays qui rémunèrent leurs prix Nobel au Smic ? Bien sûr, il ne s’agit que de littérature !
    Quel exemple motivant pour les brillants étudiants en littérature ou sciences humaines actuels !
    La recherche Française en Littérature et Sciences Humaine va-t-elle disparaître ?
    Un grand bravo à nos politiques actuels !Signaler un abus

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