SNEP : « Les programmes d’EPS ont été dévalorisés et vidés de leurs contenus »

Christian Couturier, secrétaire national du SNEP, nous fait part de sa colère et de son inquiétude face à la situation actuelle de l’EPS. En cause, les nouveaux programmes prévus en septembre 2016 et la suppression de l’EPS au DNB.

SNEP - Christian Couturier

SNEP – Christian Couturier

Vous êtes secrétaire national du SNEP. En quoi consiste votre syndicat et quelles sont ses principales missions ?

Nous sommes un syndicat disciplinaire. Nous défendons les enseignants d’EPS, mais aussi la discipline elle-même, ce qui fait du SNEP un syndicat classique et une association de spécialistes, largement représentatifs. Par ailleurs, et c’est le fruit de notre histoire, nous intervenons sur le champ du sport en France et syndiquons au sein du ministère de la jeunesse et des sports.

Quelles sont les problématiques auxquelles sont confrontés les professeurs d’EPS ?

Séance de volley-ball (F.DURAND/SIPA).

Séance de volley-ball (F.DURAND/SIPA).

Nous avons les mêmes problématiques que les autres enseignants. Comment faire acquérir à toute une génération les savoirs nécessaires pour qu’elle puisse, demain, « faire société ». L’évolution régulière des effectifs en classe, l’augmentation des tâches auxquelles nous devons faire face, alors que s’accroissent les inégalités sociales et scolaires, nous placent dans une situation où il devient de plus en plus difficile de bien faire notre métier. Cette difficulté se combine à une faible reconnaissance sociale dont le salaire est un marqueur négatif.

Mais nous avons aussi des problèmes spécifiques, comme les fins de carrière. Les enseignants d’EPS sont « physiquement actifs » pour faire fonctionner leur cours, et  doivent faire face à de nombreux traumatismes qui, en fin de carrière peuvent être très handicapants. Le recul du départ à la retraite met beaucoup d’enseignants en très grande difficulté au plan de la santé : lombalgies, problèmes articulaires de toutes sortes… Nous demandons depuis longtemps des aménagements de fin de carrière qui nous sont toujours refusés. Dur de continuer à embarquer les élèves dans des activités physiques, à 64 ans, quand on est « cassé » comme on dit.
Nous avons aussi un autre problème très spécifique : tous les autres enseignants ont des locaux pour travailler. En EPS le problème des équipements sportifs est sérieux. Par rapport à d’autres pays, nous sommes sous-équipés en gymnases, en piscines, en stades. De nombreux enseignants doivent encore faire cours dans des conditions déplorables, se déplacer en toutes saisons vers des équipements loin de l’établissement scolaire, ce qui diminue d’autant l’horaire effectif d’enseignement. Nous devons donc « batailler » pour faire construire des installations, pour accéder à des gymnases municipaux, parfois payants, ou à des piscines… C’est une partie non visible de notre métier.

Dans le cadre de la réforme des programmes, qui va entrer en vigueur en septembre 2016, qu’a proposé le gouvernement pour l’enseignement de l’Éducation Physique et Sportive ?

Rien, si ce n’est un recul sans précédent sur nos programmes.

Que pensez-vous de ces nouveaux programmes ?

Ils marquent un recul de 30 ans sur la conception de la discipline et sur le contenu de l’enseignement. Alors que les enseignants, les formations, le champ de la recherche en didactique, ont cherché à mieux identifier, expliciter, clarifier ce que les élèves devaient apprendre, on se retrouve, dans les nouveaux programmes, avec des généralités qui rendent les enjeux de la discipline triviaux. Dire qu’il faut que l’élève apprenne à « gérer son effort » est soit une lapalissade, soit la preuve que ceux qui ont écrit ne connaissent rien à l’EPS. Entre faire un effort pour se jeter à l’eau et apprendre à nager et faire un effort dans une course de demi-fond, rien de commun, et pourtant le mot « effort » est le même. Les précédents programmes, avec difficulté parfois, ont tous essayé de préciser ce qu’il y a à apprendre. Les enseignants d’EPS ont pris les nouveaux textes comme une véritable dévalorisation de leur discipline. Nos programmes ont été vidés de leurs contenus ! Que n’aurions-nous pas entendu si les programmes des autres disciplines avaient subi la même chose ?

Sont-ils en contradiction avec l’annonce de la ministre de faire de 2016 « l’année du sport de l’école à l’université » ?

L’annonce laissait espérer… mais la « communication » a pris le pas sur la politique. De grandes phrases, des objectifs généraux, et derrière, une action qui va à l’inverse. Pourtant, les besoins sont immenses. L’adolescence est souvent la période où l’activité physique diminue fortement, particulièrement chez les filles, le sport peut même parfois être réduit à une prescription médicale pour limiter les effets d’une société excessivement sédentaire. L’école étant le seul lieu de « l’obligation », elle devrait au contraire renforcer la place de l’EPS. La ministre, qui a pourtant été ministre des sports, a montré là les limites de la volonté politique qu’elle souhaite afficher. Elle restera pour les enseignants d’EPS la première à avoir dévalorisé concrètement l’EPS.

Vous avez justement exprimé votre colère lors de l’opération « carton rouge » et continuez aujourd’hui avec une seconde opération intitulée « Pour une écriture concertée des programmes ». Qu’attendez-vous de la part de la ministre de l’Education nationale ?

Tout simplement qu’elle ré-ouvre le dossier et qu’elle mette en place un plan de travail pour reprendre les réflexions sur les programmes sur les bases de la proposition initiale du CSP qui avait un écho plutôt positif dans la profession. Si la ministre ne fait pas ce geste, c’est que vraiment elle tient à rendre l’EPS aussi creuse et vide que possible.

Séance d'EPS / Roulade avant en gymnastique

Séance d’EPS / Roulade avant en gymnastique

Qu’en est-il de l’épreuve « physique » de l’EPS au Diplôme National du Brevet (DNB) ?

Il n’y a plus d’épreuve physique. Le brevet est constitué de 2 parties : la partie examen proprement dit dans lequel l’EPS n’est pas et la partie validation du socle qui sera faite en conseil de classe par l’ensemble de l’équipe pédagogique de la classe. Là encore, la suppression d’une épreuve identifiable d’EPS est un recul sans précédent. Nous demandons de revoir le DNB et de réfléchir à de nouvelles modalités pour rendre visible l’EPS. Précisons que nous avons lancé un « appel » qui est déjà signé par près de 200 personnalités du monde éducatif, sportif, universitaire, etc.

L’EPS est-elle toujours une discipline appréciée des élèves ou peut-elle complexer ceux en difficulté ?

Oui, elle est toujours largement appréciée des élèves. Pour le reste, ce n’est pas la discipline qui peut « complexer » mais plutôt le type de pédagogie. Pareil qu’en maths ou en français. Une discipline, ce sont des savoirs, des compétences, des connaissances. La relation à l’élève, à la réussite, c’est l’enseignant qui l’instaure.

 

Photo page d’accueil : highwaystarz – fotolia.com

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