L’école en chœur : l’APÉMu appelle au boycott et s’inquiète pour les chorales

Anne-Claire Scebalt , la Présidente de l’Association des professeurs d’éducation musicale évoque pour Vousnousils l’école en chœur ainsi que l’actualité de l’enseignement de sa matière.

apemu_logoPouvez-vous vous présenter ?

Je suis présidente de l’APÉMu, l’association disciplinaire qui regroupe les professeurs d’éducation musicale du collège et du lycée. Notre association a 2 rôles principaux : elle permet de fédérer les collègues sur le terrain pédagogique, mais aussi de défendre la discipline et son enseignement auprès des institutions telles que le ministère.

Le ministère a lancé l’édition 2016 de l’école en chœur, quel est votre sentiment sur ce sujet ?

Au sein de l’APÉMu, nous avons appelé au boycott de cette opération pour une raison principale : lorsque l’on reprend le texte du ministère, il est expliqué que l’école en chœur souhaite « favoriser le rayonnement des chorales ». Or, ce qui est annoncé dans ce texte est en total décalage avec la réalité – notamment le préambule, dans lequel le ministère cite une circulaire de 2011 qui n’est plus appliquée. Donc cette idée d’école en chœur semble être un coup de pub, qui n’attribue pas pour autant plus de moyens aux établissements.

Il faut savoir que cette circulaire de 2011 prévoyait qu’un enseignant qui anime une chorale était rémunéré 2h pour 1 assumée, car cela comprend toute une organisation et une logistique. Il se trouve qu’avec une modification du statut des enseignants, l’heure de chorale est devenue une heure simple. Une conseillère de la ministre nous a rassurés en mars 2015, en nous disant que cette 2ème heure serait prévue sous forme d’IMP (Indemnité de Mission Particulière). Or les chefs d’établissement ont très peu utilisé cette IMP pour les chorales.

Nous avons envoyé un courrier en octobre à la ministre, en sollicitant une audience pour parler des chorales et de leur rémunération. Nous n’avons jamais eu de réponse. Quand la circulaire sur l’école en chœur est sortie, nous avons décidé d’appeler au boycott de cette opération.

Quel est le ressenti de l’APÉMu sur la réforme du collège et les EPI (Enseignements Pratiques Interdisciplinaires)?

Nous portons des visions très contrastées sur ce sujet. En tant qu’association des professeurs, toutes les interprétations, enthousiasmes et craintes sur ce sujet s’expriment. Nous comptons parmi nous des enseignants qui y sont très favorables, car les professeurs d’éducation musicale ont l’habitude de travailler en interdisciplinarité. La finalité des EPI, c’est l’enseignement par projet, et c’est quelque chose que nous pratiquons quotidiennement.

Que ce soit sur l’interdisciplinarité ou sur le contenu des EPI, les professeurs d’éducation musicale n’ont en général pas été déroutés par cette réforme. Nous avons des programmes disciplinaires déclinés par compétences depuis 2008, donc ce n’est pas une nouveauté.

Seul un point de cette réforme est très problématique : il s’agit de la semestrialisation. C’est-à-dire que dans le texte, il est proposé aux chefs d’établissement d’organiser l’enseignement artistique par semestre. Les élèves enchaîneraient donc 2h d’éducation musicale durant un semestre puis 2h d’arts plastiques le semestre suivant. À ce sujet, nous avons également écrit à la ministre pour dire que personne n’imagine pratiquer la musique pendant 6 mois et ensuite plus du tout. C’est en incohérence totale avec la discipline que l’on enseigne, car la pratique musicale demande de la régularité et un investissement hebdomadaire. On ne fixe pas les mêmes repères en stage intensif qu’en cours reçus tout au long de l’année.

Quel est votre ressenti à propos des nouveaux programmes d’éducation musicale ?

Les nouveaux programmes tels qu’ils sont rédigés sont une version édulcorée de ceux de 2008 : en somme, ils ne comportent pas de gros changements, puisque la version précédente était une révolution (sur plusieurs plans : 1 seul programme pour les 4 années, un programme curriculaire, décliné en compétences).

Ils sont tellement proches des anciens que nous n’avons pas de réaction particulière, je pense que les collègues continueront à se fier à ceux de 2008.

Le numérique est de plus en plus présent dans les classes. Pensez-vous que cela puisse favoriser l’apprentissage de la musique ?

Bien sûr, c’est un outil privilégié qui va s’ouvrir de plus en plus. À l’APÉMu, nous organisons un congrès tous les 2 ans, le prochain aura lieu à Lyon du 20 au 22 octobre 2016. La question de ce congrès est « Comment faire cours autrement ? ». On comprend en filigrane que la question du numérique aura sa place. Nous nous sommes associé à une initiative de plusieurs professeurs d’éducation musicale qui se sont regroupés sous le nom d’Edmus connect.

Je ne vais pas dire que les professeurs d’éducation musicale sont toujours en avance sur tout, mais beaucoup de collègues se sont emparés de l’outil numérique depuis longtemps. Qu’il s’agisse des tablettes, des ordinateurs ou des smartphones, ces outils ont parfaitement leur place aussi bien pour l’apprentissage que pour la manipulation : par une approche tour à tour intuitive et réflexive, ils permettent aux élèves de pratiquer la musique et d’agir sur différents univers sonores.

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