Secrets de profs : de prof à psychologue scolaire, ma reconversion

Portée par son désir de devenir psychologue scolaire, Elsa Leroyer, professeure des écoles depuis 1998, achève son master pro de psychologie. Un parcours du combattant, mais très motivant !

Elsa Leroyer

Elsa Leroyer

Votre envie de devenir psychologue scolaire…

Cela m’a effleurée dès mes débuts. J’enseignais dans une classe très difficile d’une école parisienne et avais demandé de l’aide à une psychologue scolaire. Elle est intervenue dans ma classe pour travailler sur la violence en faisant de l’improvisation théâtrale. Des années plus tard, ma rencontre avec un chéri psychologue a fait rejaillir l’envie de faire ce métier.

Votre déclic pour vous lancer…

A 40 ans, je me suis dit que c’était le bon moment pour me former à un autre métier. J’avais la pêche, n’étais pas dégoûtée par mon boulot et pas nocive pour les élèves. Je savais qu’il fallait 3 ou 4 ans avant d’obtenir un congé formation lorsqu’on le demande et que je devrais donc reprendre mes études tout en travaillant. Je me suis dit qu’après je n’en aurais plus le courage.

Enseigner est fatiguant, nerveusement et physiquement, particulièrement en maternelle, où l’on porte les gamins au sens propre comme au sens figuré. Malgré le plaisir d’être en classe, je ne me voyais pas faire ce métier jusqu’à 67 ans.

Votre reprise d’études…

Ma maîtrise d’info-com m’a permis d’obtenir une équivalence en licence 2 de psychologie avec quelques modules de licence 1 à rattraper. J’enseignais alors près de Bordeaux. J’ai entendu parler de l’enseignement à distance de bonne qualité en psycho proposé par l’université de Toulouse. L’année coûtait 250 euros, entièrement à ma charge. Je recevais des polycopiés, plus complets que les notes qu’on peut prendre en amphi, et les bibliographies nécessaires. Certains samedis et une fois par semestre, pendant les petites vacances, il y avait des regroupements pour rencontrer les profs et leur poser des questions. C’était compatible avec mon travail.

Votre organisation entre les études et la classe…

Côté classe, tout roulait. J’enseignais en maternelle, à l’école Joliot-Curie de Bègles, en ZEP. J’avais de l’expérience et une super ATSEM qui préparait tout le matériel. Côté études, je peux remercier la garde alternée, qui m’a permis de travailler énormément les semaines sans enfants, un week-end sur deux et la moitié des vacances scolaires.

Malgré tout, la reprise d’études a été très dure. Le premier partiel a été un moment horrible ! Mais j’ai décroché un 16 sur 20, qui m’a encouragée. J’ai validé ma L2 et ma L3 en un an chacune. Et j’ai eu ma licence avec 13,8 de moyenne !

Votre première tentative d’admission en DEPS (diplôme d’études de psychologue scolaire)…

La licence est le minimum requis afin de passer l’entretien pour entrer en DEPS (diplôme d’études de psychologue scolaire) – dix mois de formation très complète en alternance – mais il vaut mieux avoir un M1 parce qu’il y a très peu de places. J’ai quand même fait un dossier l’année de ma L3. Je pensais que si je n’avais pas accès au DEPS j’obtiendrais sans doute le congé formation demandé depuis deux ans, ce qui me permettrait de préparer mon M1. Je n’ai eu ni l’un ni l’autre.

Votre poursuite en master…

J’ai validé mon master 1 en deux ans. La première année, j’enseignais toujours à temps plein. La seconde, j’ai obtenu mon congé formation, dont j’ai pris 7 mois pour effectuer le stage de 200 heures, impossible à faire en travaillant à côté. J’ai retenté le DEPS en fin de M1 et ne l’ai pas eu. Pour accéder en M2, il y avait 20 places pour 150 demandes. Il fallait avoir les meilleures notes en M1. C’était très lourd.

En M2, j’ai pris les 5 mois de congé formation qui me restaient. Comme je ne touchais que 80% de mon salaire en congé formation et que j’ai pris un congé sans solde pour finir mon M2, j’ai dû emprunter 10.000 euros. Je termine mon M2. Cela me permettra d’être psychologue scolaire et, si je le souhaite, d’ouvrir un cabinet, puisque j’aurais le titre de psychologue.

Vos moments de découragement…

Dans les moments difficiles, le soutien familial et amical a été essentiel. Plus d’une fois, j’ai eu envie de tout balancer à la poubelle ! Notamment après la licence, lorsque je n’ai eu ni le DEPS ni le congé formation. Mais je savais que si je faisais une pause, je n’arriverais plus à m’y remettre !

J’ai été ensuite dégoûtée de ne pas être prise en DEPS après mon M1. Après tous les efforts consentis, j’aurais trouvé juste de bénéficier de cette formation rémunérée et plus adaptée au métier visé que le master professionnel que je termine. D’autant qu’il y a des besoins réels.

Votre message aux enseignants souhaitant se reconvertir…

Beaucoup d’enseignants souffrent dans leur coin. Il est difficile d’avouer qu’on n’y arrive pas et qu’on ne peut pas tout. Or, il est normal de ne pas savoir faire avec des gamins qui relèvent de la psychiatrie, de l’enseignement spécialisé ou du médico-social. La société va mal. Les mômes aussi. J’ai souvent entendu des enseignants qui souhaiteraient arrêter dire qu’ils ne savent rien faire d’autre. Avoir déjà exercé un autre métier m’a sans doute aidé à penser autrement.

Pour moi, la reconversion n’est pas une question de courage – comme on me le dit souvent – mais de désir. Le problème, c’est que les enseignants au bout du rouleau manquent d’énergie pour avoir le désir de faire quelque chose d’autre. Or, c’est ce désir qui permet de trouver le courage de continuer et de traverser les moments épuisants.

Votre conception du rôle de l’Education nationale…

Elle doit mettre davantage de moyens pour aider à la reconversion des enseignants qui le souhaitent et les accompagner. L’Education nationale ne peut pas juste demander à ceux qui craquent de s’arrêter et à ceux qui veulent changer de métier d’autofinancer leur formation.

Votre avenir après les études…

L’idée de rester dans l’école, tout en faisant un autre métier, me plaît. L’avantage, en tant que psychologue de l’Education nationale, c’est qu’on est assez libre de ses choix de pratique professionnelle. Je pense aussi que mon expérience d’enseignante sera un plus. Pas d’un point de vue clinique, pour l’enfant, mais pour ce qui concerne la souffrance de l’enseignant dans sa classe.

Je serai diplômée en juillet et ne pourrai pas participer au mouvement sur un poste de psychologue scolaire pour la rentrée 2016. Je prendrai ce qu’il reste. Je ne serai pas titulaire et aurai mon salaire d’instit’, sans les indemnités d’enseignement spécialisé.

A partir de juin 2017, un corps de psychologues de l’Education nationale devrait être créé et un concours externe et interne, accessible à tous les titulaires d’un M2, mis en place. Si je ‘fais fonction’ de psychologue pendant un an, je devrais pouvoir échapper à ce concours et être titularisée pour la rentrée 2017.

 

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