Enseignement professionnel : « les ESPE pour la formation des PLP sont un échec total »

Recrutement, réforme, conditions de travail… Qu’en est-il de l’enseignement professionnel aujourd’hui ? Christian Lage, secrétaire général du Snetaa-Fo, a répondu à nos questions.

Christian Lage

Christian Lage

Qu’est-ce que le SNETAA-Fo ?

Le SNETAA est le syndicat majoritaire de l’enseignement professionnel et appartient aujourd’hui à la confédération Force ouvrière. Il est présent dans toutes les académies et lutte principalement pour la défense des personnels, la reconnaissance et la valorisation de la voie professionnelle mais aussi l’émancipation des jeunes et leur accès à l’autonomie. Le syndicat regroupe entre 9.000 et 10.000 adhérents sur un corps de 63.000 enseignants. Pour ce qui est des élèves, près de 700.000 se sont orientés vers la voie professionnelle (publique/privé).

Quelles sont les problématiques auxquelles sont confrontés les professeurs de lycées professionnels (PLP)?

Notre filière accueille un grand nombre de jeunes en difficultés et en sur-handicaps sociaux et culturels. Nous devons ainsi nous battre pour que ces jeunes deviennent des citoyens à part entière et notamment par le biais de la laïcité et des valeurs de la République. Nous veillons également à former des jeunes qui doivent avoir la possibilité de trouver un emploi après l’obtention de leur diplôme (CAP, BAC pro, BTS). Notre logique repose ainsi sur l’alternance. Par exemple, pour le cycle du BAC pro, nous comptons 22 semaines en entreprise.

Par ailleurs, nous faisons aussi face à un manque de moyens dans les lycées professionnels et avons donc du mal à mettre en place des projets tel qu’un accompagnement personnalisé. Nous sommes également confrontés à des problèmes d’incivilité et de violence de la part des élèves. Mais cela provient du fait qu’il y a un réel manque de personnel encadrant dans la vie scolaire.

L’enseignement professionnel est-il frappé par une crise du recrutement ?

Oui et non ! Nous sommes un secteur où nous employons le plus de non titulaires, en particulier dans les disciplines professionnelles, car nous sommes en lien direct avec le monde du travail et de l’entreprise. En revanche, pour les jeunes en master, il y a un réel manque de visibilité sur ce qu’est le professeur de lycée professionnel. Aujourd’hui, les ESPE (Ecoles supérieures du professorat et de l’éducation) pour la formation des PLP sont un échec total car elles sont dans l’impossibilité de proposer une formation spécifique pour devenir enseignant en lycée professionnel. C’est un vrai manque !

Dans le cadre de la refondation de l’école, qu’a proposé le gouvernement pour l’enseignement professionnel ?

enseignement professionnel

© ehrenberg-bilder – Fotolia.com

Dans notre cas, nous nous intéressons à ce qui peut être fait pour améliorer la situation des jeunes. Une circulaire de rentrée dans les lycées professionnels envisage en effet un aménagement de la première semaine de PFMP afin qu’il y ait une vraie découverte du milieu professionnel. Nous y sommes favorables. En revanche, nous sommes plus dubitatifs sur une proposition de réorientation des jeunes qui se seraient trompés de secteur. Il faut que ces derniers aient une orientation positive et qu’ils soient correctement guidés. Nous devons ainsi nous demander comment cette orientation sera mise en place car il y a encore aujourd’hui un grand travail à faire dessus.

Et qu’en est-il des SEGPA?

La refondation de l’école est en train de mettre en danger les SEGPA quand elle prévoit que le redoublement sera désormais exceptionnel, quand elle veut transformer les SEGPA en simples « dispositifs » où les élèves ne bénéficieront plus d’un suivi pédagogique de qualité alors que l’actuelle structure SEGPA le leur garantit.

Nous nous opposons à une dilution des SEGPA dans les collèges et aux transferts des élèves de SEGPA dans les classes ordinaires. Ce public fragile doit pouvoir suivre une scolarité adaptée à sa situation sociale et scolaire en bénéficiant d’une pédagogie différenciée en petits groupes. L’inclusion ne doit pas renvoyer les jeunes à leurs difficultés et à l’échec d’une véritable insertion.

Concernant la réforme des programmes, qui va entrer en vigueur en septembre prochain, que donne-t-elle pour l’enseignement professionnel ?

Nos programmes sont peu touchés par cette réforme. Nous avons juste eu la mise en place, il y a 1 an et demi, de l’enseignement moral et civique (EMC). Les référentiels en enseignement professionnel sont révisés et adaptés en fonction du diplôme et de la nécessité de l’évolution du métier.

Aujourd’hui, les conditions de travail ne rendent-elles pas le métier de professeur de lycée professionnel très difficile à exercer ?

Bien sûr que oui ! La préoccupation principale des collègues est de faire réussir les élèves, mais ils sont nombreux à souhaiter une amélioration des conditions d’exercice. Aujourd’hui, les plans de formations dans les académies n’existent plus. Lorsque l’on est face à des jeunes en grande difficulté, il faut être capable d’individualiser la pédagogie. La formation est alors nécessaire pour nous transmettre ce type de compétence.

Il y a également un manque de matériel. Le professeur de lycée professionnel ne dispose pas des outils dont il a besoin pour effectuer correctement son cours. De plus, un enseignant en milieu professionnel n’a pratiquement plus l’opportunité de muter dans une autre académie car le mouvement des PLP est bloqué. Actuellement, près de 2.200 collègues n’ont pas pu avoir satisfaction, ce qui est énorme !

Et que faudrait-il faire pour améliorer le métier de PLP ?

Il faut redonner une visibilité au métier de professeur de l’enseignement professionnel, montrer aux enseignants que l’on est véritablement fier de leur travail. Nous méritons le respect de notre institution, et nous en avons besoin. Le système scolaire et les lycées professionnels font des miracles tous les jours pour transférer ces notions de valeurs de la République et de citoyenneté aux élèves. Nous sommes actuellement dans une crise économique, le chômage augmente, l’école est inégalitaire, mais malgré cela l’enseignant continue de motiver ses élèves. Il faut arrêter d’évoquer sans cesse les rythmes scolaires ou les vacances, mais plutôt reconnaître le travail formidable des enseignants.

Photo page d’accueil : © Dan Race – fotolia.com

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