Goldorak, vedette d’un colloque universitaire à la Sorbonne

Un colloque universitaire consacré à Goldorak, le célèbre anime japonais des années 70, se tenait à la Sorbonne les 18 et 19 mars. Présentation par Sarah Hatchuel, professeure des universités et co-organisatrice.

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Pourquoi un colloque sur Goldorak et pas sur Albator ou Capitaine Flam par exemple, qui sont aussi des animes japonais de la fin des années 1970 ?

Ça pourrait venir ! Personnellement, Goldorak a bercé mon enfance, plus qu’Albator. Je suis de cette génération qui a découvert la série en 1978, à 5 ans. Certes, c’était violent, mais pour la première fois, en tant qu’enfant, j’ai eu l’impression qu’un dessin animé nous prenait au sérieux. Il nous parlait de la destruction, de la mort, de ce qui pourrait arriver à la Terre… C’était une vraie révolution. C’est resté en moi toutes ces années, et même si je suis shakespearienne à la base- j’ai fait une thèse sur les adaptations de Shakespeare au cinéma- je me suis toujours juré qu’un jour j’écrirai sur Goldorak. Il a influencé mon premier rapport à la fiction et c’est un dessin animé qui est resté très cher à mon cœur. L’an dernier, j’ai croisé le chemin d’une jeune docteure à l’université de Paris III, qui venait de soutenir sa thèse sur les animations japonaises de la Toei, la maison de production qui a fait Goldorak. J’avais trouvé quelqu’un, spécialiste du Japon, parlant japonais, avec qui collaborer pour monter ce projet de colloque. Nous avons réuni un comité scientifique de gens spécialisés soit en civilisation japonaise, soit en cinéma, qui ont aidé à sélectionner les propositions de communication pour le colloque, qui nous sont rapidement parvenues.

A qui s’adresse ce colloque ? De qui est composé le public ?

Cela a été très instructif. Nous avons eu des chercheurs de toutes disciplines : études cinématographiques, lettres, animation japonaise, musicologues, spécialistes d’études anglophones. Mais aussi des étudiants, surtout en animation, et du grand public. Certains viennent du Liban pour assister au colloque ! Et comme malheureusement nous ne pouvions accueillir que 50 personnes, nous avons mis en place un système de captation vidéo permettant de regarder le colloque sur la plate-forme de l’université de la Sorbonne Nouvelle.

L’anime y est étudié sous de multiples approches, pouvez-vous donner quelques exemples ?

Le colloque propose d’abord des approches formelles, qui vont aborder l’esthétique du dessin animé. La répétition d’images, par exemple, la musique, l’originalité d’un robot comme Goldorak dans l’histoire de l’anime, ou le positionnement dans l’histoire de l’animation japonaise. Il y a également des communications sur la réception en France de Goldorak, accueilli par des réactions très hostiles à ses débuts, puis devenu un véritable phénomène culturel, ou encore sur le glissement générique de la série dans son adaptation française. D’autres contributions sont plus centrées sur les influences de Goldorak : Godzilla, Star Wars, et certaines productions anglophones. Il s’agit également de resituer le dessin animé dans son époque, à un moment où le Japon est toujours sous le traumatisme nucléaire. Cela ressort clairement dans l’anime, avec la destruction de la planète Euphor, la blessure radioactive d’Actarus… Les considérations écologiques, déjà à l’ordre du jour dans Goldorak dans les années 70, sont aussi abordées.

Enfin, certaines approches sont plus philosophiques : la question du traumatisme, la question de la torture, la question des retrouvailles avec le passé, se posent dans Goldorak. Nous avons aussi l’honneur de recevoir Thierry Bourdon, grand comédien de doublage, qui a été la voix d’un des personnages de Goldorak.

Vous intervenez aussi pendant ce colloque. Pouvez-vous en dire plus sur votre propre contribution ?

Elle est forcément influencée par ma discipline d’origine ! Je suis spécialiste des adaptations de théâtre au cinéma et de séries télévisées anglophones. Et ce qui m’a particulièrement frappée dans Goldorak, ce sont les scènes de retrouvailles. Pour résumer l’intrigue, Actarus, qui est un extraterrestre de la planète Euphor, a dû quitter sa planète lorsqu’elle a été irradiée par les méchants des forces de Véga. Il s’est réfugié sur Terre, pensant être le seul à avoir survécu, alors qu’en fait va avoir lieu une série de retrouvailles qui vont scander toute la série. Actarus va retrouver sa sœur, son ancienne fiancée, celle qu’il pense être sa mère, celui qu’il pense être son père. Ces retrouvailles incluent dans le dessin animé une forme très théâtrale, l’anagnorisis, qui est ce moment où un personnage est identifié ou reconnu par ses proches. Ce procédé, qui met en scène de manière forte l’émotion des personnages faisant écho à l’émotion des spectateurs, m’a beaucoup intéressée.

Et cette idée fait aussi écho à celle de spectateurs retrouvant leur série préférée des années plus tard. C’est donc une sorte de mise en abîme de Goldorak, anticipant le fait qu’il allait devenir culte. Est-ce que Goldorak n’inscrit pas à l’intérieur de son histoire, d’une certaine façon, le fait qu’un jour des spectateurs voudront le revoir ?

Les séries télévisées font partie de vos domaines de recherche. Pensez-vous qu’elles peuvent être considérées comme de vrais objets d’étude et qu’elles ont leur place dans les amphithéâtres universitaires ?

Absolument ! Ce sont de vrais objets d’étude, déjà par leur complexité narrative, esthétique et idéologique. C’est-à-dire qu’on y retrouve différentes visions du monde, en négociation permanente. Les personnages de séries défendent plusieurs points de vue qui s’entrechoquent sans arrêt, et c’est aussi pour cela que les séries plaisent à autant de monde. Chacun croit y reconnaître son point de vue sur le monde, et le voit, d’une certaine façon, validé.

Ces séries sont les héritières de courants artistiques, esthétiques et littéraires. Il est donc possible de parler à la fois des séries elles-mêmes, mais aussi de les resituer par rapport à la littérature, au cinéma. Cela permet non seulement d’éduquer le regard des étudiants, pour qu’ils aient une vision beaucoup plus riche des séries qu’ils connaissent, mais également d’aborder des questions sociales, historiques, philosophiques et littéraires.

Les vidéos du colloque Goldorak peuvent être visionnées sur la plate-forme de l’université de la Sorbonne Nouvelle. Et pour les nostalgiques, voici le générique de début de la série, publié sur Youtube.

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