Secrets de profs : « Nous, profs de FLE, sommes tout le temps en train de voyager ! »

Liliane Koecher dirige l'Institut international d'études françaises, à Strasbourg. Au coeur de ses motivations à enseigner le français langue étrangère : la diversité des apprenants du monde entier et des objectifs ancrés dans le quotidien.

Liliane Koechers

Liliane Koecher

Votre formation…

J’ai fait une licence d’allemand, à l’université de Strasbourg, après le bac. Là, j’ai découvert le FLE (français langue étrangère) en discutant avec une amie. En licence de FLE, j’ai rapidement compris que cela me conviendrait. Après le M1 – la maîtrise, à l’époque – j’ai été embauchée pour des cours d’été à l’Institut international d’études françaises, en 1993.

Votre perception des conditions d’exercice des enseignants en FLE…

On enseigne en général aujourd’hui avec un master 2, mais il n’y a pas de cadre et des situations très différentes (salaires, nombre d’heures d’enseignement…). En France, certains organismes sérieux, dont l’IIEF, proposent un salaire correct avec un nombre d’heures d’enseignement satisfaisant, à des gens qui ont un master 2 de FLE minimum. D’autres institutions privées, notamment, emploient des enseignants qui gagnent le SMIC presque toute leur vie en faisant beaucoup d’heures et sans formation au départ. De manière générale, il y a plus de travail à l’étranger qu’en France, mais attention aux conditions d’exercice !

Vos difficultés à vos débuts dans l’enseignement…

Il s’agissait de cours d’été, un peu comme un séjour linguistique. J’avais un groupe de 20 personnes, d’âges différents et de 10 ou 15 nationalités. Il m’a fallu travailler ma légitimité car j’étais plus jeune que certains étudiants. Je partais de rien et je mettais 6 à 8 heures à préparer une heure de cours. Heureusement, je n’avais qu’un mi-temps !

Vos motivations à enseigner le FLE…

Il y une dimension culturelle et intime dans l’enseignement de sa langue maternelle. Et nous avons une chance énorme : nous sommes tout le temps en train de voyager ! A l’IIEF, il y a 80 à 90 nationalités représentées chaque année. J’ai découvert des pays, que je savais à peine situer sur une carte. Nous observons aussi des décalages. Je me souviens d’un étudiant népalais, qui n’avait jamais manipulé un ordinateur, ou, au contraire, de Suédois, qui avaient déjà des téléphones portables fin des années 1990. Nous sommes également confrontés à tous les points de vue politiques. Certaines personnes viennent de pays qui appliquent la peine de mort, où les femmes n’ont pas grand chose à dire, où l’homosexualité n’est pas tolérée…

Votre relation à votre public…

Désir d’intégration, reprise d’études, objectif professionnel ou simple envie de parler français avec ses petits enfants, chaque apprenant a une motivation particulière pour apprendre le français. Cette diversité est une des richesses de ce métier. Pour certains, comme pour les réfugiés politiques – que nous avons toujours accueillis – les conditions de vie sont très difficiles et l’apprentissage du français est une question de survie.

Votre vision des erreurs à ne pas commettre…

Le plus grand danger est d’infantiliser les adultes que nous avons en face de nous. Certains ont fait des études ou avaient un métier et arrivent avec un niveau zéro en français. Ils se disent qu’ils ne savent rien faire et se sentent comme un petit enfant qui réapprend des choses. L’enseignant doit rassurer, dans un rapport d’adulte à adulte.

Votre perception des principales difficultés de l’apprentissage du français pour des étrangers…

De nombreux sons français comme le « en », « on », « un », ou la prononciation du « r », n’existent pas dans d’autres langues et sont des difficultés récurrentes. La compréhension générale, écrite ou orale, du français est plus accessible aux personnes qui parlent des langues latines, comme l’italien ou l’espagnol. Pour ce qui concerne les Japonais ou les Chinois, la prononciation est difficile.

Votre pédagogie…

Nous partons toujours d’un objectif très concret de la vie quotidienne, comme ‘savoir acheter du pain’, par exemple, et nous nous donnons tous les moyens pour l’atteindre. Quand vous savez que vous avez besoin de quelque chose pour réaliser un objectif, la motivation est là. Nous ne faisons pas de la grammaire pour la grammaire. Il faut ne donner que ce qui est nécessaire. Si vous donnez trop, vous noyez l’apprenant.

Votre vision de ce que la pédagogie utilisée en FLE pourrait apporter à l’enseignement du « français langue maternelle »…

Nous donnons beaucoup d’aides à l’apprentissage, comme des dessins permettant de faciliter l’apprentissage du participe passé avec l’auxiliaire être, par exemple.

Notre approche, très créative et ludique, participe de la motivation. Avec le jeu, on est dans le registre émotionnel. Lorsqu’il s’agit de participer à un jeu, même des adultes arrivent au tableau en courant !

Par ailleurs, l’erreur – pas toujours valorisée à l’école – n’a pas le même statut en FLE, où il est normal de faire des erreurs, selon son niveau, en fonction de ce que l’on n’a pas encore appris.

Enfin, pour nous, la grille d’évaluation est systématique. Tous les points sont justifiés par des critères, permettant à l’apprenant d’évoluer. C’est un support plus objectif que le rapport enseignant/élève, qui évite les effets de fatigue ou l’agacement, lorsque la même erreur revient plusieurs fois…

Votre point de vue sur l’apprentissage précoce des langues…

Dans les pays de l’Est ou du Nord de l’Europe notamment, c’est normal de parler deux ou trois langues. Lorsqu’il est précoce, l’apprentissage se fait naturellement, avec plus de facilité. L’avantage des écoles bilingues, c’est que l’enfant ne va pas y faire de l’allemand pour faire de l’allemand, mais apprendre l’histoire en allemand, par exemple.

Votre conseil à un étudiant français qui veut progresser en langues…

Le mieux est d’être en relation réelle avec quelqu’un dont c’est la langue maternelle, via des groupes de langues, par Skype, par exemple. La motivation relationnelle est alors réelle. On a de vraies discussions et on est obligé de se débrouiller. Si vous ne parlez jamais avec personne, vous ne savez pas si la communication passe ou pas. L’idée est de savoir, au-delà des erreurs que vous faites, si l’on vous comprend ou pas.

Regarder des films en version originale est également intéressant comme bain linguistique avec une dimension émotionnelle. Même si l’on ne comprend pas tous les mots, on essaie de comprendre l’ensemble. Dans un premier temps, on peut laisser les sous-titres !

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