« C’est en étant chef d’orchestre que je me suis retrouvé dans le métier de proviseur »

Proviseur adjoint et chef d’orchestre, Bruno Delaigue nous explique les différentes ressemblances qui existent entre ces deux activités. Parmi elles, la prise de décision et l’écoute.

bd-chefVous êtes principal adjoint à l’académie de Grenoble et ancien professeur de musique. Pouvez-vous retracer votre parcours professionnel ?

En juin 2001, j’ai obtenu l’agrégation d’éducation musicale, ce qui m’a poussé à m’investir dans l’univers de la pédagogie. Ainsi, après un an à l’académie de Lyon en tant que stagiaire et un an à Lille où j’ai été titularisé, j’ai demandé une mutation dans un collège à Grenoble. Je suis resté dans cet établissement jusqu’à obtenir le concours de chef d’établissement. Parallèlement à cette activité, j’ai aussi été chargé de cours à l’Université Lumière Lyon 2. C’est avec les diverses missions confiées par le chef d’établissement (formation des délégués, coordination des travaux, etc.) que je me suis, un jour, posé la question de devenir chef d’établissement à mon tour. Aujourd’hui, je suis principal adjoint depuis 4 ans, après avoir été professeur d’éducation musicale pendant 11 ans.

Vous avez donc passé l’agrégation d’éducation musicale. En quoi consiste ce concours ?

Ce concours offre la possibilité d’exercer le métier de professeur d’éducation musicale. Lorsque j’ai passé le concours, il y avait quatre épreuves écrites : une dissertation de l’histoire de la musique, une dissertation en philosophie ou littérature, une épreuve de formation musicale en solfège (avec des dictées de notes et rythmes) et une épreuve d’écriture de composition en deux temps (harmoniser une mélodie et réaliser un composé de variations sur un thème donné). Les candidats admissibles pouvaient par la suite accéder aux oraux. Il y avait ainsi une épreuve d’accompagnement au piano avec une improvisation, une épreuve instrumentale, une épreuve de chant, une épreuve de direction de chœur, un commentaire auditif et la fameuse leçon devant le jury.

Aujourd’hui, le concours n’est plus le même, certaines épreuves ont été regroupées. Par exemple, il n’y a plus qu’une seule dissertation à l’écrit, et pour l’oral, l’épreuve d’accompagnement au piano, le chant et l’épreuve instrumentale ont été regroupés.

Qu’est-ce qui vous a poussé à enseigner la musique ?

La musique me passionne depuis tout petit, je suis même passé par plusieurs conservatoires. Mais rien, au départ, ne me poussait à l’enseignement de l’éducation musicale. C’est un peu le hasard du parcours. J’ai souhaité m’inscrire à l’agrégation lorsque je passais ma maîtrise puisque je n’avais plus de sujet pour mon DEA (Diplôme d’Études Approfondies). Je ne voulais donc pas passer une année sans rien faire. Les sujets et les thématiques du concours m’ont plu, ce qui m’a motivé à l’obtenir. Mais c’est lors de mon stage que j’ai réellement découvert que ce n’était pas du tout le métier que j’imaginais et que bien au contraire il correspondait parfaitement à mes attentes.

Parallèlement à votre profession, vous êtes aussi chef d’orchestre. Comment êtes-vous arrivé à ce stade ?

Lorsque j’étais au conservatoire, on m’a proposé de diriger un ensemble de musiciens, ce qui m’a ravi. J’ai par la suite dirigé des orchestres de jeunes durant les stages d’été. Parallèlement, j’ai aussi suivi des stages de formation pour me perfectionner. Aujourd’hui, cela fait plus de 20 ans que je suis à la direction d’orchestre. J’ai, par exemple, dirigé des orchestres d’harmonie dont l’orchestre fédéral de l’Isère pendant près de dix ans ainsi que l’harmonie de Meylan ou encore des orchestres symphoniques comme l’orchestre régional du Dauphiné. Je dirige tant des prestations traditionnelles que des rencontres avec des publics handicapés et des concerts pour les scolaires.

Comment parvenez-vous à jongler entre vos deux activités ? Cela demande-t-il des qualités particulières ?

Ce n’est pas toujours simple de concilier chef d’établissement et chef d’orchestre, car ces deux activités demandent du temps. J’ai donc un peu limité mes activités musicales depuis que je suis chef d’établissement. Je pense toutefois qu’il y a un lien et une ressemblance entre ces deux activités. Le cœur est le même, c’est du pilotage, du management, il faut arriver au résultat que l’on souhaite alors que ce n’est pas nous qui produisons. C’est également pour cette raison que je me suis retrouvé dans le métier de chef d’établissement. D’ailleurs, un certain nombre de professeurs de musique sont devenus chef d’établissement, et je pense que ce n’est pas un hasard. Pour être chef d’établissement, il faut en effet prendre des décisions, être à l’écoute, et en musique nous sommes constamment à l’écoute.

Néanmoins, pour parvenir à jongler entre ces deux activités, il faut organiser son travail afin d’optimiser son temps mais aussi savoir être attentif. L’activité de chef d’orchestre reste pour moi bénévole, je choisi donc mes concerts et mes horaires. S’il fallait que je maintienne un nombre élevé de concert pour percevoir une rémunération correcte, c’est à ce moment-là que ces deux activités seraient incompatibles.

Quelles sont les qualités majeures à avoir pour être un bon musicien ?

Il faut, bien évidemment, une très bonne connaissance de son instrument mais aussi des connaissances techniques de la musique (analyse et orchestration). Un bon musicien doit également avoir une brillante mémoire et une grande capacité d’écoute.

Avez-vous un message à transmettre aux personnes souhaitant s’orienter vers la musique ?

Il ne faut jamais arrêter la pratique instrumentale ! Il y a trop de personnes qui sont devenues professeurs d’éducation musicale et qui ne pratiquent plus. Je pense qu’à long terme, cela peut être préjudiciable dans leur enseignement et dans le message qu’ils transmettent à leurs élèves. Chaque professeur d’éducation musicale doit pouvoir à la fois enseigner et pratiquer.

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