Créer des parcours différenciés en EPS grâce aux vidéos

Prof d'EPS, Alban Henry conçoit des vidéos à utiliser lors du cours. Les élèves y accèdent via des QR Codes. Ils se filment aussi eux-mêmes, pour un "feedback" immédiat.

Les élèves d'Alban Henry visionnent des vidéos de référence, ou se filment eux-mêmes lors des séances d'EPS / Roulade avant en gymnastique

Les élèves d’A. Henry visionnent des « vidéos de référence » lors des séances d’EPS / Roulade avant – gymnastique

Prof d’EPS au collège de Signy-l’Abbaye (Ardennes), Alban Henry souhaitait “utiliser les TICE”, pour “booster” son enseignement. Son idée : “démultiplier le nombre possible de feedbacks à donner aux élèves, grâce à des supports vidéos” .

Avec un prof pour 28 jeunes, “cela permet de se dédoubler, ceux n’étant pas en difficulté ayant accès à des ressources numériques leur permettant d’avancer seuls”, tandis que l’enseignant “se focalise davantage sur ceux qui sont en difficulté”, indique-t-il.

Depuis 2012, Alban Henry crée ainsi des “parcours différenciés”. Son système, il ne l’appelle pas “classe inversée”, puisque les vidéos sont visionnées pendant le cours et non avant. Il préfère parler d’une “individualisation grâce aux TICE”.

« Banques de vidéos » et QR Codes

Pendant le cours, des tablettes permettent aux élèves d’accéder à des “banques de données” – des présentations Power Point et des vidéos “de référence” (par exemple, comment réaliser un saut fosbury-flop, en saut en hauteur) qui leur permettent “d’aller, chacun, à leur rythme” et de “travailler en autonomie”. Les consignes des séances sont également enregistrées dans des capsules, et “individualisées” en fonction des groupes (de niveau).

Le support vidéo en EPS permet aussi de créer des vidéos “en direct”, par les élèves eux-mêmes / Alban Henry

Le support vidéo en EPS permet aussi de créer des vidéos “en direct”, par les élèves eux-mêmes / Alban Henry

Les capsules sont conçues par Alban Henry, ou par d’autres collègues : avec plusieurs autres enseignants d’EPS, il en partage ainsi sur une plateforme dédiée à la mutualisation de ressources : MyEPS.

Les vidéos sont accessibles partout dans le gymnase, au moyen de QR Codes – des codes barres à “scanner” avec son smartphone ou avec une tablette, et qui permettent d’afficher instantanément la ressource.

Les vidéos sont même accessibles à la piscine, lors des séances de natation, ou en extérieur : “les QR Codes se trouvent sur des fiches papiers, et l’élève peut à tout moment visionner des situations pédagogiques, avec des exemples, des exercices ou des critères à atteindre”, indique Alban Henry.

Filmé par ses pairs : un « retour vidéo » en direct

Natation - Coulée ventrale / Un exemple de vidéos à visionner lors d'une séance d'EPS, dans la classe d'A. Henry

Natation – Coulée ventrale / Un exemple de vidéos à visionner lors d’une séance d’EPS, dans la classe d’A. Henry

L’utilisation de tablettes permet aussi la création de vidéos “en direct”, par les adolescents eux-mêmes. Ainsi, pendant la séance, les élèves sont filmés par leurs camarades. Ils peuvent ensuite visionner leurs performances.

En saut en hauteur, en gymnastique ou en acrosport, par exemple, ce “retour vidéo en images permet d’avoir des corrections d’une façon quasiment instantanée, ce qui est important puisqu’en EPS, le feedback doit être donné très rapidement pour être efficace”, indique Alban Henry.

Différenciation et autonomie

Grâce à cette stratégie pédagogique, la différenciation est favorisée, le prof d’EPS gagnant du temps : “les élèves rapides n’ont plus forcément besoin de moi, ce qui me permet de passer plus de temps avec ceux qui ont vraiment besoin d’aide”, explique Alban Henry, qui se décrit comme “autant présent qu’avant, mais différemment”.

Tennis de table - "Poussette du coup droit" / Une situation pédagogique filmée lors d'une séance, utilisée pour un "feedback" quasi-instantané

Tennis de table – « Poussette du coup droit » / Une situation pédagogique filmée lors d’une séance, utilisée pour un « feedback » quasi-instantané

Ce système permet de rendre les élèves “plus autonomes”, mais aussi de “travailler en collaboration avec leurs pairs, en groupe”, note l’enseignant. “Cette fois, les élèves qui n’ont pas de grandes difficultés n’ont plus besoin de venir systématiquement me voir pour savoir s’ils ont bien fait : en groupe, ils s’observent les uns les autres, observent leurs gestes techniques en vidéo et jouent un peu le rôle du prof”, remarque-t-il.

L’élève apprend aussi “à aller chercher l’information seul”, dans les vidéos, disponibles via les QR Codes. “Il devient ainsi acteur et responsable de sa réussite”, affirme Alban Henry. Grâce aux vidéos à visionner ou à filmer “‘en direct”, l’adolescent “pratique autant que lors d’une séance classique”, mais “mieux”, puisqu’il “fait davantage attention à ce qu’il fait” et qu’il est “bien plus motivé et impliqué”, ajoute l’enseignant.

Une « sacrée logistique » à mettre en place

Pour créer ses vidéos, le prof d’EPS filme des jeunes lors de ses cours, ou dans le cadre des manifestations organisées par l’UNSS. Parfois, il utilise même les vidéos filmées par ses élèves eux-mêmes : “quand la situation pédagogique est intéressante, elles peuvent servir de capsules pour d’autres classes et alimenter la banque de ressources”.

Pour l’enseignant intéressé, “il faut savoir qu’il y a une sacrée logistique à mettre en place” – création ou sélection des capsules, conception de la séance en elle-même, acquisition du matériel informatique et d’une connexion Internet / Wi-Fi pour le gymnase. “Mais une fois que tout est prêt, la machine est lancée. Il ne s’agit que d’une façon de faire comme une autre, qui n’est finalement pas plus contraignante que la conception de fiches papiers, et qui ouvre de nouvelles fenêtres pédagogiques”, conclut A. Henry.

Découvrez notre nouveau dossier sur les TICE et l’EPS, ou comment le numérique transforme l’éducation physique.

 

1 commentaire sur "Créer des parcours différenciés en EPS grâce aux vidéos"

  1. Ciabrini  1 mars 2016 à 0 h 37 min

    Bonjour
    Je rejoins mon collègue de Fénelon dans son analyse très juste .
    Il faut à mes yeux une sacrée logistique (surtout la connexion wifi dans le gymnase, la piscine… mais je pense que nous ne pouvons faire l’impasse du numérique aujourd’hui . Bien qu’un cadre soit absolument indispensable surtout dans l’utilisation des téléphones portables. L’utilisation des tablettes est à mon avis plus sure. Cette initiative est très intéressante car elle montre d’un part l’intérêt des élèves pour reconnaître et corriger leurs erreurs dans les différentes situations d’apprentissages et d’autres part une plus grande collaboration entre eux. Je parlerais plutôt en citant « J.A Méard » de « co-évaluation ».
    Enseigner en touchant à la fois les auditifs (explications des consignes et des critères de réussites et de réalisations), les visuels (format vidéo) et les kinesthésiques (reproduire l’action dans l’immédiat par ces feed back très rapides) est ce que je m’efforce de faire au quotidien. Cela me semble vraiment formateurs pour tous les types de publics dont ceux à besoins éducatifs particuliers.Signaler un abus

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