APMEP : « l’interdisciplinarité est problématique pour les profs de maths »

A l’occasion de la semaine des mathématiques, qui aura lieu en mars, tour d’horizon sur leur enseignement. Entretien avec Bernard Egger, président de l’APMEP.

Pour cette année 2016, quels sont les projets de l’APMEP ?

Cette année, nous avons un très grand projet : la création d’une plateforme d’évaluation et d’accompagnement pédagogique à destination des professeurs de mathématiques. Notre plateforme, Mathscope, se distinguera des MOOC ou des cours filmés car les contenus y seront organisés autour de « parcours pédagogiques ». Il s’agit d’une suite de vidéos sur un thème précis pouvant être utilisées dans leur ensemble ou séparément et accompagnées d’évaluations diagnostiques ou formatives. Ces vidéos, libres et gratuites, seront proposées aux enseignants pour une utilisation en classe ou à la maison. Elles pourront aussi être conçues par le professeur.

Par ailleurs, grâce à nos nombreux partenaires, nous avons également œuvré à la création d’une fédération francophone d’associations de professeurs de mathématiques. Actuellement, nous échangeons et travaillons avec des collègues belges, algériens, tunisiens et souhaitons encore étendre ce projet à d’autres pays francophones.

Nous collaborons enfin avec plusieurs éditions sur un projet de listes de livres à destination des Centres de documentation et d’information. L’objectif est d’enrichir le CDI avec des ouvrages ou des romans à supports scientifiques et mathématiques.

Quelles sont les problématiques auxquelles sont confrontés les professeurs de mathématiques ?

La première problématique est liée à la réforme du collège. Cette réforme nous paraissait au départ ambitieuse, mais l’interdisciplinarité est quelque chose que nous ne sommes pas habitués à mener. Le fait de travailler avec des personnes issues de diverses disciplines est un réel problème pour les professeurs de mathématiques car nous trouvons mal notre place. Nous sommes souvent cantonnés à un rôle de « super calculateur ».

La seconde problématique est due à l’arrivée de l’informatique. Quelle sera sa place dans les années à venir à la fois dans les cours de mathématiques et dans les évaluations ? Les mathématiques enseignées aujourd’hui ne seront plus les mêmes dans vingt ans parce que l’informatique aura pris une place très importante. Il y aura peut-être une autre façon d’enseigner les mathématiques et même les contenus seront sans doute changés. Pour les professeurs de maths, c’est une réelle problématique. Nous essayons de ne pas être en retrait face à cette situation et de l’anticiper.

Enfin, même si cette problématique est valable pour tous les profs, les élèves ont changé. Nous devons arriver à optimiser notre enseignement par rapport au changement des élèves et à la montée d’internet dans notre société.

L’année dernière, 343 postes n’ont pas été pourvus lors du concours du Capes de mathématiques. Va-t-on vers une pénurie de professeurs de maths ?

Maths formulas © christianchan - fotolia.com

Maths formulas © christianchan – fotolia.com

Nous sommes déjà en pénurie ! Aujourd’hui, entre 1.500 et 2.000 postes sont tenus par des contractuels avec des niveaux de maths qui ne sont pas à la hauteur des exigences demandées. Certains ont, par exemple, une licence de biologie qui ne reprend pas du tout les mathématiques à enseigner aux élèves en lycée ou en collège. Il y a également des inégalités territoriales avec des collèges ruraux dotés uniquement de contractuels.

De plus, les 343 postes non pourvus sont dûs à une diminution du nombre de bons candidats au Capes. Et pourtant, certains réussissent le Capes avec des niveaux insuffisants. Alors imaginez-vous ceux qui échouent ? Si leur niveau n’est pas à la hauteur, nous ne souhaitons pas que tous les candidats réussissent pour uniquement combler les trous.

Pour trouver, entre autres, une réponse à l’importante crise du recrutement, vous annoncez dans un récent communiqué l’arrivée d’un nouveau Capes de mathématiques. Que prévoit-il ?

Le Capes de mathématiques connaîtra, lors de la session 2017, de réels changements avec l’arrivée de l’option informatique. En effet, tous les candidats devront passer un écrit et un oral en mathématiques. Toutefois, le deuxième écrit et le deuxième oral seront basés sur un choix optionnel : mathématiques ou informatique. Ce Capes se rapprochera en partie de la bivalence que l’on trouve en histoire-géographie et en physique-chimie. Il permettra éventuellement d’apporter une réponse à l’importante crise de recrutement que connaît l’enseignement des mathématiques. En donnant une large place à l’informatique, il élargira potentiellement le champ des recrutements.

La place de l’informatique et plus spécifiquement celle de la programmation ne cessent d’augmenter au sein des programmes de mathématiques.Mais au moment où les programmes évoluent pour mieux accorder informatique et mathématiques, on pourra craindre chez ces professeurs un niveau vraiment trop juste dans la matière qu’ils auront à enseigner. Le Capes proposé n’envisage en effet pas une vraie bivalence. Certains lauréats seront simplement « matheux » et d’autres bien plus « informaticiens ». Pourtant, ils feront le même métier, dans les mêmes classes. Il aurait peut-être été préférable d’opter pour un Capes impliquant une réelle double formation théorique en mathématiques et en informatique.

informatique en classe

© Christian Schwier – fotolia.com

Pourquoi l’informatique ne deviendrait-elle pas une matière à part entière plutôt que de l’associer aux mathématiques ?

Un tel choix aurait des conséquences importantes. Il justifierait à la fois la création d’un Capes d’informatique et l’apparition d’une nouvelle discipline dans l’emploi du temps des élèves. Alors que l’on parle d’un horaire scolaire trop chargé, ajouter une nouvelle matière ne pourrait se faire qu’au détriment d’autres disciplines déjà enseignées. En effet, si vous créez une matière à part entière, vous créez le besoin de définir des heures. Par exemple, la création d’un enseignement d’informatique en classe préparatoire scientifique s’est faite en supprimant les heures de TD de calcul formel, sans doute très utiles dans la formation de futurs scientifiques.

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education.gouv.fr

Du 14 au 20 mars 2016 aura lieu la semaine des mathématiques dans tous les établissements scolaires. Quel est l’objectif de cette opération et quelles sont les actions organisées durant l’événement ?

Au départ, la semaine des mathématiques était organisée à une plus petite échelle, uniquement pour les établissements souhaitant y participer. Depuis deux ans, le ministère s’est aperçu que cet événement n’avait pas un impact très fort. Il s’est donc retourné vers les associations dont l’APMEP pour être plus efficace et le généraliser. C’est une occasion pour les professeurs de maths de parler de leur discipline, de dédramatiser leur matière et de la faire connaître auprès des élèves.

L’objectif de cette semaine des mathématiques est de montrer à tous les élèves des écoles, collèges et lycées, une image actuelle, vivante et attractive des mathématiques. Diverses actions éducatives (opérations portes ouvertes, conférences grand public, concours, manifestations locales, ateliers, expositions, visites, pratique de jeux mathématiques, etc.) seront ainsi organisées au niveau académique.

Le thème de cette cinquième édition invite à explorer les liens qu’entretiennent deux disciplines : « Maths et Sport ». Pourquoi ce choix ?

Le thème sélectionné pour cette cinquième édition s’inscrit naturellement dans la dynamique de l’opération « l’Année du sport de l’école à l’université« . L’année 2016 sera en effet marquée par l’organisation en France de grands événements sportifs comme l’EURO 2016 de football. En prenant appui sur ces différentes manifestations, nous avons pensé que sport et maths pouvaient être liés. Nous pouvons, par exemple, travailler sur la trajectoire d’un ballon ou le périmètre d’un terrain. Enfin, nous avons constaté que certains élèves réussissent en sport après des heures d’entraînement alors qu’ils pourraient réussir en mathématiques avec des efforts nettement moindres.

4 commentaires sur "APMEP : « l’interdisciplinarité est problématique pour les profs de maths »"

  1. Thierry  18 février 2016 à 12 h 39 min

    « La première problématique est liée à la réforme du collège. Cette réforme nous paraissait au départ ambitieuse, mais l’interdisciplinarité est quelque chose que nous ne sommes pas habitués à mener. Le fait de travailler avec des personnes issues de diverses disciplines est un réel problème pour les professeurs de mathématiques car nous trouvons mal notre place. Nous sommes souvent cantonnés à un rôle de « super calculateur »

    C’est fou de lire ça: « l’interdisciplinarité est quelque chose que nous ne sommes pas habitués à mener ». Les habitudes tuent ce métier depuis des années. Ca se change les habitudes.
    Et la suite est à pleurer de rage. Des centaines de profs de maths travaillent déjà en interdisciplinarité et s’en portent très bien. Allons voir ce qui fonctionne au lieu de nous cantonner dans les habitudes et les peurs.Signaler un abus

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  2. Sueur  19 février 2016 à 12 h 59 min

    Personnellement je n’ai jamais réussi à travailler en interdisciplinarité. Je ne crois pas au travail en équipe dans l’Education Nationale, des temps de concertation seraient nécessaires et on sait très bien qu’ils sont impossibles à placer.
    Je trouve l’article très bien. Je pense qu’il aurait fallu séparer les mathématiques de l’informatique. On peut aimer les maths sans être geek pour autant.Signaler un abus

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  3. Sébastien  20 février 2016 à 14 h 16 min

    Je suis d’accord avec vous, Thierry. J’essaye moi-même de lier ma discipline aux autres matières :
    – arts plastiques (solides de Platon, anamorphoses, pavages, figures des livres « les maths pour le plaisir »…)
    – l’histoire (biographies, influences des découvertes mathématiques sur le cours de l’histoire, …)
    – histoire de l’art (Holbein, l’Alhambra, Op art, …)
    – géographie (représentations de Mercator, Peters, orthodromie/lodromie…)
    – français (cryptographie)
    – physique : paraboles et four solaire
    – biologie : fractales et végétaux
    – langues vivantes : exercices contextuels en anglais, allemand ou espagnol

    Voire même avec la photographie : j’ai enseigné les histogrammes en 5e en expliquant la balances des blancs.

    Quant aux maths et sports, le magasine Tangente en a fait un dossier hors-série complet, autant dire que ce n’est pas limité à une trajectoire de ballon ou un périmètre de terrain…

    Donc, non, nous ne sommes pas cantonnés à être des supercalculateurs, et non, certains professeurs n’ont déjà aucun mal à se faire une place dans l’interdisciplinarité…

    L’interdisciplinarité n’est pas problématique pour les profs de maths, elle est une chance pour les curieux et ouverts d’esprit…Signaler un abus

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  4. anémone  21 février 2016 à 12 h 26 min

    Il serait pertinent d’ouvrir un CAPES d’informatique, un vrai !
    Pour l’informatique au lycée, il passage de deux heures AP en informatique serait indolore d’un point de vue de la charge horaire pour un élève. Certaines disciplines allégées d’une partie de leur programme gagneraient à travailler des points difficiles du programme et à se coordonner avec l’informatique.
    … Pourquoi les maths s’accrochent-ils autant à l’informatique ?

    Pour la rubrique Sport et maths, évidemment les professeurs de physique chimie apporteront leurs aides avec plaisir. belle idée.

    Que signifie cette phrase de Bernard Egger dans ce contexte ?
    « Enfin, nous avons constaté que certains élèves réussissent en sport après des heures d’entraînement alors qu’ils pourraient réussir en mathématiques avec des efforts nettement moindres. »Signaler un abus

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