« Réforme » de l’orthographe : zizanie entre l’Académie française et le ministère

Najat Vallaud-Belkacem affirme qu'en 1990, l'Académie Française a "approuvé" la réforme de l'orthographe. Mais sa secrétaire perpétuelle soutient le contraire.

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La « réforme » de l’orthographe n’en finit plus de susciter la polémique, allant jusqu’à semer la discorde entre le ministère de l’Education Nationale et l’Académie Française.

Dans une interview au Figaro, le 13 février, Hélène Carrère d’Encausse, secrétaire perpétuelle de l’institution, a pris ses distances avec cette réforme datant de 1990, dont les « rectifications » (facultatives) seront appliquées dans tous les manuels scolaires à partir de la rentrée 2016.

« L’Académie a marqué son désaccord avec ce texte »

Dessin Jack Koch réforme orthographe

Le dessin de Jack Koch, pour VNI, 10 février 2016.

Hélène Carrère d’Encausse soutient que l’Académie française n’est pas à l’origine de ce texte. Selon elle, l’institution n’a cessé de « s’opposer à toute réforme » de l’orthographe, tout en donnant un « accord conditionnel sur un nombre réduit de simplifications ».

En 1990, le « greffier de la langue » n’aurait pas donné son « approbation » au projet de réforme, mais se serait « prononcé sur des principes généraux ». Il s’agissait, explique Hélène Carrère d’Encausse, « de quelques rectifications d’incohérences ou d’anomalie graphiques ».

Plus tard, quand le texte a été publié au Journal officiel, « l’Académie Française a pu en prendre connaissance. Et a marqué son désaccord avec ce texte », conclut Hélène Carrère d’Encausse.

Najat Vallaud-Belkacem exprime « son étonnement »

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Dans une lettre du 16 février relayée par l’AFP, Najat Vallaud-Belkacem s’est étonnée que Hélène Carrère d’Encausse « critique la référence », dans les programmes, de « rectifications proposées en 1990 par le Conseil supérieur de la langue française (CSLF) » – dont le secrétaire de l’Académie fait partie. Et d’ajouter que « ces rectifications sont intégrées dans la 9e édition du dictionnaire de l’Académie française. »

Selon la ministre, en 1990, le secrétaire perpétuel de l’époque, Maurice Druon, avait affirmé que le rapport du CSLF sur les rectifications de l’orthographe « avait été approuvé à l’unanimité par l’Académie ».

L’orthographe : « passion française » et « marqueur social »

Pour l’historien Claude Lelièvre, spécialiste du système éducatif, interviewé par Le Monde, « l’Académie française est prise en flagrant délit de déni de réalité ». Ainsi, les programmes, qui inspirent les manuels en cours de réécriture, « reprennent les indications des programmes de 2008 édictées sous le ministère Darcos : ‘L’orthographe révisée est la référence‘ ».

Pour Claude Lelièvre, si la « réforme » suscite une vive polémique, « c’est  parce que l’orthographe est une passion française, que nous nous plaisons à entretenir ». Selon l’expert, depuis 1881, « nombre de ministres ont tenté de réduire la place de son enseignement, en vain ». Aujourd’hui, indique-t-il, la France est « l’un des rares pays » à utiliser l’orthographe « comme outil de classement ».

Selon le spécialiste de l’éducation, « même au 21e siècle, l’orthographe sert à se distinguer socialement ». Ainsi, note-t-il, « la langue écrite est devenue l’un des deux totems, avec le roman national, constitutif de notre identité ». Et de s’interroger : « être français aujourd’hui, est-ce croire qu’on atteint les sommets de la culture quand on s’agrippe à la cime de l’accent circonflexe ? ».

Dans une déclaration adoptée dans sa séance du 11 février, l’Académie Française « tient à rappeler la position qui a été la sienne » en 1990. Opposée « à toute modification autoritaire de l’orthographe », l’institution s’est « prononcée en faveur du maintien de l’orthographe d’usage », conseillant « de laisser au temps le soin de la modifier selon un processus naturel d’évolution ». Si l’Académie « a marqué son accord avec les lignes directrices du projet en préparation », il ne s’agissait néanmoins pas d’une « approbation », peut-on encore lire.

1 commentaire sur "« Réforme » de l’orthographe : zizanie entre l’Académie française et le ministère"

  1. Loys Bonod  17 février 2016 à 22 h 27 min

    « nombre de ministres ont tenté de réduire la place de son enseignement, en vain »

    C’est à ce genre de considérations qu’on comprend beaucoup de choses sur le naufrage de l’école…Signaler un abus

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