Face au complotisme : « l’Ecole est là pour apprendre à le déconstruire »

Comment réagir face aux théories du complot ? Une journée d'étude a mis en lumière les projets pédagogiques innovants mis en place par plusieurs profs.

Des élèves de la 4e Médias du collège Berlioz (Paris 18e), lors de l'atelier animé par Amélie Fleury, pendant la journée d'études sur le complotisme / Photo DR

Des élèves de la 4e Médias du collège Berlioz (Paris 18e), lors de l’atelier d’A. Fleury, pendant la journée d’études sur le complotisme / Photo DR

Pour aider les profs face aux théories du complot, le ministère de l’Education Nationale a organisé, le 9 février à Paris, une journée d’étude qui a réuni 300 participants.

Parmi eux, des spécialistes du conspirationnisme, ainsi que plusieurs enseignants ayant mené dans leurs classes des projets pédagogiques autour du complotisme.

Enseignants et profs doc en première ligne

Pour introduire cette journée, Najat Vallaud-Belkacem a noté que « ce qui fait la force du complotisme, c’est sa proximité avec le savoir, car il joue en apparence sur des enjeux analogues, tout en exploitant un réflexe humain : la recherche d’un sens, d’une cause. »

Najat Vallaud Belkacem lors de la journée d'études "réagir face aux théories du complot", le 9 février 2016. / Photo DR

Najat Vallaud Belkacem lors de la journée d’études « réagir face aux théories du complot », le 9 février 2016. / Photo DR

A l’ère du numérique, qui « démultiplie la portée du complotisme », l’Ecole « est là pour apprendre à le déconstruire », indique la ministre. « Nos enseignants, en particulier en Histoire, s’y appliquent, de façon indirecte dans leurs disciplines, et plus frontalement dans 2  enseignements spécifiques : l’EMC et l’EMI ».

Si « Internet est un bel outil qui offre l’accès au savoir », les adultes « ne doivent pas s’illusionner sur les pseudo-compétences des ‘digital natives' ». Ainsi, « il faut apprendre aux jeunes à utiliser le numérique avec une certaine distance critique » – notamment en développant l’éducation aux médias.

Najat Vallaud-Belkacem, qui se félicite du « doublement du nombre de médias scolaires » depuis 1 an, a rendu hommage aux professeurs documentalistes. Après avoir annoncé un « renforcement des projets académiques de formation » en leur direction, elle a indiqué que « les profs docs sont les vrais maîtres d’oeuvre de la construction d’une culture de l’info et des médias », et souhaite « que leur place soit davantage connue ».

Démonter la rhétorique complotiste

Sophie Mazet, prof d'anglais

S. Mazet, prof d’anglais au lycée (REP) Blanqui de Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), anime depuis 5 ans des ateliers « d’auto-défense intellectuelle » / Photo DR

Lors de la première partie de la journée d’études, 5 enseignants ont partagé leurs expériences pédagogiques. Lionel Vighier, prof de lettres au collège Picasso de Montesson, a présenté la séquence dédiée aux théories du complot qu’il avait mise en place avec ses « 3e Médias » suite à Charlie Hebdo – et que nous avons déjà décrite dans un article. Pour « analyser le langage et la rhétorique du complotisme », il a choisi de passer par conception de parodies de théories.

Prof d’anglais au lycée Blanqui de Saint-Ouen, Sophie Mazet anime des ateliers « d’auto-défense intellectuelle », dont l’objectif est de « développer, chez l’élève, l’esprit critique et le sens de l’analyse ». Elle donne aux élèves qui choisissent d’y assister « un kit pour ne pas se laisser manipuler ». Les lycéens y apprennent « la rhétorique de la désinformation », et créent des théories du complot fictives.

« Devenir journalistes »

Ronan Cherel, prof d'histoire à Rennes, et Rose-Marie Farinella, prof des écoles, ont animé un atelier sur la vérification des infos en ligne / Photo DR

R. Cherel, prof d’histoire, et R-M. Farinella, prof des écoles, ont animé un atelier sur la vérification des infos en ligne / Photo DR

Ronan Cherel, professeur d’histoire au collège Rosa Parks de Rennes, a préféré créer avec sa classe une revue scolaire « sur la vérité et les valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité ». Baptisée « MediaParks », elle permet à ses élèves « de devenir journalistes ».

L’enseignant, qui intervient aussi en milieu pénitentiaire, a constaté « que l’argumentaire de ceux qui croient aux théories du complot, qu’ils soient collégiens ou détenus, est le même », et qu’il « est inutile de vouloir affronter ses élèves dans un débat stérile… que l’enseignant risque même de perdre ». Ainsi, « mieux vaut accompagner l’élève et le rendre acteur ».

« Apprendre à démêler l’info de l’intox »

Une élève de la 4e Médias du collège Berlioz (Paris 18e), lors de l'atelier animé par Amélie Fleury, pendant la journée d'études sur le complotisme / Photo DR

Une élève de la 4e Médias du collège Berlioz (Paris 18e), lors de l’atelier d’A. Fleury, prof doc / Photo DR

Rose-Marie Farinella, professeure des écoles à l’école primaire de Taninges (Haute-Savoie), a privilégié avec ses CM2, « l’immersion dans le quotidien des journalistes« , à travers des jeux de rôle pendant lesquels « ils apprennent à démêler l’info de l’intox ».

Enfin, Amélie Fleury, prof doc près de Besançon, anime des séances pendant lesquelles les élèves produisent des médias scolaires et apprennent à « vérifier la véracité d’une information, en croisant les sources ».

Suite à cette journée d’études, Najat Vallaud-Belkacem promet « la création d’outils pédagogiques adaptés », ainsi qu’un parcours sur la plateforme M@gistère « d’ici la fin de l’année scolaire ».

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