La possibilité d’un autre monde au coeur du succès inattendu du documentaire « Demain »

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Comment un documentaire sur l’écologie, sorti des cartons via une campagne de financement participatif, peut-il dépasser les 500.000 entrées et rêver d’un César? En montrant de Copenhague à Détroit, en passant par l’Inde, des gens appliquant joyeusement des solutions pour protéger la planète.

Après neuf semaines en salles, « Demain » affiche plus de 562.000 entrées. « Une surprise », confirme Cyril Dion qui l’a coréalisé avec Mélanie Laurent.

Passer la barre du demi-million de spectateurs le place déjà loin devant d’autres documentaires sur les enjeux écologiques: « Nos enfants nous accuseront » de Jean-Paul Jaud en 2008 (254.000 entrées), « Solutions locales pour un désordre global » de Coline Serreau en 2010 (238.000) ou « Le syndrome du Titanic » de Nicolas Hulot en 2009 (261.000).

« Home » de Yann Arthus-Bertrand (2009) ou « La Glace et le ciel » de Luc Jacquet, projeté en clôture du dernier Festival de Cannes, avaient respectivement attiré 167.000 et 61.000 spectateurs.

Après des débuts honnêtes mais pas fracassants pour « Demain », sorti le 2 décembre, le bouche à oreille s’est enclenché.

Visible d’abord sur 154 écrans, il est dans plus de 300 salles depuis la 6e semaine. Et le voilà nominé pour les Césars qui seront décernés le 26 février.

« Il n’y a pas un jour sans que l’on me parle de ce film », raconte Txetx Etcheverry, porte-parole du mouvement écologique et citoyen Alternatiba. « Surtout, des gens ont envie de le conseiller à leur famille, à leurs amis, hors des écolos convaincus », ajoute-t-il.

Plutôt que de s’attarder sur des constats alarmants (dérèglement climatique, disparition des espèces, océans et sols pollués, etc.), le documentaire plonge dans l’univers des actions déjà mises en oeuvre: essor de l’agriculture biologique, développement des énergies renouvelables, recyclage généralisé des déchets mais aussi réhabilitation de la démocratie participative.

– ‘Les solutions, ça mobilise’ –

« A différents niveaux (du local au national), le film donne des exemples d’autres manières de vivre et de faire, dans l’agriculture, l’industrie, la gouvernance, etc. Alors que les élites nous rabâchent qu’il n’y a pas d’alternative », explique à l’AFP le philosophe Dominique Bourg, vice-président de la Fondation Nicolas Hulot.

« Il répond à un désir de prendre en main son existence, de vivre autrement », ajoute l’auteur du « Dictionnaire de la pensée écologique » et professeur à l’Université de Lausanne.

Pour l’économiste Alain Grandjean, la crise écologique étant tellement « anxiogène », il faut aller au-delà de la « tragédie annoncée » et « parler des solutions, ça marche mieux, ça +désangoisse+, ça mobilise ».

A l’écran, Détroit renaît de ses cendres grâce aux fermes urbaines, Copenhague vise 100% d’énergies renouvelables en 2025, San Francisco recycle 80% des déchets ménagers, quantités de villes donnent une nouvelle place au vélo et privilégient les transactions commerciales locales via des monnaies complémentaires de la monnaie nationale.

Ce qui frappe, c’est l’enthousiasme dont font preuve les élus et citoyens impliqués: davantage d’emplois locaux, de cohérence, de lien social, de sens au travail.

Dominique Brenguier, une Toulousaine séduite par le film, estime qu’en montrant « des solutions intelligentes portées par des gens de grande valeur », il « donne le sentiment, dans un monde en perte de sens et d’idéologie, que l’on peut croire en de nouvelles valeurs collectives et partagées ».

Cyril Dion, qui s’est rendu dans 65 villes de cinq pays pour des projections, l’a constaté: « les gens disent que ça leur redonne de l’espoir, envie de faire plein de trucs » alors que par ailleurs « les mauvaises nouvelles s’accumulent ».

Au-delà des perspectives positives dessinées par le film, l’écho rencontré peut aussi s’expliquer par un débat de société plus mûr sur des questions écologiques.

Le prix des renouvelables a fortement chuté, les cultures biologiques ont fait leur preuve, les entreprises trouvent leur compte dans les économies d’énergie, les filières de recyclage se structurent, les start-up planchent sur l’écoconception des objets, etc.

« Avec +Solutions locales pour un désordre global+, Coline Serreau était déjà dans ce mouvement », relève Alain Grandjean. Mais « c’était un peu trop tôt, aujourd’hui les alternatives sont plus crédibles ».

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