Secrets de profs : « Au collège, je travaille plus sur la pédagogie que dans un bon lycée »

Maud Moussy enseigne le français depuis 14 ans et, depuis 3 ans, l'éducation aux médias dans la "classe média" du collège Roland Dorgelès à Paris. Elle explique pourquoi elle aime enseigner en collège.

Maud Moussy

Maud Moussy

Vos débuts…

Comme stagiaire, la première année, je suis assez bien tombée. J’étais dans le bon lycée de centre ville de Compiègne. Cela a donc été très facile, si on exclut les difficultés du débutant comme mettre six heures pour préparer une heure de cours par exemple. Je n’ai pas été surprise. Comme ma mère était professeure d’histoire-géo, j’étais consciente de la quantité de travail à fournir. Ce que j’ai eu du mal à faire, c’est de passer de ce que j’avais appris à l’université à un niveau lycée.

Vos difficultés…

Après cette première année, j’ai été affectée dans deux collèges, autour de Compiègne. J’ai trouvé cela difficile et inconfortable de n’être jamais vraiment en place nulle part. C’est surtout peu efficace pour le suivi des élèves qui ne vous voient pas toute la semaine.
Avant cela, je me souviens avoir eu un mois de stage dans une classe d’accueil pour élèves non francophones, en collège ZEP (Zone d’éducation prioritaire), lorsque j’étais stagiaire. Je ne savais pas ce que c’était que d’enseigner le FLE (français langue étrangère) et j’étais loin de ce dont les élèves avaient besoin.

Votre affectation à Paris…

C’était il y a 4 ans, après la naissance de mon deuxième enfant. J’ai toujours vécu à Paris mais j’avais fait le choix de rester dans la région de Compiègne jusqu’à ce que je puisse obtenir Paris. Mes camarades de concours, qui enseignaient dans les académies de Créteil ou Versailles, avaient autant de temps de transport que moi mais des élèves beaucoup plus difficiles.

Votre passage du lycée au collège…

Au départ, lorsque j’ai été affectée en collège cela ne m’a pas enthousiasmée, même si j’étais très contente de revenir sur Paris. Après sept ou huit ans en lycée, j’ai bien mis deux mois à me réadapter au collège. Il a fallu se remettre au rythme des plus petits : tout écrire au tableau, avoir des mouchoirs pour ceux qui ont le nez qui coulent…  Au final, je pense que je suis bien mieux en collège qu’en lycée. J’ai redécouvert le plaisir d’enseigner au collège et j’aime de plus en plus mon métier. Je fais davantage de pédagogie. Depuis que je suis en collège je m’efforce de mettre les élèves en activité et au travail à l’écrit, en petit groupe.

Prise par les objectifs du bac et les contenus de cours, je ne travaillais pas assez sur la pédagogie au lycée. J’avais moins besoin d’y réfléchir puisque j’étais dans un bon lycée. J’avais tous les ans des classes de premières qui préparaient le bac français. On allait vite. Les élèves absorbaient ce que je disais. 

Votre pédagogie aujourd’hui…

Depuis 2-3 ans, je fais, par exemple en sorte que l’élève en vienne à formaliser lui-même la leçon. Ce sont des choses qui se pratiquent beaucoup en primaire. L’idée est de se demander « qu’est-ce que j’ai retenu ? ». Pendant 10 minutes, chaque élève écrit une synthèse. Cela intervient après un échange oral, des questions sur un texte, l’identification d’un phénomène grammatical et les élèves peuvent ainsi construire leur leçon sur les mots clefs écrits au tableau au fur et à mesure de la progression de séance. Je donne toujours une correction par précaution, mais parfois ma synthèse n’a rien à envier à la leur. Lorsque l’on met ça en place dès le début de l’année, on est rapidement surpris de la qualité des travaux des élèves.

Par ailleurs, je mets les élèves par groupes de deux ou trois. Ce travail en îlot est également quelque chose qui se pratique beaucoup en primaire. J’expérimente de plus en plus cela. Ca me semble efficace car tout le monde se met au travail. Un élève qui comprend peut expliquer à un autre. Lorsque les élèves réfléchissent seuls dans leur coin sur un texte avec des questions, les bons y arrivent et les autres attendent. Je n’ai plus une classe silencieuse mais mieux vaut un peu de bruit qui travaille que du silence qui ne travaille pas !

Votre rapport avec vos collègues…

Tout ce qui est travail en petits groupes, par exemple, que je ne faisais quasiment jamais en lycée et que je fais beaucoup depuis que je suis en collège, c’est venu de certains collègues qui le pratiquent. Je me suis beaucoup entretenue avec eux lorsque je suis arrivée au collège. Il y a une équipe extra. On partage nos cours, on mutualise, on échange tout le temps. J’apprends beaucoup de ce travail qu’on met en commun.

Vos trucs pour amener les élèves à progresser…

Ce qui fait qu’un élève en difficulté ne devient pas réfractaire, c’est d’abord le regard bienveillant porté sur lui. Ensuite, il faut parvenir à le faire réussir pour enclencher une dynamique.

Votre avis sur la réforme du collège…

Pour le moment, je suis assez inquiète. En 6e, l’horaire de français passe de 5h en classe entière auxquelles s’ajoute une heure d’AP (aide personnalisée) à 4h30. Comme il faudra aussi intégrer les EPI (enseignements pratiques interdisciplinaires) et l’AP dans les enseignements disciplinaires, nous allons perdre des heures. De plus, avec les EPI, nous allons passer beaucoup de temps sur un point précis et devoir aller plus vite sur un autre point du programme.

Je préférais le système des IDD (itinéraires de découvertes) qui permettaient de faire le lien entre plusieurs matières sur des heures qui s’ajoutaient aux enseignements disciplinaires.

Votre classe média…

Elle existe depuis trois ans dans mon collège. Nous rencontrons des journalistes, pour découvrir comment on fabrique les journaux ou une émission de radio. Nous faisons des reportages photos, apprenons à titrer un article et nous faisons de la radio sur Radio Clype, la radio académique sur internet
Nous parlons de l’actualité de la semaine. Nous apprenons aux élèves à dépasser le « il paraît que ». Cette année, notre classe média est parrainée par Olivier Gasselin, rédacteur en chef adjoint de Mon Quotidien et L’Actu. Par ailleurs, la journaliste Estelle Faure est venue en classe pour nous faire participer à France Info Junior.

Cette classe a d’abord été mise en place avec le CLEMI, qui nous a formé et aidé à convaincre le chef d’établissement de la créer. Nous sommes deux professeurs à intervenir ensemble sur ce temps, pendant 2h00 par semaine les années précédentes et 1h30 cette année. Les élèves demandent à s’y inscrire et nous avons 28 places pour 40 demandes. Cela nous permet de constituer une classe hétérogène.

Votre classe média et la réforme…

Je suis coordinatrice des classes médias en collège à Paris. Il y en a une trentaine. Je crains qu’elles ne soient supprimées, alors qu’avec cette réforme, le travail mené dans ces classes se situe parfaitement dans les domaines du socle commun de connaissances, de compétences et de culture, dont ‘les langages pour penser et communiquer’, ‘les méthodes et outils pour apprendre’, ‘la formation de la personne et du citoyen’. Aujourd’hui, aucun de mes interlocuteurs n’est capable de me dire ce que va devenir ma classe. L’objectif de la réforme semble être de mettre l’éducation au média un peu partout, mais si on la dilue dans toutes les disciplines, personne ne va en faire vraiment.

Votre rapport au métier…

Je n’ai jamais eu envie de faire autre chose et jamais eu envie de changer de métier. Je pense que je suis à ma place où je suis. Mais j’avoue que je me suis posé la question cette année, avec la réforme…

Votre conseil à un enseignant débutant…

De beaucoup échanger avec ses collègues. De ne jamais rester isolé quand il est en difficulté avec ses élèves et d’en parler. Dans de nombreux établissements, les collègues se soutiennent tant sur le plan de la discipline que de la pédagogie. On peut tourner en rond et s’ennuyer en travaillant seul. Travailler en équipe est dur mais donne du jus !

Par ailleurs, je lui dirais qu’en collège l’affectif joue. Certains élèves de 6e vous appellent maitresse ou même maman. Etre bienveillant, aimer ses élèves et aimer être avec eux, c’est un peu tout ce qui compte ! A condition bien sûr d’avoir du contenu et de maitriser sa discipline. J’accueille des étudiants stagiaires en master 2 tous les ans dans ma classe, en observation, et certains sont vraiment très justes parfois sur des points de grammaire.

 

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