L’ancien président de l’université de Toulon jugé pour trafic d’inscriptions

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L’ancien président de l’université de Toulon, Laroussi Oueslati, a reconnu, mercredi devant le tribunal correctionnel de Marseille, avoir « fait des erreurs, commis des imprudences, des maladresses » mais a contesté avoir pris part à un trafic d’inscriptions d’étudiants chinois.

Maître de conférences, ingénieur en électro-automatique, il est jugé depuis lundi pour corruption, faux et détournement de fonds publics, l’accusation la plus lourde pesant sur cet ancien haut fonctionnaire étant d’avoir permis l’inscription en masse d’étudiants chinois en échange de bakchichs ou de relations intimes avec deux jeunes femmes, intermédiaires de cette « filière chinoise ».

Le tribunal a disséqué le fonctionnement d’une commission centralisée de validation des études supérieures, créée par M. Oueslati en 2007 juste après son élection à la présidence, venant court-circuiter les commissions pédagogiques d’admission internes à chaque département ou unité de formation et de recherche. « Il y avait une baisse d’effectifs et mon projet était de créer une université de 15.000 étudiants car en dessous de 10.000, il y avait un risque de fusion, d’être rattaché à Nice ou Aix-Marseille », a expliqué l’ancien président pour justifier cette commission. La structure a fonctionné à plein régime puisque sur 438 dossiers, elle a admis 395 étudiants dont les trois quarts chinois pour la rentrée 2008/2009.

La présidente du tribunal Christine Mée a décrit « l’anarchie » caractérisant cette procédure d’admission : absence de réunion, de procès-verbaux, défaut d’examen des demandes, doute même sur l’existence d’un dossier… Laroussi Oueslati a évoqué les « us et coutumes » de l’université, reconnaissant ses « erreurs » mais disant avoir agi « en toute bonne foi ».

En parallèle à ce système d’admission que l’accusation a estimé « confisqué » par le président, l’enquête a établi que des étudiants chinois avaient acheté leur inscription via des sites ou des associations intermédiaires.

Un des prévenus – jugé par défaut – avait évoqué « des packs d’inscriptions qu’il revendait à des intermédiaires qui eux-mêmes les monnayaient auprès d’étudiants chinois ». M. Oueslati s’est défendu d’avoir eu connaissance de ce trafic : « Je n’ai rien à faire dans cette histoire. Est-ce qu’il y a un seul étudiant qui dit que j’ai moi-même remis une inscription ? Un seul fonctionnaire qui dit que j’ai touché de l’argent ? »

La présidente du tribunal a opposé à M. Oueslati le témoignage de Liu, une étudiante chinoise, à la tête d’une société commerciale ayant pour objet l’inscription de compatriotes. Celle-ci avait assuré que, dans son bureau, le président de l’université lui avait proposé un pacte de corruption : 500 € par pré-inscription au diplôme universitaire français langue étrangère et 3.000 € pour rentrer dans le système ». « C’est une menteuse, a riposté M. Oueslati. C’est elle qui a essayé de me corrompre. J’aurais dû déposer plainte. »

L’ancien président s’est défendu d’avoir accordé « une faveur » à Liu en signant le renouvellement de son contrat d’attachée temporaire d’enseignement et de recherche.

Le tribunal s’est interrogé sur la fréquence des appels téléphoniques passés par centaines entre le président de l’université et des étudiants qui ont reconnu avoir pris part au trafic, relations téléphoniques qui se sont interrompues en mars 2009 au tout début de l’enquête judiciaire.

M. Oueslati avait été provisoirement détenu durant sept mois lorsque l’affaire avait éclaté en 2009, suspendu par Valérie Pécresse, ministre de l’Enseignement et de la Recherche, puis révoqué en mai 2010. Cette révocation a été annulée en juin 2015 par le Conseil d’Etat pour « défaut de contradictoire ». Le réquisitoire est attendu jeudi matin.

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