Classe inversée et tâches complexes : « les élèves créent des capsules, donc le cours »

Pour rendre ses élèves "acteurs", Amélie Mariottat, prof de français dans un collège de Dordogne, a misé sur les tâches complexes et la classe inversée. En classe, les élèves conçoivent eux-mêmes les capsules vidéos qui constitueront une partie du cours.

Les élèves d'A. Mariottat conçoivent eux-mêmes des capsules, qui constituent une partie du cours.

Les élèves d’A. Mariottat conçoivent des capsules, qui constituent une partie du cours.

Amélie Mariottat est prof de français au collège des Marches de l’Occitanie (REP), à Piégut-Pluviers (Dordogne). Soucieuse de rendre ses élèves de 6, 5e et 3e “acteurs”, elle pratique la classe inversée depuis 2014.

L’enseignante mise sur les tâches complexes et la ludification. “Il ne s’agit pas pour les élèves de s’amuser mais d’apprendre sans que cela leur semble un fardeau”, explique-t-elle. Et d’ajouter : “à leurs yeux, apprendre, c’est douloureux. A travers des tâches complexes, ils se rendent compte que non. Apprendre demande des efforts, mais peut être agréable”.

Au départ, Amélie Mariottat réalisait seule des capsules à visionner à la maison, “portant sur ce qui était jusque là en cours magistral”. Cette année, elle a changé de principe, en faisant de ses élèves des co-créateurs de contenus, à travers la pédagogie de projet.

Ludification et « challenges » à relever

Les élèves d'A. Mariottat conçoivent eux-mêmes des capsules, lors de tâches complexes.

Les élèves d’A. Mariottat conçoivent eux-mêmes des capsules, lors de tâches complexes.

“Je ne suis plus la seule à réaliser des vidéos. A l’issue d’une tâche complexe, les élèves créent des capsules, donc une partie du cours”, explique Amélie Mariottat.

Les élèves travaillent en îlots, de 4 ou 5 élèves. Les tâches complexes qui occupent le temps de classe ont été “ludifiées”. Ainsi, explique l’enseignante, “il y a un challenge à relever”, aboutissant à la co-création du cours.

Avec ses 6e, l’enseignante a travaillé sur un projet de poésie autour des contraintes formelles : “nous sommes en contact avec les CM2 de l’école voisine. Mes élèves avaient pour mission de concevoir pour eux des ‘tutos’ vidéos, avec des conseils pour écrire un poème”.

Pour produire ces vidéos, les élèves ont “passé beaucoup de temps à effectuer des recherches”, après avoir visionné chez eux (ou au collège) une capsule de leur prof, portant sur les contraintes en poésie.

Des élèves « producteurs de contenus »

Les élèves d'A. Mariottat conçoivent eux-mêmes des capsules, qui constituent une partie du cours.

Les élèves d’A. Mariottat conçoivent eux-mêmes des capsules, qui constituent une partie du cours.

Les 5e travaillent toute l’année autour d’un “fil rouge” : la langue occitane. “Comme dans un jeu de rôle, ils ont pour mission d’aider un troubadour à conquérir le coeur de sa Belle”, raconte l’enseignante. En décembre, les élèves ont ainsi réalisé des capsules vidéos autour de la reverdie, genre poétique du Moyen Âge.

Chaque groupe a analysé des textes en occitan et en ancien français. A la fin de ce “travail sur l’histoire de la langue française”, les élèves ont rassemblé leurs travaux sous la forme d’un “compte-rendu vidéo”. 

Pour concevoir ces capsules, “chaque groupe dispose d’une tablette, avec Adobe Voice, qui permet de créer facilement des vidéos”, indique A. Mariottat. Pour elle, “la capsule compte moins que la pédagogie active, l’activité qui les rend acteurs de leur enseignement”.

Différenciation : « au plus près des élèves »

Les élèves d'A. Mariottat pendant une tâche complexe.

Les élèves d’A. Mariottat pendant une tâche complexe.

Davantage disponible, A. Mariottat peut individualiser son action “auprès de ceux qui en ont le plus besoin”. Son rôle et sa posture ont changé : “je ne fais plus que donner le savoir, je les accompagne… ».

Grâce à la classe inversée, elle peut être “sur tous les fronts”, aidant un élève en difficulté, “ou donnant d’autres activités à ceux qui sont plus rapides”.

Tâches complexes : « ils sont plus attentifs et impliqués »

Les élèves d'A. Mariottat conçoivent eux-mêmes des capsules, qui constituent une partie du cours.

Les élèves d’A. Mariottat conçoivent eux-mêmes des capsules, qui constituent une partie du cours.

Alors qu’autrefois, ses élèves “passaient des heures” à “l’écouter et à s’ennuyer”, aujourd’hui leur motivation est “bien plus grande”. Avec la mise en place des tâches complexes, A. Mariottat constate “un plus grand investissement chez les élèves, même ceux qui ne participaient pas avant. Avec de telles activités, pas d’ennui. Ils pratiquent, collaborent entre eux”.

Ses 3e, qu’elle connait depuis 2 ans, “n’étaient pas du tout motivés quand ils étaient en 5e, et décrochaient vite lors d’une explication au tableau. A partir du moment où je suis passée à la classe inversée, ils sont devenus davantage attentifs et impliqués”. Non pas parce qu’ils s’amusent, “mais parce qu’ils produisent quelque chose”. Une production “qui les valorise aussi, face à leurs pairs et à leurs parents”, constate l’enseignante.

Co-construction et apprentissage par les pairs

Si A. Mariottat produit 2 à 3 vidéos par chapitre, “sur ce qui était autrefois à recopier au tableau : méthodologie, définitions, histoire littéraire…”, le reste du cours est donc créé par les élèves eux-mêmes lors des tâches complexes. 

Sous forme de vidéos, mais aussi de synthèses (numériques) conçues en commun, à l’issue des activités. “L’élève peut ensuite apprendre grâce à cette synthèse, à mes capsules et aux vidéos conçues par lui et ses camarades”, ajoute la prof.

Exemple avec ce travail réalisé avant Noël en 6e, autour des homophones : “nous avons réalisé une affiche virtuelle (ci-contre), avec différents mots. Puis j’y ai incrusté les différentes capsules de mes élèves”, décrit A. Mariottat. Chaque vidéo correspond à un groupe et à un homophone différent. “Chacun ira regarder la capsule de l’autre, apprenant ainsi de son pair”, conclut-elle.

Plusieurs enseignants du collège des Marches de l’Occitanie se sont lancés à la suite d’Amélie Mariottat, en maths, en musique, et en EPS, jusqu’à construire un projet pluridisciplinaire autour des tâches complexes. Ainsi, ses 5e ont-ils créé des “tutos” vidéos à destination d’une autre classe, dont le prof n’avait pas le temps de se pencher sur la reverdie.

Le collectif « Inversons la Classe » organise, du 25 au 29 janvier, la semaine de la classe inversée (CLISE). Les enseignants de toute la France qui ont adopté ce système « ouvrent leurs classes » à leurs collègues, afin de partager leur expérience. Plus d’informations dans notre article sur la CLISE.

La ‘flipped classroom‘ concerne le primaire comme le secondaire, et peut faire l’objet d’un grand nombre d’applications pédagogiques. Cet article fait ainsi partie d’un vaste dossier sur la classe inversée, à découvrir !

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