« NewSchool » : polémique autour d’une application « anti-école buissonnière »

Une lycéenne a conçu une appli pour tablette permettant de "faire l'appel" en géolocalisant les élèves. Des enseignants s'inquiètent d'une "intrusion du privé" à l'Ecole, des risques pour la vie privée et d'une "destruction du lien social".

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New School, « l’appli anti-école buissonnière »

Après Gossip, l’appli de ragots, un nouveau logiciel sème le trouble dans le monde scolaire – tout en étant salué par certaines personnalités médiatiques, comme Alain Juppé ou Laurence Parisot.

Pour « moderniser » la façon de faire l’appel en classe – à l’école, au collège et au lycée -, une élève de 16 ans, Philippine Dolbeau, a conçu une application pour tablettes numériques, baptisée « New School. »

Le principe de ce « cahier d’appel 2.0 » est simple : l’enseignant installe l’appli sur son appareil, tandis que les élèves disposent d’une « capsule » (un petit boitier, ou badge), qu’ils portent sur eux, et qui est connectée à l’application. « New School » permet ainsi de vérifier automatiquement la présence de chaque élève, en temps réel, grâce à la géolocalisation.

New School, "l'appli anti-école buissonnière"

New School, « l’appli anti-école buissonnière »

Si le « signal » de l’élève n’est pas transmis à l’appli au bout de 10 minutes, après le moment où l’enseignant a lancé « l’appel » virtuel, une notification est envoyée au prof, et un SMS est transmis aux parents.

Selon la lycéenne, qui raconte l’origine de sa création à BFM Business, l’idée de cette application lui est venue quand elle a appris l’histoire d’un écolier oublié dans un bus scolaire, sans que ses parents ne s’en rendent compte, car l’enseignant n’avait pas fait l’appel.

« Lutte contre l’absentéisme » contre trafic de capsules

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New School : les élèves portent un badge afin d’être géolocalisés.

Selon Philippine Dolbeau, cette appli permet à l’enseignant de gagner du temps, en économisant les 2 minutes nécessaires en moyenne à l’appel – ce qui « représente en tout 28 heures, soit une semaine et demi de cours par an ».

L’inventeuse en herbe affirme que New School permettrait même à terme de fournir de « nouveaux services » dématérialisés , comme le paiement de la cantine ou l’emprunt de livres à la bibliothèque. Il s’agirait aussi, enfin et surtout, d’un bon « moyen d’assurer la sécurité des élèves et de lutter contre l’absentéisme ».

Le cauchemar des adeptes de l’école buissonnière ? Pas si sûr. Comme le prédisent quelques enseignants sur Twitter, le système pourrait facilement être détourné par les élèves désirant « sécher » les cours, notamment en établissant un « trafic de capsules de présence ».

La vie privée des élèves en question

Se pose également la question de la vie privée – les élèves dont l’établissement utiliserait un tel système étant susceptibles d’être surveillés en permanence par leur équipe pédagogique.

Sur le site de l’application, une rubrique dédiée à la vie privée assure qu’il ne s’agit pas d’une géolocalisation permanente de type GPS, mais d’une technologie reposant sur la BLE (Bluetooth Low Energy), un protocole réseau sans fil utilisé par les objets connectés, avec une portée de quelques dizaines de mètres.

« Chez New School, la sécurité des élèves est une priorité, et les données que l’établissement scolaire récolte sont de l’ordre du nom, prénom, classe et photo de l’enfant », peut-on lire sur le site. Ainsi, « à aucun moment, ni New School, ni l’enseignant, ni l’administration ne sait où se trouve » un élève, « à part qu’il est en cours ».

« New School » testée dans 3 classes

En attendant, l’application de Philippine Dolbeau semble avoir séduit l’Éducation nationale. Même si l’Institution reste « méfiante », le rectorat de Versailles a ainsi accepté de laisser la lycéenne tester son application dans 3 classes de l’académie.

Selon la lycéenne, des représentants d’Apple seraient intéressés par son système.

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« Destruction du lien social » et « intrusion du privé » à l’Ecole

Sur Twitter, Romain Vincent, prof d’histoire à Chelles, que nous avons interviewé l’année dernière dans le cadre de notre dossier sur l’utilisation des jeux sérieux et du « serious gaming » en classe, redoute de son côté une « progressive destruction du lien social » lié à l’appel en classe, ainsi qu’une « intrusion du privé » à l’Ecole.

2 commentaires sur "« NewSchool » : polémique autour d’une application « anti-école buissonnière »"

  1. Christian  11 janvier 2016 à 21 h 09 min

    Consternant… juste consternant… de naïveté (ou de cupidité ?) de la part de la part de la jeune inventeur.

    Mais surtout stupéfiant si effectivement «l’application (…) semble avoir séduit l’Éducation nationale». N’est-il pas évident qu’un problème humain ne se règle pas par une réponse technique ?

    L’argument de gagner du temps en lui même est stupide : l’appel est un moment d’échange entre l’enseignant et la classe qui lui permet de s’enquérir du motif des absences des uns, de prendre des nouvelles des autres, de sentir l’indifférence envers d’autres élèves, etc.

    Excusez moi, il faut que j’aille vomir.Signaler un abus

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  2. Un camarade indigné  12 janvier 2016 à 22 h 47 min

    New school est une aberration d’une manière générale. Dans notre lycée ( qui sert actuellement d’expérience ) on rencontre de nombreux problèmes. Certains élèves subissent des migraines, d’autres sont signalés absents et résultat, les professeurs doivent refaire l’appel car une dizaine de boîtiers ne sont pas détectés par le serveur à chaque cours. Même à petite échelle, le système est très coûteux; iphones, portes clefs au lieu d’un simple cahier et d’un crayon.

    On perd du temps plus qu’autre chose , et de nombreuses personnes à qui on n’a même pas demandé leur avis servent d’homme sandwichs aux journalistes qui envahissent le lycée pour vanter les mérites d’un système qui n’a en fin de compte rien de révolutionnaires.Signaler un abus

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