Secrets de profs : « J’ai le sentiment que le niveau des élèves monte »

Depuis 30 ans, Didier Rambault, professeur agrégé, enseigne l’histoire-géographie en collège, dans l’éducation prioritaire. Pas contre les notes, critique sur les EPI, il milite pour un vrai brassage social, grâce à une carte scolaire équilibrée et incontournable.

Didier Rambault

Didier Rambault

Vos débuts…

J’étais stagiaire dans un collège difficile à Villeneuve-La-Garenne. Préparer un cours qui tombe à plat, avoir une classe qui n’écoute rien et un niveau sonore qui ne permet pas de faire cours, j’ai connu ! Mon conseiller pédagogique ne m’a pas apporté ce que j’attendais pour gérer ma classe.

Votre plus grande difficulté…

La première année à Argenteuil (1), après Cergy, a été la plus difficile pour moi. J’étais un prof aguerri, habitués aux élèves difficiles, mais le cours dialogué (lecture de documents, questions posées par le professeur, réponses des élèves, synthèse écrite), n’a pas fonctionné du tout. Il y avait moins de brassage social – faute de classe moyenne – qu’à Cergy.

A ce moment-là, j’ai lu beaucoup de livres de pédagogie, dont Philippe Meirieu pour la première fois. Puis je suis repassé par l’écrit, beaucoup d’écrit. Je donnais des documents avec une série de questions aux élèves. Je les mettais au travail. Je passais entre les rangs pour les aider à répondre. Et je donnais des notes sur 5, qui se cumulaient.

Votre rapport à la notation…

A partir du moment où elles ne sont pas mises n’importe comment mais pour valoriser les élèves, leurs progrès, les notes créent de l’émulation. Après une évaluation diagnostic, je propose deux ou trois niveaux d’évaluation différents à chaque fois. Un élève passe facilement d’un groupe à l’autre. Ce ne sont pas des groupes de niveaux. Entre le début et la fin de l’année, l’essentiel est que les élèves aient progressé et pris confiance en eux.

Vos trucs pour amener les élèves à progresser…

Je leur dis que je ne suis pas là pour leur mettre la tête sous l’eau mais pour qu’ils soient en situation de réussite. Il faut être bienveillant avec ses élèves, montrer qu’on est là pour les aider, les valoriser et proscrire, par exemple, les contrôles surprises. Ils sont pas mal à se dire qu’ils ne seront jamais bons. C’est faux ! Ils peuvent y arriver.

Un truc marche bien dans mon établissement : on propose une aide en maths, en français et en histoire-géo, à des petits groupes d’élèves qui ont des difficultés dans ces disciplines. Tous n’ont pas un grand-frère, un parent, pour faire ce travail à la maison. Là, ils ont le prof pour eux, s’interrogent entre eux et ça paye !

Vos réussites…

J’ai toujours un regard critique sur ce que je fais. Récemment, un truc pas révolutionnaire, mais que je n’aurais pas fait il y a dix ans, a bien fonctionné. Mes élèves de troisième ont préparé un exposé en groupe sur une œuvre du programme d’histoire des arts au DNB. Pendant une semaine, j’ai fait passer les 25 élèves de la classe par groupe de 3-4. J’ai perdu ce temps dans ma progression (dans le programme, NDR), mais le bénéfice de ce genre de travail est important. Les élèves ont vu comment construire un exposé, faire un diaporama. Ils ont compris ce qui allait – ou pas – pas dans leur présentation.

Votre avis sur les EPI (enseignements pratiques interdisciplinaires)…

Le fait de créer des EPI va nous amener à utiliser une partie de notre temps pour mettre au point une séance interdisciplinaire. On aura un programme aussi lourd à boucler en moins de temps. On nous oppose qu’on va travailler le programme différemment en EPI, mais ça ne règle pas le problème. Le ministère propose, par exemple, un EPI d’une heure en 5e sur un point que je traite aujourd’hui en 10 minutes.

Votre point de vue sur les causes de l’échec au collège…

L’échec n’est pas dû au morcellement des enseignements et ce n’est pas parce qu’on va mettre de la polyvalence et de l’interdisciplinarité que tout va aller mieux. Ceux qui sont en échec au collège l’étaient généralement déjà en primaire. C’est évidemment très lié à l’environnement social, culturel… Pour lutter vraiment contre l’échec, il faudrait des groupes-classes hétérogènes et de plus petits effectifs. Depuis 3 ou 4 ans, j’observe aussi, en classe, les effets négatifs de l’addiction de plus en plus répandue aux écrans.

Vos observations au sujet de cette « addiction aux écrans »…

Dès la 6e des gamins arrivent crevés à 8h30, ont du mal à se concentrer et sont très difficiles à gérer. Je fais la police ! Ils ont une incapacité à intégrer les règles de base. Ceux qui n’ont pas de difficultés s’en sortent, scolairement, mais pour les autres, c’est très problématique.

Votre perception des difficultés des parents…

J’ai rencontré des parents complètement débordés lors de la réunion parents-profs des 6e, cette année. Une mère, effondrée, m’a parlé du chantage qu’exerçait sur elle son fils de 11 ans. Il menaçait d’arrêter de travailler tant que la Playstation ne serait pas réparée ! D’autres parents m’ont expliqué que leur enfant passe une demi-heure à bâcler ses devoirs et trois heures sur le portable ou sur un jeu vidéo qui le tient éveillé.

Votre regard sur l’évolution du niveau des élèves ces 20 dernières années…

Je sais que je suis à contre-courant mais j’ai le sentiment que le niveau monte et qu’on est bien plus exigeants avec eux qu’il y a 20 ans. En histoire-géo, je n’ai jamais travaillé à l’époque comme je le fais aujourd’hui avec les 3e.

Tout le monde ricane quand on lit les sujets de brevets, mais ce que l’on étudie en classe est toujours plus dense et plus exigeant que ce qui est demandé lors de l’épreuve. Celle-ci correspond à un niveau moyen de 3e et c’est très bien ainsi !

Votre point de vue sur l’expérimentation annoncée par Najat Vallaud-Belkacem pour lutter contre les « collèges ghettos »…

Envisager des collèges multi secteurs, pour permettre un vrai brassage social, ne peut pas marcher tant que l’enseignement privé permet d’éviter le secteur. Si on veut mettre sur pied une vraie carte scolaire équilibrée, il ne faut pas pouvoir y échapper.

 

Note(s) :
  • (1) Didier Rambault enseigne au collège Paul Vaillant-Couturier d'Argenteuil (95)

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