Parler des attentats à l’école : « libérer la parole et écouter, avant de rétablir les faits »

Comment aborder le sujet des attentats du 13 novembre en classe ? Nous avons interrogé 3 enseignants. Pour eux, le plus important est de "libérer la parole".

Les dessins de la classe de Romance Cornet, à propos des attentats du 13 novembre 2015.

Les dessins de la classe de Romance Cornet, à propos des attentats du 13 novembre 2015.

Trois jours après les attentats qui ont frappé la région parisienne, Olivier Quinet, professeur d’histoire-géographie au collège Jean Rostand, à Montpon-Ménéstérol (Dordogne), a accueilli ce matin deux classes, de 3e et de 4e.

“Le plus important pour moi, c’était écouter. Les élèves ont été pour beaucoup abreuvés d’images, d’explications par les médias et par leurs parents… mais je ne suis pas certain que beaucoup de familles aient pris le temps de vraiment les écouter”, indique-t-il.

L’objectif numéro 1 de l’enseignant était ainsi de “laisser d’abord la parole aux élèves, de les laisser raconter comment ils avaient vécu les choses, comment ils les avaient ressenties”.

« Apporter des réponses »

Les dessins de la classe de Romance Cornet, à propos des attentats du 13 novembre 2015.

Les dessins de la classe de Romance Cornet, à propos des attentats du 13 novembre 2015.

Romance Cornet est professeure des écoles à Champagneux (Savoie). Avec ses CM1-CM2, elle a choisi de “laisser les élèves parler s’ils en éprouvaient le besoin”. En pénétrant dans la classe, “tous ont demandé, d’eux-mêmes, que l’on débatte des attentats”, remarque l’enseignante. Pour certains élèves de CM2, “avec qui j’ai discuté l’année dernière de Charlie Hebdo, cela avait une résonnance particulière”, ajoute-t-elle.

Professeur de Lettres / Histoire-Géographie au collège Jean Malaurie, à  Longueville-sur-Scie (Haute-Normandie), Christophe Chartreux a commencé par “laisser parler” ses 6e et ses 4e. “Ils ont dit ce qui leur passait par la tête, sans que j’intervienne pendant une dizaine de minutes. Une fois que tout était dit, j’ai repris point par point leurs propos, en modulant et en corrigeant”, explique l’enseignant.

« Déconstruire les fausses représentations »

commnytChez Olivier Quinet aussi, l’idée était de “déconstruire les fausses représentations”, et “d’apporter des réponses” après avoir laissé les élèves discuter et argumenter librement. “J’ai déconstruit des rumeurs qu’ils prenaient pour argent comptant. J’ai aussi rassuré une élève qui me demandait si nous étions en sécurité”, indique le prof d’Histoire-Géo.

Même son de cloche dans la classe de Romance Cornet. “Je les ai écoutés, pas mal écoutés. Je voulais savoir ce qu’ils avaient vu et entendu. Il y avait des choses erronées, des informations partiellement comprises, et ma mission était de rétablir les faits”, affirme la professeure des écoles.

Pour aborder un sujet complexe (le djihadisme), les 3 enseignants ont eu recours à des ressources numériques, mises en ligne par le ministère, par des enseignants, ainsi que par des internautes anonymes.

Olivier Quinet a ainsi utilisé le dernier numéro de « Mon Quotidien », mais aussi un commentaire posté par un américain, sous un article du New York Times, vite devenu un emblème de la résistance au terrorisme. “C’est un texte extraordinaire sur la France, qui donne les raisons de l’attaque de Daech – un groupe terroriste qui refuse tout ce que représente notre mode de vie. Ce texte permettait de répondre à beaucoup de questions des élèves”, remarque le prof d’histoire.

Symboles, dessins et valeurs républicaines

Après avoir “écouté tout le monde”, pour ensuite “pointer du doigt les choses mal comprises ou interprétées et rectifier certains propos”, notamment en “balayant l’amalgame islam-islamisme”, Romance Cornet a choisi d’expliquer à ses CM1-CM2 “ce qu’était Daech, ainsi que leur idéologie”. Pour cela, elle a projeté plusieurs vidéos, comme celle de 1jour1actu (Milan Presse), baptisée “C’est quoi le terrorisme”.

L’institutrice a aussi montré à ses élèves des illustrations, comme le symbole “PeaceForParis”, ou encore un dessin de Marianne en pleurs. “A travers ces dessins, nous avons discuté des symboles, de leur signification, de la démocratie, des valeurs républicaines”, indique l’enseignante. Puis les élèves ont réalisé eux-mêmes des dessins, qui ont été diffusés sur le compte Twitter de la classe.

Les dessins de la classe de Romance Cornet, à propos des attentats du 13 novembre 2015.

Christophe Chartreux a de son côté insisté sur “la nécessité de ne pas faire d’amalgame entre islam et islamisme”, et a abordé le sujet des “valeurs universelles que sont la paix, la liberté et l’espoir”.

« Plus tard, contextualiser les événements »

Le dernier numéro de "Mon Quotidien", utilisé par Olivier Quinet pour parler des attentats du 13 novembre à ses élèves.

Le dernier numéro de « Mon Quotidien », utilisé par Olivier Quinet pour parler des attentats du 13 novembre à ses élèves.

A midi, toutes les classes de France ont observé une minute de silence. Puis les enseignants ont repris leurs activités “normales” – Olivier Quinet n’a abordé le sujet des attentats qu’avec les classes qui le souhaitaient, si elles n’en avaient pas déjà parlé le matin avec un collègue, Romance Cornet a repris la twictée lancée les semaines précédentes.

“Dans 15 jours / 1 mois, je me garde sous le coude l’idée de faire un cours d’EMC ou d’histoire-géo, pour contextualiser les événements, et aller au fond des choses”, explique Olivier Quinet. “Après avoir fait remonter les émotions des élèves, après les avoir écoutés et les avoir rassurés, l’idée est de contextualiser tout ça : qu’une fois les choses un peu tassées, nous revenions sur Daech, sur l’immigration, et sur les réfugiés syriens”, indique l’enseignant.

Pour Christophe Chartreux, “le rôle de l’enseignant, dans un tel contexte, est primordial : il doit compléter la parole des parents, montrer les choses telles qu’elles se sont passées (sans rentrer trop dans les détails) et les mettre en relief”.

Olivier Quinet remarque de son côté que “l’école est, pour les élèves, un lieu d’échanges et de débats, où ils peuvent prendre la parole, s’exprimer, argumenter sans être jugés”. Les professeurs “ont aussi pour rôle de répondre à leurs interrogations : nous sommes souvent plus armés pour répondre à leurs doutes, que leurs parents”, conclut-il.

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Les dessins de la classe de Romance Cornet, à propos des attentats du 13 novembre 2015.

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