Thierry Mandon : trois grands défis à relever pour l’université

Thierry Mandon, secrétaire d'État chargé de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, fait le point sur la rentrée dans le Supérieur et sur les enjeux à venir.

Thierry Mandon

Thierry Mandon © MESR XR Pictures

Quel bilan tirez-vous de cette rentrée ?

Sans nier les problèmes rencontrés, je peux aujourd’hui me réjouir d’une rentrée qui s’est globalement bien passée. Mais c’est aussi une rentrée que je qualifie de charnière, dont les difficultés que nous avons eues à résoudre préfigurent les défis auxquels nous devrons répondre dans les années à venir.

Le premier défi est lié à l’attractivité de l’université et au nombre croissant d’étudiants qui souhaitent y poursuivre leurs études.

Ce « défi du nombre » est réel, mais se pose essentiellement pour quatre mentions de la licence (Staps, Droit, Psycho, et Paces) qui concentrent près de 50% des nouvelles demandes d’inscription.

Le second défi est celui de l’hétérogénéité. Car plus l’université se démocratise, plus les niveaux et les profils des publics accueillis sont différents. Les enseignements devront donc de plus en plus tenir compte de cette réalité et, paradoxalement, être davantage personnalisés, pour s’adapter à cette diversité.

Enfin, le troisième grand défi à résoudre concerne les problèmes liés au processus d’expression des vœux d’orientation et notamment à ceux liés au système APB. Celui-ci reste trop compliqué et surtout insatisfaisant en termes d’informations délivrées aux élèves.

Le 28 septembre, le Premier ministre a annoncé « un effort exceptionnel » de 100 millions d’euros à l’égard des universités. « Exceptionnel » laisse entendre qu’il ne sera pas reconduit l’an prochain. Or les besoins ne diminueront pas, bien au contraire. Est-ce une bouée lancée avant le prochain naufrage ?

Je comprends les inquiétudes, mais mon urgence, mon actualité, c’est de faire voter le budget 2016 ! Et celui-ci est très ambitieux puisqu’il comprend en direction des universités un effort de 165 millions d’euros, dont 100 qui ont été arrêtés par l’arbitrage du Premier ministre. C’est la première hausse des crédits consacrés aux universités depuis 2013. Donc, je ne néglige pas demain, mais je tiens d’abord à me féliciter de cet effort.

Pour répondre précisément à votre question, il est évident que les problèmes qui sont devant nous ne sont pas uniquement liés à une dotation de l’État qui serait insuffisante. C’est un problème de modèle économique des universités et plus généralement des établissements d’enseignement supérieur. Celles-ci dépendent de trois sources de financements principales. La dotation de l’État représente 90% de leur budget, les droits d’inscription 2,4%, le reste provenant de ressources propres (partenariats et formations professionnelles). Tabler sur l’augmentation de la dotation de l’État pour faire face aux besoins à venir serait une double impasse de raisonnement. D’une part, il est illusoire de croire que le budget de l’État pourra, à l’avenir, se traduire par une augmentation régulière et suffisante de sa dépense. D’autre part, il y aurait un énorme paradoxe à ce que les universités qui réclament légitimement davantage d’autonomie se retournent toujours plus vers l’État pour assurer celle-ci.

L’augmentation des droits d’inscription n’est toujours pas à l’ordre de jour ?

En effet, le gouvernement maintient sa ferme opposition à cette idée. La France n’est d’ailleurs pas, comme certains le prétendent, une exception. Avoir des droits d’inscription faibles reste le modèle continental d’organisation des universités. On retrouve cette philosophie en Allemagne, au Danemark, aux Pays-Bas, en Italie… L’Espagne a été contrainte de l’abandonner et le regrette amèrement.

Et d’ailleurs, si nous utilisions ce levier, ce n’est pas par deux qu’il faudrait accroître les droits d’inscriptions, mais par 4 ou 5 pour qu’il soit efficace !

C’est donc du côté des ressources propres qu’il faut chercher de nouvelles sources de financement. Et le monde de l’enseignement supérieur a énormément de marges de développement, notamment en travaillant en direction de la formation professionnelle ou de la formation continue. À ce titre, je pense que les communautés d’universités et d’établissements pourraient être l’un des outils de l’organisation de cette nécessaire quête de ressources propres.

Par ailleurs, le numérique devrait révolutionner, d’une manière que l’on sous-estime encore, toutes les pratiques pédagogiques, puisqu’il va allier des enseignements plus personnalisés tout en permettant de résoudre une partie des soucis liés à la capacité d’accueil des universités. Ce qui pourrait favorablement impacter, à terme, leur niveau de dépenses.

À Paris Sud Saclay, le chef de l’État a présenté l’objectif que 60% d’une classe d’âge soit diplômée de l’enseignement supérieur d’ici 2016 (contre 42% aujourd’hui). Sans effort budgétaire et alors que les amphis sont déjà saturés, cela ne va-t-il pas entraîner une perte de la valeur des diplômes universitaires ?

Non, au contraire. Vous parlez d’amphis saturés, mais ces termes d’«enseignement supérieur » sont à comprendre dans toute la diversité des formations qui existent aujourd’hui. Il n’y a aucun risque d’une perte de valeur des diplômes du supérieur à la condition que l’on porte un effort conséquent sur l’orientation et sur l’innovation pédagogique. Il va falloir mieux aider les élèves à s’orienter vers les formations dans lesquelles ils vont réussir et non pas les laisser aller vers des diplômes où ils sont sûrs d’échouer. On sait, pour ne citer qu’un exemple, que lors de leur première année de licence à l’université, seuls 19% des titulaires d’un Bac Techno et 3% des Bac Pro réussissent les examens de fin d’année.

Concrètement comment cela va-t-il traduire ?

Madame Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l’Education nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche, et moi-même annoncerons dans quelques jours un certain nombre de mesures fortes pour renforcer les outils d’orientation avant le Bac. Nous allons faire évoluer le système APB pour l’enrichir de données statistiques beaucoup plus précises sur les taux de réussites dans les cursus, mais aussi sur les débouchés et l’insertion professionnelle des différentes filières. Nous organiserons également des rencontres entre les lycéens et les acteurs de l’enseignement supérieur de manière à ce que les futurs étudiants soient mieux guidés et mieux informés qu’ils ne le sont aujourd’hui. La démocratisation de l’accès aux études rend l’amélioration de ce travail d’orientation extrêmement important, pour accompagner au mieux les publics nouveaux dans l’univers parfois complexe de l’enseignement supérieur.

La sélection à l’entrée à l’université reste-t-elle un tabou ?

Mais il y a une sélection à l’université, ça s’appelle le baccalauréat ! Je ne vois aucune raison pour aller au-delà. Par contre, aider les étudiants à s’orienter vers des filières où ils ont une vraie chance de réussir, ce n’est pas de la sélection, c’est leur rendre service.

Allez-vous prendre des mesures pour favoriser les liens universités-entreprises ?

Il y a une dizaine d’années, universités et entreprises se regardaient en chiens de faïence. Ces deux univers se sont beaucoup rapprochés d’une part grâce aux politiques publiques qui ont été mises en place et d’autre part grâce à différents outils qui permettent ce travail en commun. Je pense aux Instituts de Recherche Technologiques ou aux instituts Carnot, par exemple. A mon sens, la question actuelle n’est plus tant de rapprocher les entreprises des universités, que de regarder comment s’articulent ces rapprochements. Les outils sont-ils efficaces ? Chaque partie prenante est-elle équitablement considérée ? Autrement dit, il nous faut nous assurer que la recherche publique qui contribue à l’innovation dans les entreprises soit rémunérée comme il convient. Il nous faut être vigilants sur la manière dont s’articule cette coopération qui doit être loyale, organisée dans la durée et mutuellement profitable.

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