Latin au collège : l’origine sociale et le niveau scolaire pèsent dans le choix des élèves

Selon une étude de la Depp, le latin au collège est un "un choix lié à l’origine sociale et au niveau scolaire" des élèves en fin de 6e. Ainsi, "les enfants issus de milieu aisé et ceux obtenant de bons résultats scolaires" seraient davantage concernés par cette option.

Jacques-Louis David, Le Serment des Horaces / Wikimedia Commons

Jacques-Louis David, Le Serment des Horaces / Wikimedia Commons

Taxé d’élitisme par le gouvernement, dans un contexte où la réforme du collège n’en finit plus d’être critiquée par les enseignants de langues anciennes, le latin a fait l’objet d’une étude de la Depp (Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance) qui indique que « les enfants issus de milieu aisé et ceux obtenant de bons résultats scolaires sont davantage concernés » par cette option.

Dans sa dernière note, la Depp explique que « parmi les élèves entrés en 6e en 2007, un sur cinq a étudié le latin en 5e ». Le niveau scolaire est un « facteur-clé » dans le choix du latin : selon l’étude, réalisée à partir d’un panel de 35 000 élèves entrant en 6e en 2007, « 23 % des élèves qui sont en 5e à la rentrée suivante ont choisi l’option latin. Ce choix est plus souvent fait par les meilleurs élèves ».

Le niveau scolaire : « un facteur déterminant »

Old Write on Marlbe © vmedia84

Old Write on Marlbe © vmedia84

D’après la Depp, le niveau scolaire des élèves en fin de 6e « apparaît comme un facteur déterminant dans le choix du latin l’année suivante : meilleurs sont les élèves scolairement et plus la probabilité qu’ils soient latinistes est élevée ».

L’étude met en évidence des disparités sociales. Ainsi, « l’étude du latin est plus fréquente chez les enfants issus de milieu aisé », note la Depp. Parmi les élèves dont la mère est diplômée du supérieur, près de 40 % étudient le latin, et « pour ceux dont la mère est peu ou pas diplômée », cette part n’est que de 15 %, si l’on en croit l’organisme.

L’étude du latin concerne 44% des enfants d’enseignants, 39% des fils et filles de cadres, pour seulement 20% d’enfants d’employés et 15% d’enfants d’ouvriers. La Depp explique ces disparités par le fait que « les élèves de milieu très favorisé obtiennent en moyenne de meilleurs résultats ».

Les « stratégies » des « familles aisées » en REP

latin

© BlackMac – Fotolia

Selon l’étude, 18% des élèves de 5e en éducation prioritaire étudient le latin, contre 25 % dans les autres collèges publics. Ainsi, note la Depp, « les élèves scolarisés dans un collège de l’éducation prioritaire choisissent moins souvent le latin », mais « cet attrait en apparence moins grand pour cette option tient exclusivement au fait que les collèges de l’éducation prioritaire accueillent, par construction, des élèves plus fragiles scolairement ».

En revanche, « à milieu social et niveau scolaire identiques, « le constat s’inverse » et « les élèves choisissent plus souvent le latin » quand ils sont scolarisés en éducation prioritaire. En effet, les enfants issus de milieu favorisé, scolarisés dans les REP, « font plus souvent le choix du latin ». Et même s’ils sont « faibles scolairement », les élèves « favorisés socialement » étudient 2 fois plus souvent le latin quand ils sont en REP. Pour la Depp, « de tels écarts illustrent le rôle joué par le latin dans la stratégie de certaines familles favorisées qui scolarisent leur enfant en éducation prioritaire, à condition de ‘protéger’ son parcours ».

Le latin, vecteur de réussite ?

Selon la note de la Depp, parmi les élèves ayant étudié le latin en 5e, « plus de 96 % obtiennent leur brevet 2 ans plus tard ». En outre, « près de 70 % obtiennent un baccalauréat général ou technologique 5 ans plus tard », explique l’étude.

« Y a-t-il un lien entre apprentissage du latin et réussite scolaire ? », s’interroge la Depp. Cette question « fait l’objet de débats dans le système éducatif français depuis plus de 40 ans », et « la présente note ne prétend pas y répondre », peut-on lire dans l’étude.

Mais la Depp indique que son rapport « montre de façon certaine que toute interprétation hâtive sur les effets du latin dans la réussite des élèves est erronée, si elle ne prend pas en compte les profondes différences sociales et scolaires entre les élèves qui choisissent d’étudier le latin et ceux qui font le choix inverse ».

4 commentaires sur "Latin au collège : l’origine sociale et le niveau scolaire pèsent dans le choix des élèves"

  1. W. Bouchet  29 octobre 2015 à 15 h 41 min

    Ce procès de l’élitisme que l’on fait au latin et au grec est totalement injustifié, et je voudrais développer mon propos autour du terme « stratégie » employé dans cet article et ce qu’il recouvre.

    Si beaucoup de familles « favorisées » poussent les enfants à choisir le latin ou le grec, c’est parce qu’elles veulent tout simplement le meilleur pour eux et qu’elles sont déjà bien informées des apports culturels et linguistiques que peuvent offrir les LCA. Peut-on blâmer cette stratégie ?
    L’étude de la DEPP ne démontre pas qu’elles font ce choix par volonté de se séparer des autres catégories sociales, ce qui pourrait être aussi une stratégie, très différente de la précédente ! L’argument de la ségrégation n’est en effet qu’une interprétation des résultats de la DEPP, interprétation qui sert bien cette réforme, et qui donne l’illusion qu’elle « lutte » pour l’égalité sociale à l’Ecole. Contrairement à ce qui a été dit à plusieurs reprises par plusieurs cadres de l’EN et les auteurs de cette réforme, le latin n’est pas « réservé » à une élite, il est proposé à tous ! Sur le terrain, dans l’immense majorité des collèges les latinistes/hellénistes sont répartis sur plusieurs divisions et les parents « favorisés » et bien informés le savent. Voilà qui tord le cou à l’argument de la ségrégation. Il y aurait un véritable élitisme et une véritable ségrégation si on sélectionnait les élèves sur la base de leurs résultats scolaires et si l’on créait des divisions avec 100 % de latinistes.

    Le Latin est-il vecteur de réussite ? Difficile à le montrer comme le dit le rapport de la DEPP, mais je pense qu’un peu de culture générale et une plus fine connaissance de la langue française n’ont jamais fait de mal à personne, alors pourquoi en priver les élèves ?

    Si l’on voulait vraiment le « latin pour tous », pourquoi ne pas imposer une initiation au latin de 2h en 5ème, avec, pourquoi pas, un EPI ?

    Contrairement aux effets annoncés, plus d’égalité à l’Ecole, plus de réussite, je crois au contraire qu’avec cette réforme, beaucoup d’enfants, issus de familles modestes, comme votre serviteur, n’auront pas la chance de faire du latin, et de prendre l’ascenseur culturel et social.Signaler un abus

    Répondre
  2. Robert  30 octobre 2015 à 12 h 13 min

    Le choix du latin lié à l’origine sociale, quelle découverte!Signaler un abus

    Répondre
  3. Pierre  30 octobre 2015 à 12 h 30 min

    L’enseignement pratique interdisciplinaire « Langues et cultures de l’antiquité » ne concernera pas tous les élèves.
    Il ne sera que d’une heure pendant un an (voire pendant un semestre).
    Il y a bien disparition de l’enseignement disciplinaire des langues anciennes.
    En voulant faire un enseignement égalitaire, la réforme empêche tous les élèves, quelque soit leur origine, d’accéder à l’enseignement du latin et du grec.
    Cette réforme est idéologique.
    Jamais une telle attaque d’une matière n’a été faite pour d’aussi mauvaises raisons.
    L’analyse de la Depp est un parti pris. En aucun cas elle n’est une démonstration.Signaler un abus

    Répondre
  4. Pierre  30 octobre 2015 à 17 h 10 min

    Il est aussi stupide de supprimer l’enseignement du latin et du grec au prétexte que les élèves qui choisissent ces matières sont issus de classes « aisées » que de dire qu’il faudrait supprimer les math car il y a plus d’élèves de ces mêmes classes qui passent le bac S.
    Madame la ministre fait une réforme basée sur des idées fausses pour brosser son électorat dans le sens du poil.Signaler un abus

    Répondre

Partagez votre avis

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée .

Captcha *

Modération par la rédaction de VousNousIls. Conformément à la loi relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, vous disposez d'un droit d'accès, de modification, de rectification et de suppression des données vous concernant. Pour exercer ce droit adressez-vous à CASDEN Banque Populaire, VousNousIls.fr, 91 Cours des roches, Noisiel, 77424 Marne La Vallée Cedex 2.

Recherche dans les archives

Vous