Classe inversée, tâches complexes : une « ville virtuelle » pour rendre l’anglais plus concret

Dans le cadre de sa classe inversée, Sébastien Franc, prof d'anglais en lycée, a co-créé une "ville virtuelle". Le but : scénariser la vie quotidienne d'un quartier, et rendre les élèves "autonomes et acteurs de leur apprentissage".

Flanders Lane

Flanders Lane est une ville virtuelle qui permet aux élèves de S. Franc d’aborder l’anglais d’une façon ludique et interactive.

Rendre les élèves acteurs pour rendre l’anglais plus concret et faciliter son apprentissage : telle était l’idée de Sébastien Franc, professeur au lycée des Flandres, à Hazebrouck (59), lorsqu’il s’est lancé dans la classe inversée, en 2013. “Je ne voulais garder en classe que les activités de production”, explique-t-il.

Pour mettre en place son projet, l’enseignant a divisé sa classe en îlots et a élaboré des tâches complexes “scénarisées”. Chaque groupe de 4 élèves a une mission à accomplir, avec des rôles à jouer – s’occuper du dictionnaire pour le vocabulaire, rédiger un document, enquêter, présenter son projet à l’oral.

Classe inversée et tâches complexes en anglais

“L’année dernière, avec mes 1ere STMG (Sciences & Technologies du Management & de la Gestion), chaque groupe a créé sa propre boutique, dans le cadre d’un scénario où un centre commercial venait d’ouvrir”, raconte S. Franc.

Les 1ere et Terminale STMG de Sébastien Franc ont pour mission de gérer, dans la ville virtuelle, un centre commercial avec des boutiques - le Mall.

Les 1ere et Terminale STMG de Sébastien Franc ont pour mission de gérer, dans la ville virtuelle, un centre commercial avec des boutiques – le Mall.

Pour faire le lien avec la classe inversée, “les élèves avaient des vidéos en anglais (reportages de la BBC ou de CNN), que j’avais placé dans une playlist Youtube, ainsi que des documents, à consulter à la maison. Le temps de classe était consacré à la tâche complexe”, ajoute-t-il.

Les élèves arrivant plus préparés en cours, et le côté “théorique” étant relégué à la maison, “je peux me consacrer davantage à ceux qui ne comprennent pas”, indique Sébastien Franc. En outre, remarque-t-il, “le travail à la maison a plus de sens : il est nécessaire pour alimenter le travail de groupe”.

En septembre 2015, Sébastien Franc et Régine Ballonad-Berthois, prof d’anglais au collège Léonard de Vinci de Saint-Brieuc, ont lancé un nouveau projet, interactif et collaboratif, proche d’un jeu sérieux – une “simulation globale”, à travers la création d’une “ville virtuelle” : Flanders Lane (le chemin des Flandres, en français).

Scénariser la vie quotidienne d’une ville (virtuelle)

Durant toute l’année, ses classes, mais aussi celles d’autres établissements en France et dans le monde, s’occupent d’un quartier ou d’un secteur d’activité de la ville virtuelle, en fonction de leurs filières. Sur une carte interactive, chaque classe partage ses productions – diffusées sur des padlets (murs virtuels) ou des mini-blogs.

“L’idée est de scénariser la vie quotidienne d’un quartier sur une année, et de rendre les élèves plus autonomes et acteurs de leur apprentissage, à travers l’immersion dans des situations concrètes et réelles”, décrit Sébastien Franc. Ses différentes classes, ainsi que celles d’autres professeurs, collaborent afin de réaliser leurs projets respectifs.

“Les classes interagissent entre elles, comme des voisins : quand un groupe d’une classe va préparer quelque chose, il le fera en fonction des besoins d’une autre classe, et de son rôle dans la ville”, explique l’enseignant.

Les Secondes de Sébastien Franc, “groupe-clé du projet”, jouent les nouveaux habitants du Leonard District. Ils devront “faire vivre leur quartier".

Les Secondes de Sébastien Franc, “groupe-clé du projet”, doivent « faire vivre leur quartier ». Ils devront notamment interagir avec leurs voisins de « Leonard District », dont font partie une partie des 3e et des 4e de Régine Ballonad-Berthois, du collège Léonard de Vinci, à Saint-Brieuc.

Les 1ere et Terminale STMG de Sébastien Franc ont pour mission de gérer, dans la ville virtuelle, un centre commercial avec des boutiques – le Mall. “Ils sont en train de créer des blogs, avec Jimdo, sur lesquels ils mettent en vente des objets. C’est l’occasion d’explorer, en anglais de nombreux thèmes, comme le développement durable ou le consumérisme”, explique le professeur.

Ses 1ere ES créent de leur côté un cabinet d’avocats, qui “permettra aux élèves de défendre des “ambassadeurs” étrangers, joués par des anciens élèves, sur des “cas concrets” de discrimination. Les plaidoiries, rédigées en anglais, seront diffusées sur des blogs et partagées sur la carte interactive, à destination des autres classes.

Des interactions entre classes de niveaux différents

Les Secondes de Sébastien Franc, “groupe-clé du projet”, devront faire “vivre leur quartier”. Ils devront faire face à une coupure d’internet, organiser des événements et accueillir les nouveaux habitants du quartier voisin (Leonard District), incarnés par des élèves de 3e et de 4e de Régine Ballonad-Berthois”, explique l’enseignant.

Parmi les autres classes participant à Flanders Lane, celle de Frédéric Surget, du collège Anatole Le Braz, également à Saint Brieuc, a mis en place une classe inversée, baptisée “projet Cobraz 219”. Ses élèves devraient prochainement investir Flanders Lane, à bord d’un… bateau pirate.

“L’interaction envisagée est de transformer un padlet fait par mes élèves en musée virtuel 3D, où ses élèves évolueront en réalité augmentée pour faire des commentaires sur les travaux de mes élèves”, décrit Sébastien Franc.

Les Terminales L / LVA (Langue vivante approfondie) d’Amelie Silvert, enseignante d’anglais au lycée Fénelon à Lille, devrait s’occuper d’une chaîne de radio “live” – ils devraient ainsi interagir avec les élèves de Terminale L / LVA de Sébastien Franc “pour s’occuper de tout ce qui est informations et actualités dans la ville”, explique ce dernier.

Mirela Robo, prof de FLE en Albanie, entraînera ses élèves dans l’organisation d’un “festival d’été” à Flanders Lane. De son côté, Steenven Huitorel, professeur d’anglais et auteur des “tutos d’Huito”, des capsules de classe inversée, réalisera des vidéos à destination des classes participantes. Une autre enseignante de FLE, en Floride, s’est également jointe au projet – dans son cas, ses élèves doivent s’exprimer en français.

« Apprendre l’anglais d’une façon plus concrète »

Un exemple d'interactions entre élèves sur Facebook, dans le cadre de Flanders Lane.

Un exemple d’interactions entre élèves sur Facebook, dans le cadre de Flanders Lane.

Pour Sébastien Franc, “ce projet permet aux élèves d’apprendre l’anglais d’une façon plus réelle. Par exemple, certains écrivent actuellement une Constitution pour la ville, surtout lors des interactions entre élèves sur Facebook, qu’ils utilisent pour poursuivre leur travail hors de classe : c’est du concret, car cela permettra d’éviter les dérapages”, indique-t-il.

Dans le cadre de Flanders Lane, Sébastien Franc applique aussi la classe inversée. “A la maison, je donne à mes élèves des documents (différents selon l’enfant) à lire ou à analyser, qui leur permettront de produire, après une mise en commun, des documents concrets”, explique-t-il.

Associer la “flipped classroom” aux tâches complexes scénarisées présente de nombreux avantages, pour l’enseignant : “les élèves sont plus autonomes dans la recherche de documents. Ils sont vraiment acteurs, s’approprient l’apprentissage”. Sébastien Franc constate que ses classes “sont plus à l’aise à l’oral : le fait de parler à travers des personnages les libère”.

La motivation des élèves est aussi renforcée : “ils ont découvert que l’anglais pouvait être utilisé d’une façon concrète, au quotidien, pas seulement pour décrocher le Bac. Certains élèves ont appris à aimer l’anglais, car il avait désormais plus de sens pour eux”.

La ‘flipped classroom‘ concerne le primaire comme le secondaire, et peut faire l’objet d’un grand nombre d’applications pédagogiques. Cet article fait ainsi partie d’un vaste dossier sur la classe inversée, à découvrir !

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