Classe prépa pour bacheliers pro : deuxième chance et excellence

Aussi rares qu’appréciées, les classes prépa réservées aux titulaires d’un bac pro donnent une seconde chance à des élèves parfois marginalisés.

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On les compte – littéralement – sur les doigts d’une main. Les classes préparatoires aux grandes écoles (CPGE) réservées aux bacheliers professionnels restent des exceptions dans le paysage éducatif national. La première à avoir été créée, en 2009, fut la prépa ECP (Economique et Commerciale, voie professionnelle) du lycée René Cassin de Strasbourg.

Elle fut suivie par la CPGE Technologies et Sciences Industrielles du lycée Henri Parriat de Montceau-les-Mines et par la CPGE Economique et Commerciale du lycée Jean Perrin de Marseille.

À ce court inventaire s’ajoute, depuis cette rentrée, le lycée de la Venise Verte, à Niort, qui vient d’ouvrir sa CPGE Economique et Commerciale dédiée aux bacheliers pro.

Celle-ci est adossée à une classe préparatoire Economique et Commerciale, voie technologique, que les 7 premiers admis de la CPGE spéciale bacs pro intégreront pour leurs 2e et 3e années. En effet, les bacheliers pro bénéficient d’une année supplémentaire passerelle de classe préparatoire, avant d’intégrer une classe prépa classique et de suivre la traditionnelle formation de deux ans. « L’une de nos motivations à ouvrir cette prépa, fut de casser la logique de reproduction d’un système inégalitaire, précise Pierre Castro, chef de travaux du lycée niortais. Il ne faut pas se cacher que ce sont les élèves issus des classes sociales les moins favorisées que l’on retrouve majoritairement dans les filières professionnelles. Cette CPGE passerelle est un moyen efficace de leur donner accès aux voies d’excellence. »

Un an pour prendre ses marques

Point commun à ces différents cursus, ils se déroulent sur 3 ans au lieu de 2. La première année permet à la fois aux étudiants d’acquérir les méthodes de travail spécifiques à cet apprentissage exigeant, mais aussi de consolider leurs connaissances de base.

« C’est une année propédeutique, confirme Marc Aubert. Nous partons de leurs niveaux réels, pas supposés. En mathématiques par exemple, les 3 premiers mois permettent de reprendre les fondamentaux : additions, soustractions et produits de fractions, calcul avec des puissances… »

Le chef de travaux du lycée de la Venise Verte fait le même constat. « Les élèves ont des lacunes dans les matières générales comme en culture générale, ce que nous pallions par un internat pédagogique, pendant lequel, en plus des cours, les enseignants proposent du soutien, leur expliquent comment absorber la charge de travail, organisent des sorties à dimensions culturelles, etc. »

Cet accompagnement aussi individualisé que possible est la clé des réussites de ces classes peu ordinaires. Le travail des enseignants est donc très différent de celui dans les prépa de référence où les élèves sont en quasi totale autonomie. « Les enseignants doivent non seulement faire preuve d’une excellence académique dans leur discipline, mais aussi avoir envie et savoir travailler avec ces étudiants moins ‘faciles’, confirme le chef d’établissement de Montceau-les-Mines. Seules des mesures pédagogiques et un accompagnement spécifique permettent à ces élèves de tenir le choc.

L’ascenseur social n’est pas en panne

Et ils le tiennent plutôt bien. À Montceau-les-Mines, 93 % de ces étudiants de 3e année de la première promotion et 100 % de la deuxième ont été admis sur concours dans une école d’ingénieur.

Certes le taux d’abandon en 1ère année tourne autour de 25 %, mais cela reste modéré par rapport au taux d’échec constaté chez les titulaires de bac pro qui intègrent une université.

Et bien sûr, ce sont les bons élèves qui se retrouvent sur les bancs de ces prépas… mais pas systématiquement ceux qui ont les meilleures notes. « Leur motivation et les appréciations des enseignants comptent plus que la moyenne générale ou les mentions », confirme Marc Aubert, proviseur du lycée Henri Parriat. L’établissement de Montceau-les-Mines offre chaque année 35 places pour une petite centaine de demandes qui proviennent de toute la France, DOM-TOM inclus. « Nos élèves débutent l’année angoissés à l’idée de ne pas y arriver. Mais ils sont aussi incroyablement volontaires et courageux, ajoute Marc Aubert. La plupart avaient décroché au collège et ont enchaîné vers un bac pro, parfois par goût, plus souvent par défaut d’avoir été autorisés à poursuivre en filière générale. Pour eux, faire une prépa, c’est prendre une revanche sur leur parcours scolaire. »

La première promo

Pour sa toute première promotion, le lycée de la Venise Verte espère bien que les 7 élèves arrivent au bout de leur cursus. « Mais le parcours est sécurisé, ajoute Pierre Castro. Un élève qui ne pourrait pas ou ne souhaiterait pas poursuivre serait orienté vers l’un de nos BTS Tertiaires. »

Pas question donc de faire prendre le risque d’une année « pour rien ».

« De toute façon, même ceux qui abandonnent franchissent des étapes bénéfiques pour la suite de leur cursus, assure le proviseur de Montceau-les-Mines. Quoi qu’ils choisissent de faire ensuite, ces acquis sont de vrais plus. »

En conclusion, c’est d’une même voix que Marc Aubert et Pierre Castro insistent sur le rôle social inestimable de ces CPGE réservées aux titulaires de bac pro. « C’est l’un des domaines de secteur éducatif où l’ascenseur social fonctionne parfaitement », souligne le proviseur de Montceau-les-Mines qui rappelle le rôle essentiel des enseignants des lycées professionnels. « Les garçons et filles qui arrivent chez nous ont tous eu un professeur qui a senti leur potentiel et les a encouragés à oser cette aventure. J’aimerais que celles et ceux qui côtoient et forment ces bacheliers croient davantage dans le potentiel de leurs élèves. » À bon entendeur…

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