Entretien avec Luc Jacquet, réalisateur de La Glace et le Ciel

Récompensé aux Oscars 2004 pour La Marche de l’Empereur, Luc Jacquet revient avec La Glace et le Ciel, en salles depuis le 21 octobre. Un film accompagné d’un véritable projet pédagogique, pour sensibiliser la nouvelle génération à la cause climatique.

Luc Jacquet

Luc Jacquet © Sarah Del Ben – Wild Touch

On connaît votre engagement pour le climat. Etait-il évident pour vous de consacrer un film au glaciologue Claude Lorius ?

Oui c’était assez évident. Dans le sens où Il était une Forêt et La Glace et le Ciel s’inscrivent dans une démarche plus engagée et politique que mes précédents films. J’ai une expertise de voyageur, et je vois le monde qui se dégrade au fur et à mesure que je me balade, et je ne peux pas accepter cela. D’une part à titre personnel, car cela me rend malade, et d’autre part au titre de la responsabilité que j’ai pour mes enfants et les générations à venir. C’est-à-dire que je ne peux pas imaginer qu’un jour, dans 20 ans, mes enfants viennent me dire « Tu avais une forme de pouvoir, qu’en as-tu fait ? ». Je crois qu’aujourd’hui il faut qu’on prenne nos responsabilités, et je prends les miennes en faisant ce film.

La Glace et le Ciel est accompagné d’un vaste programme pédagogique. Pensez-vous que les élèves qui vont le suivre sont la dernière chance de changer les choses en matière climatique ?

J’ai peur que lorsqu’ils arriveront au pouvoir, ce soit déjà un peu tard. Il est essentiel d’aider la jeune génération à comprendre. On ne parle pas du bouleversement climatique en 3 formules chocs comme à la télévision ou dans un journal. C’est quelque chose de complexe, et l’appréhender, c’est également appréhender la complexité du monde et donc de comprendre qu’on ne règle pas tout en 3 minutes. C’est quelque chose d’essentiel, mais plus sur le plan moral et éducatif que sur le plan des solutions.

Car malheureusement, c’est à nous de mettre en place des solutions, car dans 20 ans ce sera trop tard.

Comment s’articule ce projet pédagogique ?

L’idée était d’utiliser notre savoir-faire en termes de narration et d’images pour faire quelque chose qui soit à la fois attrayant et scientifiquement exact. Chez Wild Touch, nous avons ce savoir-faire de passeur de science mais aussi de raconteur d’histoire. Nous assumons l’émotion, car c’est aussi une manière de transmettre de la pédagogie. Je ne pense pas qu’il soit négatif de toucher les jeunes avant de leur apprendre des choses. Nous avons voulu faire trois niveaux de lecture dans ce programme pédagogique

Le premier est du « edutainment », un mélange entre la distraction et l’éducation.

Le deuxième est plus proche de l’expertise des scientifiques, pour leur donner la parole sur des choses très ciblées, toujours avec la logique de rendre cela court et attrayant, pour être dans des choses digestes.

Enfin il y a un troisième niveau de lecture, plus didactique, qui est la somme de tout notre travail : des fiches pédagogiques, largement illustrées, qui sont là pour donner de la profondeur à ceux qui veulent en savoir davantage. L’idée était de s’inscrire dans une logique de partage de la connaissance telle qu’elle existe aujourd’hui, c’est pour ça que l’on a voulu que tout ça soit libre et le plus facile d’accès pour tout le monde.

Avez vous eu des retours de certains professeurs ?

Les retours que j’ai eus étaient enthousiastes et m’ont dit globalement que c’était « l’outil qui nous manquait ». Je sais que les profs sont inondés d’outils pédagogiques de toutes formes. Nous avons conçu ce projet en amont avec un groupe d’enseignants extrêmement motivés et dynamiques, qui a aussi travaillé avec les scientifiques ayant conçu le programme. C’est donc quelque chose qui a été co-construit, et j’espère qu’il répond aux attentes des enseignants.

Ce film sort moins de 2 mois avant la COP 21. Attendez-vous encore beaucoup de cet événement ?

Oui j’en attends beaucoup, comme tous les citoyens qui ont glissé un bulletin de vote dans une urne pour qu’on les représente et qu’on prenne des décisions au nom du bien commun. Les hommes et femmes politiques, qui sont tenant de ce pouvoir, ont une responsabilité historique devant cette COP 21. Est-ce qu’ils seront à la hauteur de la situation ? Je n’en sais rien, mais individuellement je suis impuissant. Je fais tout ce qui est en mon pouvoir, mais il y a un moment où je ne peux pas décider unilatéralement de taxer le carbone, ou encore de mettre en œuvre des transports en commun plutôt que des voitures à l’infini. J’espère donc qu’ils seront à la hauteur.

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