Apprendre la géographie en CM1 en cartographiant son quartier

Pour apprendre à lire une carte, les CM1 de Céline Souleille contribuent à une carte participative, sur OpenStreetMap. Relevés de terrain et création de cartes interactives rendent la géographie "plus concrète".

La carte OpenStreetMap du quartier de l'école Pierre et Marie Curie de Floirac, mise à jour par les CM1 de Céline Souleille.

La carte OpenStreetMap du quartier de l’école Pierre et Marie Curie de Floirac, mise à jour par les CM1 de Céline Souleille.

Pour apprendre à lire une carte, quoi de mieux que le terrain ? C’est en partant de cette idée que Céline Souleille, institutrice à  l’école Pierre et Marie Curie de Floirac (Gironde), a mis en place en 2013 un projet visant à cartographier le quartier alentour.

Cartographier le quartier

Un projet de rénovation urbaine bouleverse alors le quotidien des écoliers. “Ils vivaient au rythme des chantiers, le quartier s’était transformé, ils avaient du mal à se repérer”, note l’enseignante qui décide “d’organiser un apprentissage” dans ce contexte.

La professeure opte pour l’utilisation d’OpenStreetMap (OSM), un service de cartographie libre, qui permet à tout internaute d’améliorer et de réutiliser une carte du monde.

La carte OSM du quartier de l'école publique de Floirac, avant / après les "interventions" des CM1.

La carte OSM du quartier de l’école publique de Floirac, avant / après les « interventions » des CM1.

Accompagnée par 2 animateurs de l’association Les Petits Débrouillards (qui organise des ateliers autour des sciences), elle entraîne ses CM1 dans les rues situées autour de l’école. Les élèves y réalisent des relevés de terrain, afin de mettre à jour la carte du quartier – en informant sur l’existence d’un nouveau parking, par exemple.

Relevés de terrain et haïkus

Les CM1 notent leurs “relevés” sur des cartes papiers. Une fois en classe, ils ajoutent en ligne des “notes” sur la carte libre du quartier, qui seront analysées (pour validation) par un membre de la communauté OSM. “Ces notes renseignaient sur les endroits à modifier. En 24h, la carte du quartier a radicalement changé”, note l’enseignante.

A travers ces séances, “les enfants ont vite eu une idée intuitive de ce qu’était la contribution : j’ai une connaissance de mon quartier, une autre personne que je ne connais pas a une expertise au niveau de la cartographie, et on va se compléter, chacun apportant ses connaissances et compétences”, explique Céline Souleille.

Après avoir collaboré avec des 6e du collège voisin, une carte interactive du quartier regroupe des contes (haïkus) sonores, des photos et des textes.

Après avoir collaboré avec des 6e du collège voisin, une carte interactive du quartier regroupe des contes (haïkus) sonores, des photos et des textes.

En parallèle, les écoliers ont travaillé en collaboration avec les 6e du collège voisin sur un projet de “cartographie littéraire” : sur BabyTwit, micro-blog réservé au monde scolaire, les collégiens ont rédigé des haïkus à partir de photos prises par les CM1 lors de leurs relevés. “Cela a permis de créer une carte interactive, regroupant des contes sous la forme de texte ou de sons, ainsi que des photos”, explique l’enseignante.

« Tout était plus concret »

L’année dernière, Céline Souleille a mis en place un autre projet, qui consistait à nourrir une carte du monde de recettes de cuisines, tout en cartographiant, dans le quartier, les lieux ayant trait à l’alimentation (potagers, commerces, restaurants).

“Là aussi, les CM1 ont appris ce qu’était le travail collaboratif, au point que le projet leur a échappé et que leurs familles, des voisins du quartier et d’autres classes ont publié leurs propres recettes”, raconte l’institutrice.

Les CM1 de Céline Souleille en pleine séance de cartographie participative.

Les CM1 de Céline Souleille en pleine séance de cartographie participative.

A travers ces différents projets, les élèves “ont appris à lire une carte et à s’orienter d’une façon bien plus efficace qu’autrefois”, indique Céline Souleille. “Avant, je passais 2-3 séances à essayer, difficilement, de développer ces compétences, qui demandent une grande capacité d’abstraction”, se souvient-elle.

“Les élèves ont appris bien plus vite à situer un lieu, à légender une carte, ou à suivre un itinéraire”, remarque Céline Souleille. “Tout était plus concret, ils étaient davantage motivés : il y avait un objectif final, qui les a poussé à développer des compétences, sans lesquelles ils n’auraient pas avancé”, ajoute-t-elle.

Sortir de l’école

Pour Céline Souleille, de tels projets permettent de rendre les élèves davantage “acteurs”, mais aussi de favoriser une ouverture sur “la culture contributive d’Internet et le partage des savoirs”. Ainsi, “les enfants collaborent avec d’autres classes, mais aussi avec des adultes extérieurs à l’école, et découvrent que leurs compétences sont utiles à d’autres”.

Les CM1 de Céline Souleille en pleine séance de cartographie participative.

Les CM1 de Céline Souleille en pleine séance de cartographie participative.

La professeure des écoles constate que “pour certains élèves en difficulté, le travail sur le terrain est un moteur”. Ainsi, l’un d’entre eux “est passé, lors d’un relevé de terrain, d’un enfant effacé à celui qui prenait les choses en main”. En sortant de l’école, “les élèves comprennent que le savoir ne se limite pas à la salle de classe, mais peut aussi se construire dehors”, remarque Céline Souleille.

Cette année, l’enseignante compte bien retenter l’expérience, et pousser sa classe à cartographier les ressources locales : avec ses CE2 / CM1, elle participera bientôt à un dispositif de l’Académie de Gironde, baptisé “autour de mon école, il y a”, dont l’objectif est de faire présenter par les élèves leur quartier à d’autres écoles.

“Mes CE2 / CM1 ont pour projet d’écrire un polar, qui devrait prendre la forme d’une carte OSM interactive, avec des sons, des photos et du texte… et pour réaliser cette carte, il faudra bien sûr effectuer des relevés de terrain”, conclut-elle.

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