Rentrée : pour le Snes-FSU, le ministère « s’est coupé de la réalité »

Le SNES-FSU n'abandonne pas la lutte face à la réforme du collège. Une nouvelle grève est prévue en septembre. Le syndicat décrit "un mécontentement" général des enseignants, et un ministère "coupé des réalités".

collège

© Chlorophylle – Fotolia

Une “absence de souffle et de projets” : ainsi Frédérique Rolet, porte-parole du Snes-FSU, décrivait-elle, lors de la conférence de rentrée de son syndicat, ce mercredi 26 août, la présentation par Najat Vallaud-Belkacem de son “plan” pour l’année à venir.

Pour la co-secrétaire générale du syndicat, “il y a beaucoup de recyclage, l’impression d’un empilement et d’un grand vide”. Elle décrit un “discours incantatoire sur la revalorisation des enseignants, et en même temps, un vrai décalage entre les objectifs annoncés et la réalité, dont le ministère s’est coupé”.

Création de postes : “une urgence”

examen au college

© Drivepix – Fotolia

Pour la syndicaliste, “le gouvernement a intérêt à prendre en compte la déception, réelle, des enseignants face à ses actes”. Première promesse “qui ne sera sûrement pas tenue” :  la création de 60 000 postes dans l’éducation d’ici 2017. “Najat Vallaud-Belkacem dit que tout va bien, mais il reste à créer 22 500 postes. Dans les prévisions budgétaires, on note 8500 emplois nouveaux pour 2016, alors qu’il en faudrait au moins 11 000”, constate-elle.

Le Snes-FSU note que pour la rentrée 2015 du second degré, “les effectifs sont en forte augmentation”, avec 27 000 élèves de plus. Il remarque aussi “un manque de titulaires-remplaçants qui se fera sentir très tôt dans l’année scolaire”.

Les moyens dégagés “ne permettront de prendre en compte la hausse démographique qu’à moitié, une partie significative des futurs postes étant consacrée à la refondation de l’éducation prioritaire et à la formation”, indique le syndicat, qui déplore “un manque d’anticipation de nos gouvernants, créant une situation d’urgence”.

cours de collège

© Monkey Business – Fotolia

Une crise du recrutement « réelle »

Frédérique Rolet rappelle que dans une situation de “crise de recrutement”, avec “certaines disciplines (maths, langues, lettres classiques) qui ne font pas le plein” lors des concours, ainsi que des académies (Créteil, Amiens) peinant à recruter des candidats, “il va falloir faire un effort significatif, sur le plan budgétaire, mais aussi et surtout en recrutant”, notamment “pour couvrir les départs à la retraite”.

Pour la porte-parole du Snes-FSU, “le ministère doit se saisir des causes de la crise du recrutement”. Ainsi, en plus de l’augmentation du nombre de postes aux concours, “il faut mettre en place de véritables pré-recrutements, pour sécuriser les parcours des étudiants”, notamment en “rémunérant des étudiants pour suivre les études amenant aux concours”. En outre, “il faut aussi rétablir les aides spécifiques aux candidats aux concours”, estime Frédérique Rolet.

« Il faut revaloriser nos métiers »

élèves de collège

© AntonioDiaz – Fotolia.com

Constatant que “la faiblesse des salaires contribue à la crise de recrutement qui affecte le second degré”, le Snes-FSU plaide aussi pour “une réelle revalorisation de nos métiers”, afin de “les rendre attractifs”.

Comme l’indique Roland Hubert, co-secrétaire général du syndicat, la demande faite en 2014 de multiplier par deux l’ISOE (indemnité de suivi et d’orientation des élèves) “reste d’actualité”. L’organisation demande aussi que la valeur du point d’indice (qui sert de base au calcul des salaires), gelé depuis 2010, “soit immédiatement revalorisée, au moins au niveau de l’inflation”.

Réforme du collège : “pas une colère de passage”

La réforme du collège, qui a fait l’objet de vives critiques durant l’année écoulée, devrait continuer à faire l’objet de toute l’attention du Snes-FSU. “Les enseignants sont extrêmement inquiets. Le dossier n’est évidemment pas clos”, indique Frédérique Rolet. Le mouvement social des enseignants (deux grèves en mai et en juin) durant le printemps 2015 “n’était pas une colère de passage, mais une contestation de fond”, ajoute-t-elle.

college

© Christian Schwier – Fotolia.com

Pour le syndicat, “la réforme ne peut pas passer telle quelle à la rentrée 2016.” Ainsi, lance Frédérique Rolet, “nous espérons toujours revenir sur le contenu du décret et de l’arrêté”. Si le Snes-FSU reconnaît que “réformer le collège est nécessaire”, il déplore “le fait que des choix nous ont été imposés, dans la précipitation”.

Frédérique Rolet parle d’un “véritable gâchis”, et s’interroge : “quel est l’intérêt de mettre en place une réforme qui n’est pas portée par les personnels ?”. Et d’ajouter : “il est encore temps de reprendre les discussions”.

D’après la porte-parole, une intersyndicale est prévue dans les jours qui viennent, afin de préparer une journée de grève nationale en septembre, puis une manifestation en octobre. “Ces actions nous permettrons de montrer qu’il s’agit d’un mécontentement global et continu”, remarque Frédérique Rolet.

“Des nouveautés pédagogiques mal préparées”

classe collège

© elen31 – Fotolia

Le Snes-FSU constate enfin que “les nouveautés pédagogiques” sont “mal préparées.” Par exemple, l’EMC (enseignement moral et civique) se met en place au collège et au lycée “sans que les formations promises n’aient eu lieu”.

Le PEAC (Parcours d’éducation artistique et culturelle) et le “parcours avenir” (ex-PIIODMEP) entrent en vigueur “en catimini, sans accompagnement des équipes, ce qui laisse augurer d’une mise en oeuvre hasardeuse”, ajoute le syndicat.

Pour Roland Hubert, “il y a comme une sorte d’improvisation et de bricolage très néfaste” chez Najat Vallaud-Belkacem. “On lance des idées, sans  mais les moyens ne suivent pas, ou n’ont pas été pensés. Aux enseignants de se débrouiller”, déplore-t-il.

Ainsi, précise Frédérique Rolet, la ministre “a-t-elle prononcé, devant la presse mais aussi devant les recteurs, deux discours très idéologiques sur les valeurs, sans jamais faire la part des choses, comme si tout allait très bien.” Et de décrire le sentiment des personnels face à ce “raté” du ministère : “les ‘petits soldats’, qui font le travail, ne sont pas écoutés. On les flatte souvent, mais quand ils parlent de leurs difficultés, on ne les écoute pas.”

2 commentaires sur "Rentrée : pour le Snes-FSU, le ministère « s’est coupé de la réalité »"

  1. Didier Jodin  27 août 2015 à 11 h 41 min

    « Les enseignants sont extrêmement inquiets. »

    Non, nous ne sommes pas inquiets, nous sommes opposés à cette réforme néfaste. L’idéologie en est détestable, la mise en place serait désastreuse. C’est NVB qui parle d’enseignants « inquiets », avec un paternalisme insupportable, et il ne faut pas entrer dans ce jeu. Voici en substance ce qu’elle tente de faire croire: « Ils n’approuvent pas ma réforme parce qu’ils ne l’ont pas comprise. Il faut dire qu’ils comprennent lentement. Alors ils sont inquiets. Mais on va les former. On va ouvrir leur esprit. On va les rendre plus intelligents, et quand ils seront aussi intelligents que moi ils seront d’accord avec moi. »

    Les mots sont importants. Que le SNES évite de parler d’enseignants « inquiets »: ça, c’est le discours de NVB. Nous sommes furieux, ce n’est pas la même chose. Tous les arguments pour dire le caractère désastreux de cette réforme ont été dits. Surdité absolue de NVB, qui se contente de répéter inlassablement les mêmes mensonges.

    Cela n’inquiète pas, cela exaspère.Signaler un abus

    Répondre
  2. Perplexité  28 août 2015 à 14 h 42 min

    Je ne sais pas qui est le plus « éloigné des réalités » entre l’Etat jacobin et le syndicats (a fortiori le SNES) avec 40% de participation aux dernières élections professionnelles (2014). Dialogue de sourds.Signaler un abus

    Répondre

Partagez votre avis

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée .

Captcha *

Modération par la rédaction de VousNousIls. Conformément à la loi relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, vous disposez d'un droit d'accès, de modification, de rectification et de suppression des données vous concernant. Pour exercer ce droit adressez-vous à CASDEN Banque Populaire, VousNousIls.fr, 91 Cours des roches, Noisiel, 77424 Marne La Vallée Cedex 2.

Recherche dans les archives

Vous