Corse: enquête ouverte sur des menaces contre des enseignantes voulant faire chanter leurs élèves en arabe

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Une enquête a été ouverte après des menaces envers deux institutrices qui voulaient faire chanter leurs élèves en arabe à l’école de Prunelli-di-Fiumorbu (Haute-Corse), lors de la kermesse de fin d’année, a indiqué mercredi le procureur de la République à Bastia, Nicolas Bessone.

Plusieurs graffitis « Arabi Fora » (Les Arabes, dehors!) et « Lingua Corsa » (langue corse) ont été tracés à la peinture dans la nuit de mardi à mercredi devant et aux abords de l’école de ce village de quelque 3.000 habitants à forte communauté maghrébine, sur la façade orientale de la Corse.

L’information judiciaire a été ouverte en raison de « pressions exercées sur les enseignantes » et du « déchaînement sur les réseaux sociaux », a déclaré M. Bessone à la presse.

L’enquête, a-t-il précisé, est conduite par la brigade de gendarmerie de Ghisonaccia (Haute-Corse) pour déterminer « si l’on peut qualifier pénalement les faits ».

Elle concerne aussi des « menaces » contre les institutrices. Entendues par les gendarmes, celles-ci n’ont pas souhaité porter plainte, a ajouté M. Bessone. L’inspection d’académie saisie par les enseignantes a déposé plainte contre X.

La ministre de l’Education, Najat Vallaud-Belkacem, a apporté son soutien aux équipes enseignantes du village, dans un communiqué.

« Les menaces proférées à l’encontre de deux institutrices et le graffiti raciste peint cette nuit sur les murs de l’école sont des actes inqualifiables et insupportables », a affirmé la ministre.

Les enseignantes avaient prévu que les élèves chantent, en plusieurs langues dont l’arabe, « Imagine » de John Lennon, un hymne à la paix dans le monde, lors de la kermesse de fin d’année, le 26 juin.

Refusant que leurs enfants chantent en arabe, des parents ont protesté. Certains ont menacé de perturber le déroulement de la kermesse que la direction de l’école a finalement préféré annuler.

Les enseignants, qui ont fait jouer leur droit de retrait, n’ont pas assuré la classe lundi et mardi. Ils ont déploré dans un communiqué « l’amalgame entre langue et religion ainsi que la désinformation véhiculée par certains parents » et regretté que « l’espace de neutralité dû aux élèves et la sécurité de personnes ne (puissent) être garantis ».

Une vive tension entre parents, favorables ou opposés au projet éducatif, a entouré la reprise des cours mercredi matin, en présence de l’inspectrice d’académie, a déclaré le maire du village, Pierre-Siméon de Buochberg, qui avait lui-même accompagné sa fille.

M. de Buochberg a annoncé, lors d’une conférence de presse, que la commune avait porté plainte pour dégradations après la découverte des graffitis près de l’école.

Il a ajouté qu’une réunion ouverte à tous les parents et prévue jeudi avait été annulée car « les conditions de sécurité ne sont pas réunies. »

« En raison de la déferlante provoquée par cette affaire sur les réseaux sociaux, qui m’a un petit peu inquiété, j’ai préféré annuler la réunion qui risquait de tourner au grand défouloir », a dit M. de Buochberg, ajoutant « préférer jouer l’apaisement ».

Il a dit avoir reçu depuis lundi de très nombreux courriels de Corse et du continent en majorité opposés à l’initiative des institutrices de faire chanter les écoliers en arabe.

M. de Buochberg a annoncé qu’il présiderait toutefois jeudi une réunion à huis clos à la mairie avec un médiateur nommé par le rectorat, des enseignants et les représentants élus des parents d’élèves.

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