Les mathématiques « reviennent sur le devant de la scène »

Une étude met en avant l'impact des maths sur de nombreux secteurs de l'industrie. Mais pour que l'économie en profite, encore faut-il "créer des vocations".

Maths

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“Longtemps, une question revenait : ‘à quoi servent les maths ?’ Mais depuis quelques années, j’ai pu sentir une inflexion dans la perception du grand public”, lançait Cédric Villani, le 27 mai, lors d’une conférence de presse, où il présentait la dernière étude du cabinet de conseil CMI, pour l’Agence pour les Mathématiques en Interaction avec l’Entreprise et la Société (AMIES) et la Fondation Sciences Mathématiques de Paris (FSMP).

37 technologies impactées par les maths

Intitulée “L’impact socio-économique des mathématiques en France”, cette étude met en avant un impact très fort des mathématiques sur la croissance. “Avec le développement des nouvelles technologies, qui reposent sur des algorithmes, les maths reviennent sur le devant de la scène”, ajoute Cédric Villani.

maths_cnrsSi, note-t-il, “au niveau de la recherche fondamentale, la France n’a pas de soucis à se faire, avec 12 médailles Fields”, au niveau des projets industriels, “et des liens mathématiques-entreprises, elle a des progrès à faire”.

Selon l’étude, les mathématiques contribuent pour 15 % au PIB national, et représentent 9 % des emplois. Le CMI note que “37 technologies clés, d’avenir, sur 85 sont impactées” par les mathématiques, dont la simulation moléculaire, le calcul intensif, l’imagerie du vivant et le “data mining”.

“Cependant, les jeunes mathématiciens français ne se tournent pas assez vers l’industrie, et les entreprises n’ont pas assez le réflexe de se faire aider par eux”, constate Cédric Villani, citant l’étude. “La question qui se pose est : comment créer des vocations ?”

Renforcer les liens universités-entreprises

math problems © R MACKAY - Fotolia

math problems © R MACKAY – Fotolia

L’étude revient sur la place des mathématiques dans l’enseignement supérieur : selon le CMI, “les diplômés en mathématiques ont une excellente insertion professionnelle”. 3 diplômés sur 4 d’un master en mathématiques travaillent dans le secteur privé, et 75% des docteurs dans la recherche et l’enseignement.

Le CMI souligne “la nécessité de renforcer les liens entre l’université et les entreprises” et conseille “d’ouvrir les formations en mathématiques vers des thématiques relevant des domaines d’application industrielle”.

« Il n’y a pas assez de scientifiques en S »

Mathematics - geometric shapes and expressions sketches © Millisenta

Mathematics – geometric shapes and expressions sketches © Millisenta

Au-delà, comment créer des vocations dès l’enseignement secondaire, alors que le niveau des collégiens en maths est en baisse ? Martin Andler, professeur à l’université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines (UVSQ), est président d’Animath, qui a pour but de promouvoir les maths auprès des jeunes.

Revenant sur les difficultés pour l’industrie d’attirer les mathématiciens, il constate qu’en Terminale S, “il n’y a pas assez d’élèves ayant envie de se lancer dans des études scientifiques : la filière S est considérée comme une “voie royale” qui ouvre vers Sciences Po ou Hypokhâgne. En réalité, il n’y a pas assez de scientifiques en S”.

Martin Andler remarque que par manque de temps, les enseignants “se concentrent sur l’enseignement technique, et ne parlent pas assez de l’utilité des maths pour comprendre le monde”. C’est pourquoi Animath organise, sur le temps périscolaire, des animations, telles que des conférences de vulgarisation dans les collèges et lycées, ou des compétitions, comme le concours C’Génial.

Secondaire : une pénurie d’enseignants

formula math © willypd

formula math © willypd

Selon Pierre Arnoux, vice-président de la CFEM (Commission Française pour l’Enseignement des Mathématiques), “le vrai problème, c’est la qualité de l’enseignement des maths, en baisse”.

Pour lui, le recrutement des enseignants est à revoir. En ce qui concerne le collège, “les résultats de l’admissibilité au Capes externe de mathématiques laissent à penser que tous les postes ne seront pas pourvus”, indique-t-il. 1802 candidats (contre 1899 en 2014) ont été déclarés admissibles pour 1440 postes.

“Depuis 3 ans, pour 1000 postes, on recrute 700 candidats, parce que le jury considère que le 701e ne peut pas être recruté, en raison de son mauvais niveau !”, lance Pierre Arnoux. “En raison des salaires en berne, et de la masterisation, les ‘bons’ étudiants ne présentent plus le concours, ou vont en Agreg”, note-t-il.

Et de constater que “deux tiers des candidats n’ont pas fait d’études de mathématiques, mais viennent de disciplines diverses, comme la physique, la biologie, la psychologie… ce sont aussi des ingénieurs qui se reconvertissent, et pour qui le théorème de Thalès est très, très loin”.

4 commentaires sur "Les mathématiques « reviennent sur le devant de la scène »"

  1. amandine  8 juin 2015 à 19 h 16 min

    Toutes les disciplines participent au PIB… Mais avec un sondage qui comptabilise tout ce qui est en lien avec un calcul, il ne faut pas s’étonner du nombre affiché.
    Il n’y a jamais eu une perte d’intérêt pour la mathématique mais comme d’autres disciplines, il faut faire des efforts. La grande mode des professeurs de mathématique du « soyons ludiques » devraient être « restons exigeants ». De toute façon, tout ce qui est difficile disparait progressivement des programmes lors des réformes. Du coup, je ne comprends pas l’inquiétude du recrutement des professeurs de mathématique…
    En bref, les difficultés de la mathématique sont les mêmes que les autres disciplines mais eux ils ont le droit de pleurer, les autres doivent se taire.Signaler un abus

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  2. moranus  16 juin 2015 à 15 h 27 min

    Il n’y a jamais eu autant d’engouement pour les calculatrices, la division a disparu de l’enseignement du calcul, aux USA c’est « Long division » qui a disparu aussi.
    Les élèves de terminales S ne savent pas faire une division.
    On a voulu remplacer les mathématiques par d’autres matières plus parlantes avec comme résultat un manque de rigueur et de la démagogie partout.
    Les médailles Fields de math sont l’arbre qui cache la forêt, les professeurs et les élèves ne sont pas formés.
    Le fait de noter les élèves 25/20 au bac n’arrange pas les choses, c’est fumeux et catastrophiques.Signaler un abus

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  3. Mathovore  29 octobre 2015 à 15 h 23 min

    Il est vrai que les mathématiques n’ont pas le vent en poupe. Même s’il y a de plus en plus de moyen pour rendre les mathématiques plus ludiques avec les blogs et sites dédiés aux mathématiques.
    Pour la plupart des élèves, les mathématiques est juste une matière obligatoire et non un choix de carrière.Signaler un abus

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  4. mahut  3 novembre 2015 à 20 h 04 min

    je partage l’avis de certains concernant la difficulté réelle de recruter des enseignants en mathématiques qui soient effectivement au niveau minimal exigé.
    les conditions pour être professeur de mathématiques en collège et lycée ( ne parlons pas de ceux du supérieur !) sont difficiles tant sur le plan de leur formations et diplômes à BAC + 5 dans des domaines ardus, complexes, où la rigueur et l’effort d’abstraction régulier sont monnaie courante, débouchant sur des concours eux même difficiles.
    On leur demandera en plus de maitriser leur discipline , de transmettre des savoirs, et pire des savoir être , de gérer des situations comportementales et de disciplines avec des publics variés hétérogènes, parfois peu ou pas motivé, voir hostile à toute forme de rigueur ou d’effort et concentration durable et continu, le tout pour être payé en fin de carrière à moins de 2500 euros nets mensuels !
    Pas de quoi s’étonner alors que les rares qui arrivent à un niveau BAC+ 5 dans les disciplines scientifiques ne préfèrent le privé, la finance, les métiers d’ingénieurs, expertise et cadres techniques, analystes, chercheurs (ou certes les salaires du public sont aussi du même ordre ! ) avec une image et des conditions de travail bien plus favorables, quand ils ne partent pas à l’étranger .Signaler un abus

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