Réforme du collège : « la culture doit être plurilingue » (Régis Debray)

Pour Régis Debray, interviewé sur France Inter, "l'esprit critique passe par les humanités". Il défend le latin, l'allemand, et refuse le "tout anglais".

classe de collège

© Monkey Business – Fotolia.com

La réforme du collège divise de nombreux enseignants, au sujet des EPI (enseignements pratiques interdisciplinaires), des langues anciennes ou encore des classes bilangues.

Sur France Inter, ce mardi 28 avril, l’écrivain Régis Debray est de ceux qui ne cachent pas leur inquiétude. « Ce que je crains, c’est une école qui reproduirait les automatismes et les vices du monde extérieur, c’est-à-dire ‘zapping’, ‘surfing’, ‘cocooning’, ‘marketing’… et qui ferait de l’élève un client », remarque-t-il.

« L’esprit critique passe par les humanités »

Régis Debray aborde la question du français, ainsi que des langues anciennes et vivantes. « Chaque discipline a sa filière d’excellence. Et quand on attaque la mère, je crains pour la fille. La mère, c’est le latin. Je crains notamment pour la fille, quand je vois diminuer les heures de français », explique le membre de l’Académie Goncourt. Et d’ajouter : « l’apprentissage de l’intelligence et de l’esprit critique passe aussi par les ‘humanités’. »

Régis Debray / France Inter - 7/9

Régis Debray / France Inter – 7/9

L’écrivain revient sur l’apprentissage d’une LV2 à partir de la 5e, qui pourrait entraîner la suppression des classes bilangues en 6e et menacer l’apprentissage de certaines langues, comme l’allemand. « Ce que je crains, c’est surtout le ‘tout anglais’. Même si l’anglais est devenu le latin d’aujourd’hui, ce serait dommage d’être tous unilingues », lance-t-il.

« C’est une des raisons pour lesquelles je milite pour l’enseignement du fait religieux, car il s’agit de l’enseignement de la pluralité des civilisations, et pas seulement des langues, mais des moeurs, des calendriers, des cultures. Je crains le monoculturel. La culture doit être plurilingue », ajoute l’universitaire.

« Retrouver le couloir chronologique » en histoire

Concernant l’histoire, et une plus grande liberté laissée aux professeurs face aux programmes, Régis Debray reconnaît que « les programmes sont surchargés et qu’il est bon de laisser aux enseignants une certaine latitude », mais déplore « l’enseignement de l’histoire thématique, au lieu de l’histoire chronologique ». Pour l’écrivain, « il faut retrouver le couloir chronologique, sans lequel nous perdons nos repères ».


3 commentaires sur "Réforme du collège : « la culture doit être plurilingue » (Régis Debray)"

  1. scorpio  28 avril 2015 à 21 h 31 min

    -Les programmes actuels du lycée est basé en partie sur le zapping.
    – «l’apprentissage de l’intelligence et de l’esprit critique passe aussi par les ‘humanités’. » ET AUSSI par les sciences, l’éducation sportive… Un esprit sain dans un corps sain !
    Les enseignants d’HG ont l’art de tous s’accaparer. IMPRESSIONNANT lobbying.
    – Par contre, dans TOUS les programmes, il faut réellement travailler les fondamentaux, surtout ceux qui fâchent (de la grammaire, des dictées, des concepts …).Signaler un abus

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  2. Richard Cornwell  29 avril 2015 à 23 h 26 min

    La réforme du collège est beaucoup plus grave que ce qui se dit. Certes, on parle du latin, de l’Allemand et des programmes d’Histoire, mais l’essentiel n’est pas là (sans aller jusqu’à dire que c’est un détail, il faut avouer que ce ne sont que des conséquences). L’essentiel est financier.

    La réforme prévoit que 20% des horaires des disciplines de 5, 4 et 3e vont être amputés. Cela ne veut pas dire que 20% des heures seront supprimés (cela serait trop visible). Cela veut dire que ces 20% sont réaffectés à des heures laissées à la disposition de l’établissement, c’est ce que j’appelle les heures de « flou ». Chaque collège va décider de ce qu’il en fait. Ces heures peuvent être affectées à n’importe quel prof. Et c’est là qu’est l’astuce : une heure d’Histoire doit être faite par un prof d’Histoire. Une heure de « flou » peut être faite par n’importe quel prof. Pour ceux qui ne sont pas dans le milieu, cela peut paraître difficilement compréhensible, mais dans la réalité, cela donne des marges de manœuvre extraordinaires en termes de gestion d’heures et de souplesse. Ce sont des centaines de millions d’euros d’économies.

    La conséquence est que les élèves, d’un collège à l’autre, n’auront pas le même enseignement. Dans les collèges de riches, on continuera à faire du latin car, qu’on le veuille ou non, c’est un instrument de pouvoir. On y verra aussi la chrétienté en Histoire parce que même si cela devient facultatif dans le programme d’Histoire, on fera avec les heures de « flou » des vrais cours (donc on fait rien ne changera). Dans les collèges de pauvres (prenons, en caricaturant, un collège de banlieue à forte proportion d’élèves d’origine étrangère), on fera l’islam (pas la chrétienté, effectivement), et on fera de l’amusement avec les heures de flou (sur des projets bidon en terme d’acquis).

    Tout bénèf !Signaler un abus

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  3. MERMET  30 avril 2015 à 16 h 00 min

    Je suis vraiment catastrophé par toutes ces analyses. En ce qui concerne les projets, c’est quand même le but de l’enseignement de mettre en lien des savoirs, savoir-faire venant de multiples matières ! Qu’est ce qu’un cours s’il n’est pas mis en perspective et des connaissances si elles ne sont pas utilisées dans des situations problèmes !!!Signaler un abus

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