Comment motiver des élèves ? En leur faisant créer des jeux vidéo !

Pour motiver des élèves et booster leurs apprentissages, rien de tel que la conception de jeux vidéo. C’est l’idée de Fabrice Barbier, professeur de technologie, qui a créé une option 4e dédiée.

RPG Maker

Le logiciel RPG Maker permet de créer des jeux de rôle (RPG)

En 2012, Fabrice Barbier, professeur de technologie au collège Louis Pasteur de Suippes (Marne), crée une option pour les élèves de 4e, qu’il baptise “Découverte des technologies numériques” (DTN). L’idée : leur faire réaliser des jeux vidéo.

“Pour un élève en manque de motivation, le jeu en lui-même est motivant. Mais en créer un, passer de l’autre côté de l’écran et découvrir toute l’architecture cachée derrière, l’est 1000 fois plus”, indique Fabrice Barbier. Dans la salle de techno, il a aménagé un atelier destiné aux volontaires (30 élèves), à raison d’1h30 par semaine, par groupes de 15.

Les élèves de 4e s’y familiarisent avec les logiciels graphiques de retouche d’image. Ils apprennent les “principes de la réalisation de base” des jeux vidéo – un “espace” 2D ou 3D, des “objets” (sons, personnages), et des “événements” (déplacements, interactions).

Puis vient l’initiation aux logiciels de création de jeux vidéos. D’abord, les élèves apprennent à utiliser des programmes permettant de créer des espaces en 2D ou en 3D, comme RPG Maker, 3D Rad et Unity. Puis ils se familiarisent avec les “modeleurs”, qui permettent de créer des objets et des textures, comme Sketchup et 3ds Max.

“Nous réfléchissons à des jeux, puis je les laisse créer leur univers par eux-mêmes… tout en restant présent s’ils ont vraiment besoin d’aide”, explique le professeur de technologie.

« Un médium qu’ils maîtrisent pour véhiculer des savoirs »

Lors du cours de création de jeux vidéos, les élèves imaginent un scénario, qu'ils doivent formaliser sur papier.

Lors du cours de création de jeux vidéos, les élèves imaginent un scénario, qu’ils doivent formaliser sur papier.

Les élèves, par binômes, imaginent un schéma narratif, avec une “situation initiale”, un “élément perturbateur”, des “péripéties”, un “élément de résolution” et une “situation finale”. Ils rédigent ensuite un scénario, agrémenté de schémas et de dessins.

“Je leur ai posé des objectifs à atteindre – créer un scénario, modéliser un terrain et des personnages, développer des événements -, qui sont primordiaux : même s’ils sont assez libres pendant ces 90 minutes, il s’agit d’une séance pédagogique”, insiste Fabrice Barbier. “L’objectif est de récupérer un peu du temps que les élèves passent à jouer pour apprendre des choses. On utilise un médium que l’enfant maîtrise pour véhiculer des savoirs”, ajoute-t-il.

De nombreuses compétences sont mobilisées pendant la conception d’un jeu vidéo, soutient l’enseignant. D’abord, le travail d’équipe. Ensuite, l’organisation spatiale (en 2D /3D) et le raisonnement logique (relations causes-conséquences). Enfin, la créativité, la gestion d’un projet et la maîtrise de la langue – les logiciels sont en anglais, et “l’écriture d’un scénario puis des dialogues du jeu nécessite de travailler son français”.

Créateurs de jeux vidéo en herbe

Le logiciel Unity permet de créer un jeu vidéo, avec des objets 2D/3D, des vidéos et des sons.

Le logiciel Unity permet de créer un jeu vidéo, avec des objets 2D/3D, des vidéos et des sons.

Au terme de ces ateliers, certains élèves deviennent de véritables experts en création de jeux vidéo. Avec le logiciel Unity, tout particulièrement, les élèves arrivés en fin de 4e apprennent à manier les lignes de commandes et les variables.

“Ils font de la programmation sans forcément s’en rendre compte au début. Puis ils s’améliorent progressivement. A la fin, les meilleurs ont appris par eux-mêmes à coder en JavaScript et en C, parce qu’ils tiennent à développer leur projet, pourquoi pas au delà du cours”, note Fabrice Barbier. Ainsi, côté motivation, “les élèves sont vraiment très mobilisés, au point de continuer à concevoir leur jeu chez eux”, note Fabrice Barbier en souriant.

Quant aux élèves en difficulté, “beaucoup se révèlent à travers la conception de jeux vidéos”, constate le professeur. “Ils ont une nouvelle forme de reconnaissance et sont valorisés dans un travail sortant de l’ordinaire”, ajoute-t-il.

Pour l’enseignant, la conception de jeux vidéos pourrait aussi être l’occasion de croiser les disciplines : “pourquoi pas, par exemple, développer un jeu sur le latin avec des élèves”, propose-t-il.

Pour voir un exemple de jeu vidéo conçu par des élèves de Fabrice Barbier, cliquez ici.

Parce que les jeux sérieux peuvent être utilisés en SVT, en techno, en histoire-géo, en secondaire ou en primaire, sous la forme de jeux vidéo, de jeux de plateaux ou de jeux de rôle, cet article est le 10e épisode d’une série qui vous entraînera dans le vaste univers du ludo-éducatif.
Episode 1 : Les serious games à la maternelle : un jeu d’enfant !
Episode 2 : Serious game en SVT ou en techno : le ludique au service des sciences
Episode 3 : Les jeux sérieux, un support pour les professeurs documentalistes
Episode 4 : Jeux sérieux en histoire-géo : un outil d’immersion pour les élèves
Episode 5 : Serious gaming : détourner des jeux vidéo à des fins pédagogiques
Episode 6 : Serious gaming : les jeux vidéo, une “porte d’entrée” vers l’Histoire
Episode 7 : Mathador : un jeu pour comprendre la valeur des nombres
Episode 8 : Serious games : ils ne sont pas que numériques !
Episode 9 : Serious games : des jeux de rôle pour rendre les cours concrets
Episode 10 : Comment motiver des élèves ? En leur faisant créer des jeux vidéo !

1 commentaire sur "Comment motiver des élèves ? En leur faisant créer des jeux vidéo !"

  1. Shocoben  30 avril 2015 à 19 h 32 min

    « Mais à quoi ça sert ce Cosinus et ce Sinus , là ??? » Me disais-je au collège, jusqu’au jour où, lors du développement d’un jeu vidéo, je fus forcer d’utiliser ces deux fonctions pour faire tourner un objet en « orbite » autour d’un autre.

    3/4 des éléments présents dans un jeu fonctionnent grâce à des priorités mathématiques qu’on apprend au collège/lycée. Et à chaque fois que je me triture la tête à en comprendre le fonctionnement, je me dis « Mais pourquoi ne m’a t’on pas montré son utilité plus tôt » ??

    Même Rabelais savait qu’il valait mieux apprendre en s’amusant avec Gargantua !Signaler un abus

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