Il faut sauver l’enseignement du latin et du grec

Lors d'une conférence de presse à la Sorbonne, les professeurs de lettres, de latin et de grec ont fait part de leur vive opposition au projet de réforme du collège. Régis Debray les soutient.

Dictionnaire Latin - Français

Dictionnaire Latin – Français © Alexi TAUZIN – Fotolia

C’est à la Sorbonne, plus précisément à l’Institut de grec – lieu symbolique en cette occasion- que les associations APLAES, APFLA-CPL, APLettres, Cnarela, SEL, SLL ont organisé hier, mercredi 8 avril, une conférence de presse pour alerter l’opinion sur le danger que représente le projet de réforme du collège pour les langues anciennes.

Leur enseignement risque en effet tout bonnement de disparaître : le latin ne sera plus proposé obligatoirement dans tous les collèges à partir de la cinquième comme c’est le cas aujourd’hui. Quant au grec, déjà malmené, on n’ose même pas l’évoquer…

Dans le projet de réforme soulignent les associations, l’enseignement des langues anciennes sera en effet tributaire des dotations horaires des établissements, et vaguement intégré aux Enseignements Pratiques Interdisciplinaires (EPI).

Le chef d’établissement aura ainsi à choisir 6 EPI parmi 8 pour l’année scolaire, parmi lesquels un très flou « Langues et cultures de l’Antiquité (LCA) ». Si le chef d’établissement choisit cette option, cet EPI fera lui-même l’objet d’un enseignement de complément comprenant une heure en 5e, puis deux heures en 4e et en 3e, ces heures étant consacrées à l’étude des langues anciennes à proprement parler, l’EPI lui n’étant consacré qu’à des contenus culturels.

Où sont passées les heures ?

Or dénoncent les associations, ces heures ne sont pas « fléchées« , autrement dit, elles ne sont pas intégrées au volume officiel des heures de cours des élèves. Et qui dit que le chef d’établissement choisira en priorité l’EPI LCA parmi 8 autres parcours ?

Enfin, s’alarment les associations d’enseignants, même au cas où l’EPI LCA serait choisi,  ce serait avec une forte diminution horaire par rapport à aujourd’hui : aujourd’hui les élèves ont 2h de latin en 5e, 3h en 4e, 3h en 3 ou 3h de grec.

Avec la réforme, ce sera en réalité, d’après le projet d’arrêté du 31 mars qui finalement ne mentionne pas l’enseignement de complément, 1h30 par semaine en 4e dans le cadre de l’EPI, et 1h ou 2h en 3e sans dotation horaire précise…

Le 24 mars, Najat Vallaud-Belkacem avait assuré que l’enseignement du latin et du grec ancien serait « préservé », lors d’une audition à l’Assemblée nationale. Les associations d’enseignants en doutent fort. Elles indiquent par ailleurs que les langues anciennes attirent 520 000 élèves à ce jour, et donc que l’intérêt pour cette discipline est bien toujours présent.

Régis Debray a conclu cette conférence de presse en faisant part de sa grande inquiétude quant à la disparition programmée de l’enseignement des langues anciennes, et de sa farouche opposition à cette réforme.

Le projet de réforme du collège sera soumis vendredi prochain au vote consultatif au Conseil supérieur de l’éducation (CSE).

2 commentaires sur "Il faut sauver l’enseignement du latin et du grec"

  1. Saez  11 avril 2015 à 18 h 22 min

    Comme toujours il faut s’opposer sans peser le pour et le contre? Il faudrait établir un cursus flexible avec de matières obligatoires et des matières optionnelles en fonction d’un projet pédagogique personnalisé pour chaque élève.Signaler un abus

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  2. Pr S. Feye  30 avril 2015 à 15 h 15 min

    Non, M. Saez, il ne faut pas ici peser le pour et le contre, car cela revient automatiquement à favoriser l’agression. Quand un pays attaque militairement, il ne faut pas se demander si on est pour ou contre la défense. Quand un incendie est allumé dans sa maison, on ne délibère pas pour prendre la décision de l’éteindre ou non.
    Or, faire croire qu’aucun complot politique n’a jamais voulu priver nos jeunes de l’accès, jadis gratuit, à 85% de la littérature (en latin) de nos bibliothèques d’Europe, tient précisément sinon d’un complot ou d’une désinformation, du moins d’une incurie barbare qui n’a son équivalent historique que dans les invasions germaniques de l’empire romain aux quatrième et cinquième siècles.
    Si vous étudiez l’histoire, et spécialement celle de la France, vous découvrirez que le latin, langue toujours vivante, ne doit pas son énorme déclin à une évolution naturelle, mais à des attaques en règle. Bien sûr, tous ceux qui y ont participé prêchent la paix, puisqu’ils craignent de subir une réaction méritée. Personnellement, je souhaite cette dernière la plus victorieuse possible, sans vengeance, mais très FERME et durable. Après quoi, nous ferons la paix …
    Pr Stéphane Feye
    Schola Nova (non soumise au décret inscriptions) – Humanités Gréco-Latines et ArtistiquesSignaler un abus

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