Réforme du collège : « un recul pour l’enseignement de l’allemand »

La réforme du collège, qui sera en place en 2016, prévoit l’apprentissage d’une LV2 dès la 5e. Thérèse Clerc, présidente de l’Association pour le Développement de l’Allemand en France (ADEAF) s’inquiète de la disparition des classes "bilangues".

ADEAF Thérèse Clerc

ADEAF Thérèse Clerc

Pourquoi dites-vous que le projet de réforme du collège aura « des conséquences désastreuses » pour l’enseignement de l’allemand en France ?

Il suffit de regarder l’évolution du nombre d’élèves qui apprennent l’allemand dans le 2nd degré ! Ils sont aujourd’hui environ 15% à l’étudier au collège et au lycée, contre près de 23% en 1995. La baisse a été stoppée et les effectifs stabilisés à partir de 2005 grâce à la création, dans le cadre du Plan de relance pour l’allemand, des classes bilangues qui proposent d’apprendre en parallèle l’anglais et l’allemand dès la 6e. Ce dispositif a montré son efficacité. : alors qu’en 2002, 14 000 élèves étaient germanistes en 6e bilangue, ils étaient 87 000 en 2013. Or, la plupart de ces élèves commencent l’apprentissage de l’allemand en 6ème. La suppression annoncée dans la réforme du collège des classes bilangues, autres que celles permettant de poursuivre la langue commencée en CP, entraînera une forte diminution du nombre d’élèves germanistes puisque 93% des élèves du primaire apprennent l’anglais. Ce serait contraire aux engagements franco-allemands de promotion de la langue du partenaire. Le niveau de compétences va également baisser. Les élèves de classes bilangues ont en moyenne 12h hebdomadaires de cours de langues sur la totalité des années collège (et même jusqu’à 16 heures pour ceux des classes européennes, également supprimées). Après la réforme, ils n’auront plus que 7h30 par semaine.

N’est-ce pas un peu exagéré de parler de « disparition programmée de l’allemand dans l’enseignement en France » dans votre pétition ?

Le risque d’un recul important est réel. Sur le terrain, les enseignants d’allemand prennent de plein fouet cette réforme. Ils sont atterrés et se mobilisent fortement. Les enseignants, notamment en REP+, trouvent cela très injuste, moins pour eux, que pour ce que les classes bilangues apportent à leurs élèves.

La ministre de l’Education nationale assure pourtant qu’aucune heure ne sera perdue et prévoit l’introduction d’une seconde langue vivante dès la 5e, à raison de 2h par semaine, pour améliorer les compétences en langues étrangères des élèves. Quel est donc le problème ?

La ministre voit un gain pour la seconde langue vivante, puisqu’il s’agit de passer à 7,5 heures de LV2 sur trois ans, contre 6 heures aujourd’hui sur deux années. Néanmoins, cela fait débuter une langue à 2h30 par semaine, ce qui est insuffisant. 3 heures est un minimum. Il y a eu des expérimentations pour introduire la LV2 en 5e mais pas de réelle étude sur le bénéfice pour les élèves. Pour ce qui concerne l’allemand, il n’y a manifestement pas eu d’étude d’impact sur les mesures proposées. On ne peut pas miser sur une hypothétique augmentation du nombre d’élèves apprenant l’allemand dès le CP. Et de toute façon, les parents n’attendront pas l’entrée en 5ème de leur enfant pour qu’il commence l’anglais. C’est un pari extrêmement dangereux.

En quoi est-ce un atout aujourd’hui d’apprendre l’allemand au collège et au lycée ?

Toutes les langues offrent une ouverture vers une autre culture. D’où l’intérêt d’une véritable diversification. Pour les élèves français, l’allemand est un véritable atout en termes de débouchés professionnels, de mobilité européenne et de poursuite d’études. On observe d’ailleurs que l’allemand est la langue la plus demandée, derrière l’anglais mais devant l’espagnol, parmi les offres d’emploi collectées en 2013 par Pôle Emploi. L’économie a besoin d’un vivier de germanistes, l’amitié et la coopération franco-allemandes aussi !

 

 

Crédits photo homepage : Deutschland © VRD – Fotolia.com

 

14 commentaires sur "Réforme du collège : « un recul pour l’enseignement de l’allemand »"

  1. guilhot martine  7 avril 2015 à 21 h 57 min

    Merci Madame Clerc, que du bon sens !Signaler un abus

    Répondre
  2. Autissier Isabelle  8 avril 2015 à 18 h 48 min

    Bien sûr , c’est exactement cela !
    Cette réforme, si elle est appliquée, gommera d’un seul coup tout le travail réalisé par les inspecteurs, les collèges, les enseignants d’allemands depuis 2005 avec la mise en place très efficace des classes bilangues et l’augmentation des sections européennes.Signaler un abus

    Répondre
  3. Moguerou  9 avril 2015 à 9 h 17 min

    Les élèves désertent l’allemand, triste constat mais à qui la faute ?
    L’apprentissage de l’allemand est difficile et une véritable école de la rigueur, tout comme le latin.
    Or que constate-t-on ?
    Que ces efforts ne sont pas réellement payants, ni en terme de prestige, ni en terme d’emplois (contrairement à ce qui est dit, l’allemand n’est souvent demandé que pour des postes dits « subalternes », le PDG va utiliser ses subordonnés pour comprendre ses partenaires mais ne va souvent pas faire l’effort de maitriser cette langue lui-même), ni en termes de rémunération.

    Il est plus judicieux, stratégiquement parlant, de concentrer tous ses efforts à travailler ses mathématiques pour accéder à la voie « royale », la section S.

    Si nous voulons changer quelque chose, il faudrait stopper la valorisation excessive des séries mathématiques au profit des séries littéraires ou technologiques. Réfléchissez-y…Signaler un abus

    Répondre
    • Rosie  11 avril 2015 à 8 h 55 min

      Dire que l’apprentissage de l’allemand est difficile est faux. C’est une idée malheureusement devenue populaire et que les professeurs d’allemand, parents, et chefs d’établissement ont utilisée pour créer des classes sélectives.
      Pour un Français l’apprentissage de l’anglais est beaucoup plus difficile que celui de l’allemand, et pour un élève dyslexique il vaut mieux commencer par l’apprentissage de l’allemand, langue régulière grammaticalement et dont la prononciation ne pose aucun des problèmes posés par l’anglais.

      Le tout anglais en primaire est une grosse erreur et les germanistes devraient se battre pour développer l’apprentissage de l’allemand en primaire. Or il semble que Madame Clerc dans son interview ne semble pas vouloir rectifier le cap pris par ses prédécesseurs. Combien de professeurs des écoles qui ont un master d’allemand (ceci est vrai pour l’espagnol aussi) se voient forcés d’enseigner l’anglais ? La majorité des PE qui enseignent l’anglais – quand cet enseignement est respecté en primaire, ce qui n’est pas toujours le cas – n’ont pas été formés pour et l’anglais est la langue la plus mal enseignée en primaire, sauf exception d’un PE ayant fait des études d’anglais.

      Un des buts affichés de la réforme est d’aller vers un enseignement plus démocratique et de tenir compte des individus, alors pourquoi ne pas donner leur chance aux élèves ayant des difficultés en lecture et/ou une déficience auditive en leur permettant d’apprendre une langue plus facile que l’anglais en primaire de façon à ce qu’ils prennent confiance en eux avant d’aborder l’apprentissage de l’anglais au collège ?
      Tout le monde y serait gagnant : la diversité linguistique nécessaire à l’économie de notre pays, et l’enseignement de l’anglais qui est pour l’instant la langue la plus mal enseignée en primaire, et ceci alors que tout le monde relève le mauvais niveau des Français en langues. À souligner que dans cette critique faite aux Français « langues » est confondu avec « anglais », car dans les autres langues les Français ne font pas plus mal que les autres Européens.Signaler un abus

      Répondre
  4. Beifuss  10 avril 2015 à 11 h 53 min

    L’apprentissage de l’allemand et de l’anglais le plus tôt possible est un atout pour trouver du travail pour les jeunes de l’Alsace et de. La Moselle notamment. Il y a de l’embauche en AllemagneSignaler un abus

    Répondre
  5. Marie  11 avril 2015 à 9 h 09 min

    Merci pour cet article qui rétablit la vérité.
    réponse à Moguerou: L’allemand est la langue conseillée pour les dyslexiques contrairement à l’anglais (car l’allemand s’écrit comme il se prononce, à ce niveau bien moins difficile que l’anglais ou même que le français).
    Les règles sont au départ différentes du français mais une fois mises en places, c’est toujours pareil.
    Pour ma part je suis née en France et je n’ai jamais trouvé l’apprentissage de l’allemand difficile.
    Quant au marché du travail, qu’appelez-vous postes « subalternes »? Il existe des postes intéressants en dehors des postes de PDG (ex: ingénieur, commercial). Je connais des personnes qui ont trouvé leur poste de commercial grâce à l’allemand et gagnent bien leur vie.Signaler un abus

    Répondre

Partagez votre avis

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée .

Captcha *

Modération par la rédaction de VousNousIls. Conformément à la loi relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, vous disposez d'un droit d'accès, de modification, de rectification et de suppression des données vous concernant. Pour exercer ce droit adressez-vous à CASDEN Banque Populaire, VousNousIls.fr, 91 Cours des roches, Noisiel, 77424 Marne La Vallée Cedex 2.

Recherche dans les archives

Vous