Serious games : ils ne sont pas que numériques !

L’usage des jeux sérieux se développe. Mais attention : les serious games ne sont pas que numériques. Ils existent aussi sous une forme plus “traditionnelle”, qu’il s’agisse de jeux de rôle, de cartes ou de plateau.

Alexandra Rayzal, professeur en lycée à Paris, a mené un jeu de rôle historique avec sa classe de seconde, sur le thème du Congrès de Vienne (1815).

Alexandra Rayzal, professeure en lycée à Paris, a mené un jeu de rôle historique avec sa classe, sur le thème du Congrès de Vienne (1815).

Professeur d’histoire-géographie au Lycée Malherbe (Caen), Denis Sestier a recours à la “pédagogie par le jeu” depuis 1988. Au sein du réseau Ludus, un groupe d’enseignants testant des pratiques ludo-éducatives, il crée des jeux pour l’enseignement.

“L’objectif est de rendre le plus possible les élèves actifs, tout en faisant en sorte qu’ils trouvent plus de plaisir à venir en classe, et en essayant de trouver des modalités pour mieux faire comprendre des choses complexes”, explique-t-il.

“Pour enseigner la démocratie grecque à des élèves de 6e, utiliser un organigramme ne leur parlera peut-être pas beaucoup. Organiser un jeu, en simulant un débat à l’ecclesia, sera bien plus efficace”, ajoute le professeur, qui a longtemps enseigné au collège.

A côté du numérique, les jeux « papier-crayon »

Les jeux sérieux partagés par le réseau Ludus (tous testés en classe) sont en majorité des jeux “papier-crayon” (questions-réponses, plateau, cartes), conçus par les professeurs du groupe sur le modèle des jeux de société. Fiches descriptives et matériel sont téléchargeables, permettant aux enseignants de concevoir leurs propres jeux, et de les adapter en fonction du niveau de classe.

"L’autoroute ou les grenouilles",  jeu de plateau créé par Denis Sestier et Eric Trotin, peut être utilisé en SVT ou en géographie. Les joueurs doivent construire une autoroute le plus rapidement et au moindre coût possible. Mais ils doivent aussi préserver environnement et cadre de vie.

« L’autoroute ou les grenouilles », jeu de plateau créé par Denis Sestier et Eric Trotin, peut être utilisé en SVT ou en géographie. Les joueurs doivent construire une autoroute le plus rapidement et au moindre coût possible. Mais ils doivent aussi préserver environnement et cadre de vie.

Denis Sestier retient la grande simplicité de certains de ces jeux : “un jeu de type questions-réponses prend 5 minutes à mettre en place. Les élèves sont dans une situation de cours, la seule différence est le petit enjeu en plus : qui va gagner. C’est une forme d’émulation, qui suffit à transformer la classe”.

Depuis 15 ans, les jeux sérieux informatiques ont un peu occulté les jeux plus “traditionnels”. Denis Sestier en a testé un grand nombre. “Ils ont des avantages : ils permettent de simuler des phénomènes complexes, et de renvoyer aux élèves un ‘feedback’ immédiat – ils voient vite la traduction de leurs décisions”, reconnaît l’enseignant.

“Mais ils comportent des limites, en premier lieu le fait qu’ils sont rarement conçus par des professeurs, ou en tout cas par ceux qui vont l’utiliser, ce qui limite les possibilités d’utilisation… Alors qu’en fabriquant son propre jeu, l’enseignant aura en sa possession l’outil dont il aura besoin, calé sur ses objectifs pédagogiques”, ajoute-t-il.

Pour Denis Sestier, les jeux non informatiques sont plus “souples” et plus “faciles” à mettre en oeuvre en classe. “Ils ne nécessitent pas de matériel coûteux : juste quelques dés, ou quelques cartes en carton”, explique-t-il.

Jeux de plateau et jeux de rôle

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Des soldats hoplites pendant la guerre du Péloponnèse – détail d’un vase antique

Exemples de jeux conçus par Denis Sestier : “Le conseil municipal” et “480 av. JC : le jeu des cités grecques”. Dans le premier, la classe est divisée en deux, entre le conseil municipal et des habitants de la commune, venus soumettre des projets. “Certains sont d’intérêt général, d’autres non. Les élèves présentant les projets doivent être convaincants, ce qui permet de travailler l’argumentation orale. Puis nous faisons un débriefing pour savoir si tel ou tel projet était vraiment d’intérêt général”, décrit l’enseignant.

480 av. JC” est un jeu de plateau. Les élèves forment des équipes, représentant des cités grecques. “Elles doivent s’allier face aux Perses, qui sont joués par le professeur. Ce jeu permet d’aborder l’histoire antique tout en développant chez les élèves un savoir-être : la coopération”, explique Denis Sestier.

« Le jeu reste un outil de cours »

Pour le professeur d’histoire-géographie, pas question de “gamifier” le fonctionnement général de la classe : “les jeux doivent être “utilisés ponctuellement, en fonction du sujet explorer. Y recourir systématiquement finirait par lasser les élèves. Et certaines choses ne peuvent être enseignées par le jeu, qui reste un outil de cours parmi d’autres !”.

Simon Levrard, professeur à Caen, a testé un jeu de plateau sur les Panathénées avec sa classe. "Les enfants ont accroché, il n’y a pas eu de temps mort ou de grosse difficulté et il y avait une grosse ambiance", raconte-t-il sur le site du Réseau Ludus.

Simon Levrard, professeur à Caen, a testé un jeu de plateau sur les Panathénées avec sa classe.

Pour lui, le jeu est un “outil pédagogique qui fonctionne”, et qui permet de “mobiliser un grand nombre d’élèves”, en particulier ceux en difficulté. “Cela ne signifie pas que ces derniers font forcément des progrès spectaculaires, mais au moins, ils participent et sont inclus dans la classe”, note-t-il.

Pour qu’un jeu “fonctionne”, le co-fondateur du réseau Ludus liste 3 conditions. D’abord, “il doit être en phase avec le programme”. Ensuite, il doit aussi être adapté au niveau des élèves. Enfin, “il faut exploiter le jeu, en tirer des enseignements”.

En créant une “rupture” dans le fonctionnement habituel de la classe, en rendant les élèves “plus actifs”, “le jeu crée de la motivation. Il permet à certains élèves en difficulté de se révéler, de mettre en valeur d’autres compétences”. Mais surtout, remarque Denis Sestier, “il permet de comprendre des phénomènes parfois complexes pour des élèves jeunes, quand ils sont trop désincarnés. Le jeu permet de mettre un peu de chair sur tout ça !”.

Parce que les jeux sérieux peuvent aussi être utilisés en histoire-géo ou en maternelle, sous la forme de jeux vidéo, de jeux de plateaux ou de jeux de rôle, cet article est le huitième épisode d’une série qui vous entraînera dans le vaste univers du ludo-éducatif.
Episode 1 : Les serious games à la maternelle : un jeu d’enfant !
Episode 2 : Serious game en SVT ou en techno : le ludique au service des sciences
Episode 3 : Les jeux sérieux, un support pour les professeurs documentalistes
Episode 4 : Jeux sérieux en histoire-géo : un outil d’immersion pour les élèves
Episode 5 : Serious gaming : détourner des jeux vidéo à des fins pédagogiques
Episode 6 : Serious gaming : les jeux vidéo, une “porte d’entrée” vers l’Histoire
Episode 7 : Mathador : un jeu pour comprendre la valeur des nombres
Episode 8 : Serious games : ils ne sont pas que numériques !
Episode 9 : Serious games : des jeux de rôle pour rendre les cours concrets
Episode 10 : Comment motiver des élèves ? En leur faisant créer des jeux vidéo !

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