Saul Dibb : « Suite française » permet de découvrir un pan inconnu de l’Histoire

"Suite Française" inspiré du livre d'Irène Némirovsky, est le nouveau film de Saul Dibb, réalisateur de The Duchess. A l'occasion de la sortie du film sur les écrans le 1er avril, il nous accorde un entretien exclusif.

Synopsis : « Suite française » raconte la vie quotidienne en France sous l’Occupation, au travers de plusieurs personnages vivant dans le village de Bussy. On y croise ainsi Lucile Angellier, incarnée dans le film par Michelle Williams, dont le mari a été fait prisonnier, et qui a fui Paris et trouvé refuge chez sa belle-mère, incarnée par Kristin Scott Thomas. Les deux femmes vont être obligées de loger un jeune officier allemand, Bruno von Falk (Matthias Schoenaerts), dont Lucile va tomber amoureuse… Pour en savoir plus.

 (Entretien publié le 25 mars)

Saul Dibb (au centre) sur le tournage de "Suite française" crédit photo : Steffan Hill

Saul Dibb (au centre) sur le tournage de « Suite française » crédit photo : Steffan Hill

Comment est née l’idée de faire ce film et comment avez-vous découvert le livre « Suite Française » d’Irène Némirovsky ?

J’ai entendu parler du livre en Grande-Bretagne, car ce fut un phénomène mondial d’édition. Mais c’est quand TF1, qui avait les droits d’auteur sur le livre, me contacta et m’adressa le livre que je le lus pour la première fois, en 2009. J’ai immédiatement eu envie de faire un film sur ce roman et j’ai vite commencé à visualiser comment l’adapter au cinéma.

Est-ce que votre film suit totalement le livre ou est-il un peu différent ?

Irène Némirovsky n’a pas pu terminer son livre, puisqu’elle a été arrêtée et assassinée par les nazis. « Suite Française » compte deux livres achevés « Tempête en juin » et « Dolce », avec des personnages très différents et sans lien entre eux, et l’ébauche d’un troisième livre, « Captivité ». Pour mon film, j’ai choisi « Dolce », à cause de ses personnages extraordinaires. A partir de « Dolce » il m’a aussi semblé possible d’introduire l’histoire de l’invasion de la France par les Allemands en juin 1940, et l’exode des Parisiens tentant de trouver refuge à la campagne que l’on trouve dans « Tempête en juin ». Je me suis par ailleurs inspiré de « Captivité » pour la fin de mon film, qui est beaucoup plus dure que celle de « Dolce ». Pour cela, je suis parti des notes laissées par Irène pour imaginer ce que la présence du régiment allemand dans la ville pouvait engendrer comme terreur, avec par exemple les exécutions sommaires de civils français en représailles lorsqu’un soldat allemand était tué.

Vous avez donc écrit votre propre fin de l’histoire ?

Non, je ne l’ai pas inventée, je suis vraiment parti de ce qu’avait laissé Irène, mais en y apportant une fin en effet que ses notes laissaient présager. Elle attendait de pouvoir raconter l’histoire complète, elle ne l’a pas pu, et nous ne pouvions pas attendre pour le film, sous peine de montrer de façon trop douce ce qu’était la vie sous l’Occupation en France. Ce film permet de découvrir un pan de l’histoire méconnu précisément : cette période du début de la guerre.

Est-ce un film historique ?

Oui, c’est une recréation d’une période très particulière durant laquelle se déroule aussi une histoire personnelle très particulière. On voit les gens vivre sous la pression et la façon dont ils réagissent, et aussi tombent amoureux des mauvaises personnes.

Précisément, cet aspect-là est troublant dans votre film. L’ambivalence des personnages principaux peut mettre mal à l’aise : Lucile et Bruno sont parfois bons, parfois mauvais. Mais il est vrai que Bruno, officier nazi, apparaît souvent humain, délicat, et cela dérange lorsqu’on voit le film. Est-ce quelque chose que vous avez voulu faire ressentir au public ?

Se sentir troublé est une bonne chose au cinéma. Mais attention : de quelle ambivalence s’agit-il ici? De l’ambivalence d’un personnage, pas du nazisme, c’est très clair ! Cependant en effet, derrière toute cette horrible machine nazie, il y a des personnes. Et Bruno éprouve certainement du dégoût pour ce qu’il fait. Mais il le fait quand même.

Quelle est finalement la chose la plus importante que vous ayez voulu montrer dans votre film, l’histoire, les gens ?

Suite Française Saul Dibb

Suite Française Saul Dibb/Affiche du film

L’histoire ce sont les gens. J’ai surtout voulu montrer la complexité des gens soumis à une pression aussi extrême que la vie sous l’Occupation. Je pense que le film est plus une histoire politique qu’une histoire d’amour. Le parcours de Lucile est bien plus en effet un parcours politique qu’amoureux : sa romance avec Bruno n’est qu’une étape de son entrée dans l’âge adulte et dans la conscience politique.

Auriez-vous un message à transmettre aux jeunes spectateurs qui verront votre film ?

Pour travailler en classe

Un dossier pédagogique initié par Parenthèse Cinéma et rédigé par Kim-Lan et Rémi Delahaye, professeurs de lettres modernes et d’histoire-géographie, est en ligne.

Il m’est difficile de dire quel type de message j’aimerais véritablement transmettre. Peut-être simplement que les gens sont complexes. Et que cette histoire fut écrite par une femme assassinée par les nazis, et qu’elle avait choisi d’écrire cette histoire humaine.

 

 


Propos recueillis et traduits de l’anglais par Sandra Ktourza

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