Égalité filles-garçons : le poids des stéréotypes de sexe

A l'école, les attentes des parents et des enseignants ne sont pas les mêmes pour un garçon ou pour une fille. Fortement ancrés, les stéréotypes de sexe pèsent sur l'évaluation, le comportement des professeurs et l'orientation.

Teamwork © pressmaster - Fotolia

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Dans les universités françaises, 53% des chercheurs en littérature sont des femmes, contre à peine 15% en mathématiques. Dans les écoles d’ingénieurs, les élèves sont à 73% des garçons.

Pour Françoise Vouillot, enseignante chercheuse à l’Institut national d’étude du travail et d’orientation professionnelle (Inetop) du CNAM, cette situation n’est pas le fruit d’une “loi naturelle”, mais le résultat de la “division sexuée de l’orientation”, qui implique, dès l’école, “des traitements différenciés” et des “discriminations systémiques” s’opérant au quotidien, “de manière inconsciente”.

Lors de la Conférence nationale sur l’évaluation des élèves, en décembre, la chercheuse a pointé du doigt une “division sexuée massive”, dans les cursus, les spécialités et les filières. “Dès la fin de la 3e, 40% des garçons entrent en lycée professionnel, contre 30% des filles. Dès la fin de la classe de seconde, les garçons et les filles se séparent, entre filières générales et technologiques”, décrit-elle. Cette division se reproduit sur le marché du travail, avec une “ségrégation”, en terme d’insertion professionnelle, de rémunérations, ou d’évolutions de carrière.

La « bosse des maths »

Two schoolkids learning © Halfpoint - Fotolia

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“Le sexe est une variable qui produit des biais dans les évaluations scolaires : il y a un décalage entre les aptitudes réelles des filles et des garçons, leurs résultats, et les appréciations qu’elles/ils reçoivent”, indique Françoise Vouillot.

Les parents, les enseignants et les élèves eux-mêmes ont intégré des stéréotypes de sexe, qui “légitiment les aptitudes, les compétences, les intérêts que l’on attribue aux filles et aux garçons”. Parents et professeurs ont des “attentes différentes” selon le sexe de l’élève. Par exemple, “l’on attendra d’un garçon qu’il excelle en mathématiques en raison de sa ‘bosse des maths’, et d’une fille qu’elle se débrouille mieux en français”, explique Françoise Vouillot.

Infographie 1 - L'égalité filles-garçons

Infographie – L’égalité filles-garçons

Découvrez aussi notre infographie, qui vous fera découvrir, de façon interactive, les chiffres des différentes études présentées dans cet article !

Par ricochet, les évaluations et les pratiques pédagogiques sont elles aussi différentes.Les recherches du sociologue Pierre Merle montrent par exemple que “pour une même copie, la note sera différente selon le sexe de l’élève”, explique Françoise Vouillot. En mathématiques, les professeurs se montreront plus indulgents avec les filles, mais beaucoup plus stricts avec les garçons.

Résultat : les élèves “intériorisent” ces attentes. “Cela entame leur confiance en soi et leur sentiment d’efficacité personnelle, jusqu’à affecter leurs performances. Les filles attribuent leur échec en maths à un manque de capacités, les garçons à un manque de travail”. Moins motivées, les filles s’investissent moins en mathématiques, ce qui influe sur leurs résultats.

Des vocations étouffées dans l’œuf

cours de physique © Magalice - Fotolia

cours de physique © Magalice – Fotolia

Dans sa dernière étude sur “l’égalité des sexes dans l’éducation”, l’OCDE remarque que “parmi les élèves qui se déclarent anxieux face à la résolution d’un problème de mathématiques, on trouvera 35% des filles, et 20% des garçons.” Selon Francesco Avvisati, analyste éducation à l’Organisation, “si l’on arrivait à réduire cet écart, on réduirait les différences de performance”.

Les stéréotypes de sexe ne sont pas négatifs que pour les filles. Ainsi, “les jeunes hommes sont plus susceptibles que les jeunes femmes d’avoir de mauvais résultats scolaires, et d’être décrocheurs”, indique Francesco Avvisati. “Contrairement aux filles qui retirent plus de satisfaction de leur réussite scolaire, les garçons manifestent une défiance vis-à-vis de l’école, car pour eux, il n’est pas socialement acceptable de montrer leur intérêt pour le travail”, ajoute-t-il.

Pour l’expert, “ce fossé entre filles et garçons dans l’enfance influence l’orientation professionnelle”. Ainsi, à compétences égales, moins d’une fille sur 20 envisage de faire carrière dans les sciences, les technologies, l’ingénierie et les mathématiques (STIM), contre un garçon sur cinq.

L’orientation des élèves, qu’il s’agisse des vœux des familles et des avis formulés en conseils de classe, est fortement influencée par les stéréotypes de sexe. Une note du ministère de l’Education Nationale, “filles et garçons face à l’orientation”, souligne ainsi que “quels que soient le milieu social et le degré de réussite scolaire”, les filles s’orientent moins en première S que les garçons. Cette note souligne aussi que les conseils de classe “statuent sur l’adéquation entre la demande des familles et leur perception (subjective) des capacités des élèves”.

Dans les pays de l’OCDE, “dès l’âge de 15 ans, les garçons sont 4 fois plus nombreux que les filles à envisager d’exercer une profession dans les domaines de l’informatique et de l’ingénierie. Ainsi, des vocations sont étouffées dans l’œuf”, déplore Francesco Avvisati.

La suite se trouve dans notre article sur les solutions à la division sexuée de l’orientation.
A lire aussi, cet article sur la feuille de route de Najat Vallaud-Belkacem concernant l’égalité filles-garçons.

1 commentaire sur "Égalité filles-garçons : le poids des stéréotypes de sexe"

  1. Sueur  14 mars 2015 à 9 h 28 min

    Je suis professeur de mathématiques. Je ne suis pas du tout d’accord avec ce que vous relatez à propos de l’évaluation d’une copie, étant donné que je ne regarde pas le nom de l’élève avant de corriger.Signaler un abus

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