Insertion des enfants d’immigrés : les inégalités commencent en maternelle, avec le français

Selon une étude, la difficile insertion professionnelle des jeunes issus de l'immigration s'explique, en particulier, par un échec scolaire supérieur à celui des "natifs", dû à un apprentissage de la langue française inégal, "dès le plus jeune âge".

classe collège

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Les inégalités existent dès l’école. L’organisme France Stratégie, ou “Commissariat général à la stratégie et à la prospective”, a réalisé pour Matignon une note d’analyse sur l’insertion professionnelle des jeunes issus de l’immigration.

Selon cette étude, outre la discrimination à l’embauche et la ségrégation spatiale, les difficultés d’accès à l’emploi des descendants d’immigrés s’expliquent par l’échec scolaire, auquel ces jeunes sont davantage exposés.

« Un processus de décrochage silencieux, dès le plus jeune âge »

Cet échec est d’abord dû au faible niveau d’études des parents et à des conditions modestes. Mais selon France Stratégie, l’origine sociale n’est pas la seule explication au fait que les jeunes issus de l’immigration “sont plus souvent sans diplôme à la fin de leur scolarité que les natifs, ou atteignent en moyenne des niveaux de diplôme moins élevés“. Ainsi, “les écarts de résultats et de trajectoires scolaires” de ces jeunes “résultent d’un long processus cumulatif d’inégalités dans les apprentissages qui commence à l’école maternelle”.

Classe maternelle © Dmitry Vereshchagin - Fotolia.com

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En effet, dès le plus jeune âge, des inégalités se font sentir, entre les “natifs” et les enfants d’immigrés, en ce qui concerne l’apprentissage de la langue française. “En raison d’un environnement souvent moins favorable à l’apprentissage de la langue, un long processus de décrochage silencieux s’engage”, indique France Stratégie.

Cela se traduit ensuite par d’importants écarts de niveau dans les résultats aux épreuves nationales de 6e”, indique l’étude. “Le retard accumulé par ces jeunes avant l’entrée en 6e pèse aussi sur leur parcours au collège, où seuls 56% d’entre eux n’auront pas redoublé et auront obtenu leur brevet, contre 70% pour les autres élèves”, ajoute France Stratégie.

Ségrégation spatiale et performances inégales

Au delà du français, l’étude pointe du doigt une “’organisation du système éducatif français qui pèse sur les parcours de ces enfants”. Et de constater une importante ségrégation spatiale : “la répartition des élèves issus de l’immigration dans les différents établissements en France est une des plus concentrées des pays de l’OCDE. Si la répartition de ces élèves était similaire à celle des autres jeunes, chaque quart des établissements en accueillerait 25 %”.

Or, dans la réalité, “70 % des élèves issus de l’immigration sont scolarisés dans le quart des établissements qui affichent la plus forte concentration de cette population. Ils représentent plus de 40 % de l’effectif total de ces établissements”, explique l’étude. Selon France Stratégie, “la forte concentration des élèves issus de l’immigration dans les établissements a un impact négatif sur leurs performances.

© Petro Feketa - Fotolia.com

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Une « orientation trop rarement choisie »

Enfin, l’étude décrit une “orientation trop rarement choisie”. Ainsi, parmi les élèves issus de l’immigration entrés en sixième en 2007, seuls 47 % n’ont pas redoublé au collège et ont été orientés vers une seconde générale ou technologique, “soit 11 points de pourcentage de moins que les élèves issus de familles non immigrées”.

D’après France Stratégie, “l’orientation ne reflète pas systématiquement leurs choix, car ils sont davantage dirigés vers les filières professionnelles alors même que leurs parents sont plus nombreux à souhaiter une orientation vers la filière générale (49 %) que ceux des élèves issus des familles non immigrées (43 %)”.

“Le fait que ces jeunes issus de l’immigration sont moins souvent orientés vers les filières générales que les autres jeunes ne favorise pas la poursuite d’études supérieures”, remarque l’étude. Et au sein même des filières professionnelles, “les enfants issus de l’immigration obtiennent moins facilement une place en apprentissage”, conclut l’étude.

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