« En se privant de sommeil, les collégiens se mettent en grand danger ! »

Plus de 50% des ados se connectent régulièrement à Internet la nuit, selon une étude sur le sommeil des collégiens. Ce constat inquiète le Dr Sylvie Royant-Parola, psychiatre et présidente du réseau Morphée à l’origine de l’enquête.

Dr Sylvie Royant-Parola

Dr Sylvie Royant-Parola

Quels sont les principaux enseignements de votre étude sur le sommeil, réalisée auprès de 776 collégiens de la région parisienne ?

Notre étude se concentre sur les moins de 15 ans. Leurs habitudes de sommeil ont évolué de façon très nette ces 10 dernières années. Les horaires de coucher sont de plus en plus tardifs : en semaine, 44% se couchent après 22h, et le week-end ils sont près de 40% à rejoindre leur lit après minuit. Les collégiens conservent un temps de sommeil correct, en moyenne de 8h15, mais ils sont 10% à dormir moins de 7h, ce qui est vraiment trop peu. A l’adolescence, le besoin de sommeil se situe plutôt entre 9h et 10h par nuit. Ce qui me frappe, c’est qu’un quart des élèves interrogés déclarent être somnolents en classe. On atteint là un seuil critique. Cela démontre que les nouvelles technologies, et le fait que plus d’un adolescent sur deux (51,7%) utilise régulièrement un appareil électronique au lit (smartphone, ordinateur, tablette, lecteur MP3 ou console), ont un retentissement fort. Dans les années 1980, seuls 10% des jeunes éprouvaient des difficultés de réveil. Aujourd’hui, ils sont 58% à avoir du mal à se lever le matin, et même 30% à juger cela « extrêmement difficile ».

En quoi l’utilisation d’un smartphone avant de s’endormir représente un « danger » ?

Avec le développement des nouveaux outils numériques, de nouveaux comportements apparaissent. 33,5% des adolescents passent ainsi plus d’une heure « connectés » après le dîner. Beaucoup se couchent avec leur smartphone et passent un temps certain à regarder des vidéos ou à chatter avec leurs amis, ce qui retarde l’endormissement. Notre étude révèle surtout un temps de sommeil perturbé par des réveils intempestifs. C’est le cas lorsqu’un SMS arrive sur le téléphone ou, par exemple, quand quelqu’un se connecte à une messagerie instantanée. Les adolescents ne vont pas ignorer le message, ils vont même y répondre ! 15% des jeunes interrogés envoient des SMS en cours de nuit, 11% se connectent à des réseaux sociaux et 6% se réveillent pour jouer sur Internet.

La nuit, les réactions sont davantage sur le registre émotionnel que le jour. Les échanges sont donc très stimulants. Et c’est là le principal problème : les interactions sociales se poursuivent la nuit. L’interruption naturelle et protectrice du sommeil et, plus généralement la notion de cycles, disparaît. Or dans notre société, régie par des horaires, les adolescents se mettent en grand danger car ils se privent de sommeil et sont incapables de faire quoi que ce soit le lendemain.

Une table ronde sur le sommeil des adolescents

Le réseau Morphée  – composé de médecins spécialistes du sommeil – organise une table ronde  « l’adolescent et son sommeil », vendredi 27 mars, de 14h à 17h à la Cité des sciences et de l’industrie, 30 avenue Corentin Cariou à Paris (19e). Ce débat intervient dans le cadre de la 15e journée du sommeil organisée par l’Institut national du sommeil et de la vigilance. Entrée gratuite et sans réservation.

 

En quoi est-ce plus néfaste de consulter son téléphone que de lire un livre papier ?

Quand vous lisez un livre la nuit, vous êtes seul, il n’y a pas d’interactions. Surtout, plus on est dans le noir complet et plus l’intensité lumineuse est agressive pour la rétine. Les Smartphones et les tablettes émettent une lumière bleue dont le spectre se situe autour de 470 nanomètres. Or des études révèlent que cette lumière particulière inhibe les hormones du sommeil. En clair, le cerveau croit qu’il fait encore jour.

Dans quelle mesure cette omniprésence des écrans influe-t-elle sur les résultats scolaires ?

Notre étude ne s’est pas intéressée à cette question. Néanmoins, tout porte à croire qu’il y a un lien puisque 23% des adolescents se sentent irritables dans la journée, 23% indiquent avoir envie de dormir ou s’endorment en cours, 10% ne se sentent pas en forme dans la journée. Cela veut donc dire que de nombreux élèves sont dans l’incapacité d’être réceptifs aux apprentissages et, vraisemblablement, davantage exposés aux difficultés voire à l’échec scolaire.

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