Inégalités scolaires : « en France, nous avons des filières extrêmement prestigieuses et des filières de relégation »

L’école française peut-elle être juste ? Entretien avec Séverine Depoilly-Najar, maître de conférences en sociologie à l’ESPE (École supérieure du professorat et de l’éducation) de Paris, spécialiste des questions d’égalité filles-garçons.

Séverine Depoilly-Najar

Séverine Depoilly-Najar

Pourquoi l’école française est-elle aussi inégalitaire ?

C’est une question complexe qui n’appelle pas une seule réponse. Je me référerai volontiers à un ouvrage récent, coordonné par Jean-Yves Rochex et Jacques Crinon, qui offre des pistes de réflexion intéressantes puisqu’il interroge la manière dont certaines pratiques d’enseignement et certains dispositifs pédagogiques (cours dialogué, « mise en activité » des élèves, centration sur l’expérience ordinaire) peuvent concourir, à leur insu, à la construction des inégalités scolaires.

La ministre de l’Education nationale, Najat Vallaud-Belkacem, a présenté fin 2014 un nouveau plan pour l’égalité filles-garçons. Faut-il aller plus loin ?

En matière d’inégalités des sexes à l’école, on peut identifier trois principaux axes de réflexion. Un premier axe concerne la scolarité des filles qui, bien que meilleures scolairement que les garçons, ne s’orientent pas dans les filières dites les plus prestigieuses notamment dans les filières scientifiques et techniques. Un second axe identifiable a trait à l’échec scolaire des garçons et plus particulièrement ceux issus des milieux populaires que l’on retrouve massivement dans les filières scolaires les moins valorisées. Un dernier axe touche aux violences sexistes et homophobes observables dans l’école et contre lesquelles il convient de lutter.

Les ABCD de l’égalité (expérimentés en 2013-2014), dont l’un des objectifs était de travailler à l’établissement d’une culture de l’égalité et du respect mutuel entre les filles et les garçons, se sont centrés sur la question des  stéréotypes et sur leur nécessaire déconstruction avec les élèves. Si c’est une piste de travail intéressante et très certainement nécessaire, elle est loin d’être suffisante.

Le plan pour l’égalité filles-garçons entend aussi agir sur la formation des enseignants, c’est indispensable et même prioritaire. Or, s’il y a une volonté et un affichage politique en faveur de la formation des professionnels sur ces questions, dans les faits, les ESPE – mise à part quelques-unes pionnières telle celle de Lyon – ne se sont pas réellement emparées de ce champ de réflexion.

L’école peut-elle être juste ?

Une école juste doit pouvoir autoriser tout type d’orientations scolaires et doit savoir les valoriser. Or en France, nous avons une école à deux vitesses, avec des filières extrêmement prestigieuses et des filières de relégation – notamment certaines filières de l’enseignement professionnel – qui sont particulièrement dévalorisées scolairement et socialement. On a beaucoup dit que l’Allemagne était de ce point de vue plus performante : son enseignement professionnel n’occupe pas la même place qu’en France. Il convient évidemment d’être prudent et nuancé afin d’éviter les comparaisons trop hâtives, mais l’analyse d’autres modèles éducatifs donne à réfléchir.

Il faudrait que les élèves français puissent trouver dans leur parcours scolaire, quel qu’il soit, les outils pour se valoriser et ainsi accéder à une véritable estime d’eux-mêmes. C’est ce qui fait cruellement défaut aux élèves des filières les plus dévalorisées.

La manière dont a été repensé le bac pro en 3 ans n’a pas permis de cultiver la véritable spécificité de l’enseignement professionnel et sa valorisation.

Partagez votre avis

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée .

Captcha *

Modération par la rédaction de VousNousIls. Conformément à la loi relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, vous disposez d'un droit d'accès, de modification, de rectification et de suppression des données vous concernant. Pour exercer ce droit adressez-vous à CASDEN Banque Populaire, VousNousIls.fr, 91 Cours des roches, Noisiel, 77424 Marne La Vallée Cedex 2.

Recherche dans les archives

Vous