Harcèlement scolaire : un documentaire brise la loi du silence

Contre le harcèlement scolaire, des élèves et des parents témoignent dans un documentaire, diffusé le 10 février sur France 2. Dans leurs interviews, ils demandent entre autres un plus grand investissement des équipes pédagogiques.

Teenage Boy Feeling Intimidated As He Walks Home © highwaystarz - Fotolia

Teenage Boy Feeling Intimidated As He Walks Home © highwaystarz – Fotolia

La semaine dernière, Najat Vallaud-Belkacem a présenté son plan anti-harcèlement à l’école. Pour la ministre de l’éducation nationale, il faut « rompre le silence » et agir sur la formation des enseignants et la prise en charge des familles.

Comme le rappelait la ministre sur i-Télé, en France, 10% des élèves se disent harcelés à l’école – soit 1 200 000 enfants et adolescents. « Parmi tous ces élèves victimes, 1 sur 5 ne va pas parler, c’est ce qui va le conduire à des actes tragiques », constate Najat Vallaud-Belkacem.

Comme pour illustrer ses dires, un documentaire, « Souffre douleurs, ils se manifestent », réalisé par Andrea Rawlins-Gaston et Laurent Follea, a été diffusé le 10 février sur France 2, dans l’émission Infrarouge. Ce film coup de poing donne la parole à 6 jeunes, anciennes victimes de harcèlement scolaire, ainsi qu’à des parents. Il permet de mesurer l’ampleur du phénomène, tout en invitant la communauté éducative à agir davantage.

Des insultes quotidiennes

« Tout a démarré par de petites choses, de petites insultes, parce que notre fils était roux. C’était toute la journée, tous les jours, en classe, à la sortie, dans les couloirs, à la cantine », raconte Raphael Bruno, le père de Mattéo, un adolescent qui s’est suicidé, en 2013, à l’âge de 13 ans. Et de raconter les coups, les « brimades », les « gestes de violence », presque quotidiens.

Emeline Bonneau, 16 ans, a été victime de harcèlement pendant 5 ans, de la 6ème à la seconde. Elle raconte, elle aussi, les moqueries, les insultes, la mise à l’écart, et la violence, d’abord verbale, puis physique. Pour échapper à ses bourreaux, la collégienne se réfugiait aux toilettes, « parfois toute la matinée ».

Jonathan Destin, 16 ans, a tenté de se suicider, en 2011, ne supportant plus les moqueries, les insultes et le racket systématique qui s’était abattu sur lui. Lui aussi passait l’heure de la récréation « dans les toilettes, dans un couloir, ou sous un escalier ». Parfois, « un professeur passait. Il me disait d’aller jouer à la récré, d’en profiter. Mais je n’osais pas lui dire ce que je vivais », raconte Jonathan.

A 23 ans, Charlène Amiard n’a rien oublié du temps où, entre ses 11 ans et ses 15 ans, elle était constamment « humiliée, rejetée, insultée ». A la cantine, elle mangeait seule. Le midi, elle restait, là aussi, seule, au CDI, à lire. « J’évitais les autres, j’essayais de passer inaperçue, de devenir transparente », se souvient-elle.

Cyberharcèlement et loi du silence

Salle de classeMais le harcèlement, bien souvent, se poursuivait après les cours, sur Internet. « Sur le compte Facebook de ma fille, j’ai découvert que tout le monde l’insultait, et que personne ne prenait sa défense. C’étaient des messages non stop. Certains enfants l’insultaient aussi par téléphone », raconte de son côté Nora Fraisse. Sa fille, Marion, s’est suicidé, à l’âge de 13 ans, le 13 février 2013. Elle fait partie des 3 ou 4 adolescents qui se suicideraient, chaque année, à cause du cyberharcèlement, selon le documentaire.

« Marion m’a toujours parlé. Elle me disait qu’elle était insultée, mais qu’elle s’accrochait, parce qu’elle aimait étudier », explique Nora Fraisse. « Mais à partir des vacances de Noël, elle n’en parlait plus. Je pensais que tout était rentré dans l’ordre, mais c’était tout l’inverse. C’est en fait à ce moment là, quand elle n’en a plus parlé, que les choses sont devenues graves », ajoute la mère de famille, dont le livre, Marion, 13 ans pour toujours, est sorti en librairie fin janvier 2015.

Comme le rappelle le documentaire, 22% des enfants harcelés à l’école « n’en parlent à personne ». Souvent, parce qu’ils ne veulent pas inquiéter leurs parents. « Et aussi par peur des représailles… que ce soit pire après », explique Emeline Bonneau.

« Les professeurs baissaient la tête et passaient »

Dans cette situation, que fait l’école ? Déplorant l’inaction du corps enseignant, Nora Fraisse décrit un principal de collège qui « nous disait que tout cela allait se tasser, défendant ses professeurs, sans jamais nous dire ‘je vais m’en occuper’, ou ‘on va faire quelque chose' ».

Jeune fille - Problèmes d' Ados © JPC-PROD - Fotolia

Jeune fille – Problèmes d’ Ados © JPC-PROD – Fotolia

Les parents de Mattéo, eux aussi, avaient contacté le collège de leur fils, bien avant son passage à l’acte. « Pas de réaction… On nous disait qu’il fallait toujours une tête de turc, que c’était normal au collège, qu’il s’agissait de gamineries », se souvient Raphael Bruno. Jusqu’au jour où le principal « m’a carrément dit qu’il ne pouvait rien faire, que son établissement avait peu de moyens, et qu’il ne pouvait pas mettre des caméras partout », ajoute-t-il.

Emeline Bonneau a été confrontée à une véritable passivité de la part de l’équipe pédagogique de son collège. « Les surveillants passaient à côté, regardaient, sans plus. Les professeurs dans les couloirs, eux aussi, passaient, ils voyaient très bien qu’on m’insultait, mais ils baissaient la tête et partaient », raconte-t-elle.

Charlène Amiard, qui a elle aussi connu « un manque total de réaction » de la part de son école, ne mâche pas ses mots : « C’est l’autorité d’un collège qui vous abandonne… Les adultes, en restant passifs, valident le harcèlement, l’humiliation, le fait que vous n’êtes rien ».

Pour la jeune femme, « il faut impérativement former les professionnels dans les établissements scolaires. Surtout le CPE : c’est la loi, la figure d’autorité. Et aussi les surveillants. » Quant aux professeurs, « leur rôle est de repérer, dans la classe, qui peut être le ‘bouc-émissaire’ potentiel… Car c’est connu, il y en a souvent un dans chaque classe. »

Un prochain renforcement de la formation des enseignants

Pour « mieux détecter » le harcèlement scolaire, Najat Vallaud-Belkacem a promis une meilleure formation des enseignants. « Dans les établissement, la prise de conscience doit être quotidienne. Il faut aussi briser le silence, rompre avec le phénomène de groupe, les enfants qui sont témoins, qui rigolent ou se taisent », remarque la ministre.

Le documentaire d’Andrea Rawlins-Gaston et Laurent Follea est disponible en replay sur le site de France Télévisions. En complément, l’internaute peut trouver sur ce site une plateforme d’informations pratiques et un espace d’appel à témoignages.

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