Les compétences et le travail de groupe, pour une évaluation positive

Au collège Gérard Philipe de Niort, l’équipe pédagogique expérimente un système qui allie l’évaluation par contrat de confiance (EPCC) d’André Antibi et l’évaluation par compétences - continue, différenciée et bienveillante.

Conférence nationale sur l'évaluation des élèves

Conférence nationale sur l’évaluation des élèves

Réunis à l’initiative du gouvernement les 11 et 12 décembre, à Paris, lors de la Conférence nationale sur l’évaluation des élèves, des inspecteurs de l’éducation nationale (IEN) et des enseignants se sont succédés pour présenter les projets d’établissements scolaires expérimentant de nouvelles formes d’évaluation.

Au-delà du débat sur l’utilisation des notes, l’un des cas concret présentés concernait l’évaluation positive des élèves au collège.

A Niort, au collège Gérard Philipe, l’équipe pédagogique expérimente depuis 2011 un système qui allie l’évaluation par contrat de confiance (EPCC) d’André Antibi et l’évaluation par compétences.

Dans cet établissement où “bons” élèves et enfants en difficulté se croisent, une Ulis (unité localisée pour l’inclusion scolaire), destinée aux enfants autistes, a également été mise en place. “La grande diversité des élèves à profils particuliers nous a imposé cette construction d’une nouvelle approche en matière d’évaluation, pour mettre tous les élèves en capacité d’apprendre et de progresser”, indique Marie-Christine Mezon, principale du collège Gérard Philipe.

Une échelle de 0 à 4 niveaux

L’évaluation chiffrée, “vécue comme décourageante, voire stigmatisante, avec le menace du décrochage”, a été abandonnée. Au cas par cas, dans le cadre de programmes personnalisés de réussite éducative (PPRE), la suppression des notes a été introduite.

05 - referentiel de capacités de connaissances et de competences unique pendant tte la scolarite au college

« LUnE » (Livret Unique de l’Élève) – « Un référentiel de capacités, de connaissances et de compétences unique, pendant toute la scolarité au collège » / Cécile-Clotilde Ziegler

Aux côtés de l’EPCC, qui a été mise en place, avec “des effets positifs”, l’évaluation par compétences a été d’abord testée, puis étendue à toutes les disciplines, de la 6ème jusqu’à la 3ème. En parallèle, un livret de compétences unique a été mis en place pour l’élève (durant toute sa scolarité au collège), ainsi qu’un outil de suivi, Sacoche, qui permet à l’équipe pédagogique d’informer les familles.

Plus d’évaluation chiffrée, mais des acquis mesurés par “une échelle de 0 à 4 niveaux, regroupés pour le bilan trimestriel, dans les 8 domaines clés de l’apprentissage des élèves”, indique Marie-Christine Mezon.

Des échelles descriptives

Enseignante de français au collège Gérard Philipe, Cécile-Clotilde Ziegler s’occupe de plusieurs classes, dont les effectifs tournent autour de 26 à 30 élèves. L’évaluation positive mise en place, explique-t-elle, est avant tout formative. Les compétences, connaissances et capacités évaluées sont réparties dans des échelles descriptives.

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Une « échelle descriptive » / Cécile-Clotilde Ziegler

“Ces échelles descriptives nous permettent de positionner l’élève selon des critères de maîtrise, et des indicateurs, observables. L’échelle est la ‘fiche de route’ de l’élève : elle lui permet de se situer, de s’auto-évaluer, tout au long de son parcours, une fois que l’enseignant l’a ‘positionné’ sur la grille”, ajoute la professeure.

Pour les élèves en difficulté, les compétences sur lesquelles travailler “en priorité” sont mises en évidence sur la fiche. “Et c’est toujours sur la même fiche que je vais positionner, à la fin de l’évaluation, la réussite de l’élève… de manière à ce qu’il puisse aussi mesurer le progrès qu’il a réalisé”, note Cécile-Clotilde Ziegler.

Une évaluation continue, “levier pour l’apprentissage”

L’évaluation par compétences “est un levier pour l’apprentissage”, poursuit l’enseignante, qui multiplie la pédagogie de projets et les tâches complexes (souvent interdisciplinaires) – des “situations où les élèves sont autonomes, actifs”.

Ces projets et tâches complexes permettent “d’évaluer l’élève en action, de façon continue”, notamment à travers des évaluations de groupe, ou des évaluations “à la volée” : “quand je m’aperçois qu’un élève sait faire quelque chose d’inattendu, je ne vais pas attendre plusieurs jours pour le constater, mais j’observe qu’il sait le faire”. Les élèves étant évalués à tout moment, ce système permet de “dédramatiser l’évaluation”. Plus fréquentes, “les évaluations deviennent moins stressantes”.

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Une « fiche d’îlot » / Cécile-Clotilde Ziegler

L’équipe pédagogique observe ainsi chez les élèves une atmosphère plus apaisée. “Il y a moins de commentaires négatifs chez les élèves, de réactions spontanément auto-dépréciatives. Et nous avons moins d’élèves qui pleurent quand ils reçoivent une copie”, indique Cécile-Clotilde Ziegler.

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© Christian Schwier – Fotolia.com

L’évaluation est constamment formative : “on est tout le temps en apprentissage”, explique-t-elle. Ainsi, le bulletin change, lui aussi. Les appréciations sont passées des traditionnels “excellent trimestre” et “bon ensemble” à des remarques détaillées, listant les points forts et les compétences sur lesquelles travailler. “Dans leurs appréciations, les professeurs traduisent les compétences acquises ou non de manière bienveillante, et prodiguent des conseils pour progresser”, constate Marie-Christine Mezon.

Une évaluation différenciée et adaptée à chacun

En outre, l’évaluation est différenciée et adaptée au rythme d’apprentissage des élèves. “Ils ne travaillent pas tous à la même vitesse et n’apprennent pas tous de la même manière”, constate l’enseignante. “Avec nos élèves intellectuellement précoces, avec les dyslexiques, les dyspraxiques,  les élèves en difficulté, ou les élèves en risque de décrochage, on va pouvoir mettre leurs efforts en valeur, et adapter les évaluations”, ajoute-t-elle.

Et de citer le cas concret d’un élève dyspraxique, Mael. “Il est lent à l’écrit et il a des difficultés dans toutes les tâches de lecture et de production de texte. Par ailleurs, il est curieux, vif, actif. Je vais pouvoir valoriser, à chaque fois que c’est possible, le fait qu’il comprend bien, qu’il raisonne bien, et qu’il a de vraies qualités à l’oral”, explique la professeure de français.

Îlots bonifiés, travail individuel et coopération entre élèves

Refusant la “compétition entre élèves”, l’équipe pédagogique a mis en place un système basé sur la coopération et le travail de groupe. Les classes sont organisées en îlots, par groupes de 3-4 élèves, selon le principe des “îlots bonifiés”, préconisés par Marie Rivoire.

Pour ce travail de groupe, Cécile-Cloltilde Ziegler et ses collègues utilisent des “fiches d’îlot”. L’évaluation est continue. Chaque îlot “construit ses compétences” – des compétences individuelles, et des compétences collectives.

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Une « fiche d’îlot » / Cécile-Clotilde Ziegler

Au début de la séquence, l’enseignante demande à chaque élève “un travail individuel”. Puis vient le temps du travail de groupe : elle évalue alors,“le fait que l’élève a travaillé en groupe, et à participé”. Puis les élèves d’un îlot co-construisent, tous ensemble, une leçon. “Avec le support de ce qu’ils ont travaillé, je leur demande de prendre la parole pour construire les éléments de la leçon, et j’attends d’eux qu’ils prennent chacun leur place, en participant oralement”, explique Cécile-Clotilde Ziegler. Qu’importe si le lundi, un élève “n’a pas parlé”, du moment qu’à la fin de la séquence, il ait participé – validant ainsi sa compétence.

“L’idée, c’est de mettre en place une solidarité entre les élèves, qu’ils puissent s’encourager les uns, les autres, en disant ‘regarde, on a déjà la réponse, tu peux prendre la parole’, et que se construise une vraie capacité de participation”, indique la professeure.

Collège

Collège © Christian Schwier

La coopération entre pairs est, dans ce processus, fondamentale. Des élèves que l’enseignante estime “très compétents” sont chargés d’accompagner d’autres élèves “qui n’ont pas maitrisé telle ou telle compétence”. Ainsi, “l’élève qui est compétent va asseoir sa compétence : il va devenir lui-même une sorte de maître d’école, et les autres élèves, de leur côté, vont se sentir en confiance”, explique Cécile-Clotilde Ziegler. Petit à petit, “ils vont construire, trouver des stratégies… des stratégies que leur camarade peut leur montrer, parfois plus efficacement que moi”, ajoute-t-elle.

Le droit à l’erreur

L’évaluation reste, avant tout, bienveillante. “L’erreur, c’est un outil pour apprendre. On essaie de  faire comprendre à l’élève qu’il n’est pas jugé sur ses erreurs, mais sur ses progrès. L’objectif est qu’il comprenne qu’il a le droit de ne pas apprendre au même rythme qu’un autre”, explique la professeure de français. Dans ce système, “les élèves indiquent avoir ‘moins peur’ de se tromper, ‘prendre goût’ au fait de participer et de poser des questions, et ‘mieux se connaître’ eux-mêmes.”

Invitée à témoigner lors de la conférence, Léa Revranche, 15 ans, remarque : “avec ce système, on s’auto-évalue, et ça nous rend plus autonomes. C’est aussi moins stressant : sans la pression des notes, j’apprends plus facilement, et je ne me compare plus aux autres”. Les élèves en difficulté “ne se sentent pas dévalorisés par rapport aux autres”, ajoute l’élève.

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Léa Revranche, élève au collège Gérard Philipe de Niort.

Pour Léa, “les compétences poussent à donner le meilleur de soi-même”. Elle décrit un système où la peur semble avoir disparu. “Ce n’est plus comme autrefois, avec les notes, où l’on se disait ‘on ne pourra pas se rattraper’. Si j’ai un point rouge, ce n’est pas grave, je sais quel point je n’ai pas compris, et je sais que la fois d’après, je pourrais m’améliorer”.

Un bilan positif

Selon Marie-Christine Mezon, la principale du collège Gérard Philipe, les statistiques, qui prennent en compte les évaluations avant et après la mise en place de l’évaluation par compétences en 2011, montrent un bilan positif. “Nous n’avons plus d’enfant en décrochage. Tous les élèves sont suivis individuellement, de manière personnalisée, et plus aucun ne baisse les bras”, indique-t-elle. Bilan du premier trimestre de l’année en cours : entre 90 et 92% des 402 élèves du collège ont des acquis allant de “suffisant” à “excellent”.

La principale conclut : “notre démarche permet aux élèves de développer pleinement leurs compétences, pas seulement les compétences “scolaires” ou disciplinaires, mais aussi les capacités cognitives, l’habileté intellectuelle, la méthodologie, les compétences psychosociales, l’apprentissage collectif, la coopération, la capacité à s’entraider”.

9 commentaires sur "Les compétences et le travail de groupe, pour une évaluation positive"

  1. collias  9 février 2015 à 18 h 18 min

    Quelle usine à gaz! Quel enfant, quel parent y comprendra quelque chose?Signaler un abus

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  2. Jean GABARD  13 février 2015 à 21 h 50 min

    L’évaluation des élèves est forcément négative. Elle n’est pas démocratique. En démocratie on ne juge jamais la personne mais ce qu’il a fait ou ditSignaler un abus

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  3. Guillaume Olivier  14 février 2015 à 7 h 28 min

    Evaluer 35*4 voire 35*6 élèves en permanence, en voilà une très bonne idée !
    Avec ça plus le temps de réfléchir à la démarche pédagogique, inutile, la pédagogie c’est l’évaluation.
    On en revient toujours au même point.Signaler un abus

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  4. NC  20 février 2015 à 7 h 55 min

    A la vue des commentaires, je me demande combien d’entre eux enseignent et permettent à leur élèves d’accéder à la connaissance…Le bon vieux cours magistral, frontal, brutal ne fonctionne plus tout seul. Ne jamais se remettre en question sclérose l’enseignement et la société. Toute démarche pédagogique n’est valable qu’à la lueur des acquis des élèves; dissocier construction de séquences et évaluation? Les résultats de ce collège ne sont pas uniquement basés sur le ressenti mais comparés aux autres collèges qui conservent des méthodes classiques. Conservateurs remettez-vous en question, combien de vos élèves sont heureux d’assister à vos cours, mais surtout combien laissez vous sur le bord de la route.Signaler un abus

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  5. HARMAND  21 août 2015 à 17 h 41 min

    Heureux de voir que l’on peut s’intéresser à l’évaluation car dans un système apparemment en crise , il faut du courage pour se risquer à voir ce qu’il en est vraiment.
    Malgré tout dans ce qui est exposé, l’on ne voit pas d’évaluation de contenus mais plutôt de compétences pouvant être appréciées indifféremment à tout niveau. Des métaconnaissances disons. Il est certain que l’on peut commencer par là mais c’est toujours la même histoire, savoir qui était là avant : la poule ou l’oeuf.
    Une perspective qui m’a toujours parue claire est que le premier intéressé par l’évaluation devrait être l’évalué et qu’enseigner sans être soucieux de savoir si les connaissances sont passées doit être ressenti comme de la malhonnêteté par l’enseigné. Serait-ce parce que l’enseignant et l’enseigné dans une évaluation apprécient un échec ou un succès de l’un ou de l’autre dans un rapport d’autorité plus ou moins perturbant ?Signaler un abus

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