Dictée négociée : une bonne idée ?

La dictée négociée est l’un des nombreux types de dictées à disposition des enseignants. Décryptage avec Joëlle Thébault, membre du conseil d’administration de l’Association française des enseignants de français (AFEF) et ancienne formatrice à l’IUFM de Versailles.

letters-66951_1280Qu’est-ce que la dictée négociée ?

La dictée négociée est surtout mise en œuvre en CM1 et CM2. A la différence d’une dictée traditionnelle, à visée purement évaluative, elle permet aux élèves d’apprendre à se relire en se posant les bonnes questions. Pour cela, après la dictée d’un texte et la relecture individuelle, de petits groupes de deux à quatre élèves sont formés. Chaque groupe doit rendre une seule copie au professeur, rédigée à partir de la confrontation des dictées individuelles de ses membres. L’objectif est d’amener les élèves à argumenter, justifier et expliciter oralement leurs choix orthographiques individuels pour aboutir à un consensus. La copie remise à l’enseignant est le fruit de cet accord, la version « négociée » de la dictée. La correction est collective : le processus de confrontation est réitéré, mais cette fois en classe entière. L’occasion de rediscuter et d’expliquer les notions qui posent problème.

Quels en sont les avantages et les limites ?

La dictée négociée favorise l’apprentissage d’une relecture efficace, qui pousse à s’interroger et remettre ses choix d’écriture en question, mais aussi les capacités de coopération entre les élèves.
Évidemment, on ne peut garantir que dans chaque groupe d’élèves, l’argumentation l’emportera. Selon leurs niveaux et leurs personnalités, il se peut que certaines corrections soient apportées sans réelle discussion. C’est à l’enseignant de composer habilement les groupes de travail et de relancer l’argumentation. Dans le groupe, l’élève le moins bon est chargé de rédiger la version négociée. Les groupes peuvent être remaniés entre deux dictées selon les interactions observées.

Non notée, la dictée négociée est-elle tout de même évaluative ?

Évaluer, ce n’est pas seulement mettre des notes, c’est surtout observer les difficultés et constater les acquis, les progrès de chacun. La dictée négociée, qu’elle soit notée ou non, constitue un système d’évaluation à part entière. Il existe une trace de chaque étape du dispositif puisque les deux versions, dictée individuelle et dictée négociée, sont ramassées. L’enseignant est donc en mesure de repérer les points qui posent encore problème, et à quelle portion de la classe, de façon à les retravailler. Par ailleurs, les élèves s’auto-évaluent puisqu’ils constatent quelles sont leurs réussites et leurs erreurs.

Selon vous, quel type de dictée choisir ?

La meilleure méthode, c’est une combinaison de dictées, qui ont chacune un objectif différent. L’erreur serait de n’en pratiquer qu’une. La priorité, c’est que les élèves développent des automatismes et de bons réflexes orthographiques par l’observation. Dans le système scolaire actuel, on pointe les exceptions trop tôt, ce qui crée de la confusion et inhibe le développement d’automatismes. L’objectif n’est pas que l’élève soit attentif à son orthographe uniquement dans le cadre d’une dictée, mais qu’il le soit en toutes circonstances. L’idéal étant que la bonne orthographe lui vienne d’elle-même, grâce à une bonne automatisation des principaux repères. La dictée quotidienne de phrases courtes constitue une méthode particulièrement intéressante pour amener les élèves à mémoriser certaines particularités orthographiques.

Camille Aulas

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