Académie de Créteil : de l’EPCC au « contrat participatif d’évaluation »

A l’école élémentaire de Chevry-Cossigny, l'évaluation par contrat de confiance d'André Antibi a été adaptée, dans une optique participative. Les élèves "co-construisent" leurs "fiches de réussite".

© Chlorophylle - Fotolia.com

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Réunis à l’initiative du gouvernement les 11 et 12 décembre, à Paris, lors de la Conférence nationale sur l’évaluation des élèves, des inspecteurs de l’éducation nationale (IEN) et des enseignants se sont succédés pour présenter les projets d’établissements scolaires expérimentant de nouvelles formes d’évaluation.

Au-delà du débat sur l’utilisation des notes, le premier cas concret présenté concernait la différenciation entre la phase d’apprentissage et la phase d’évaluation.

Entre 2010 et 2012, Philippe Roederer, IEN chargé de la circonscription de Pontault-Combault, dans l’académie de Créteil, a chargé des enseignants de mettre en place un protocole, basé sur l’évaluation par contrat de confiance (EPCC) d’André Antibi, mais davantage participatif, et adapté à l’école élémentaire.

« Aujourd’hui, 70% des enseignants de ce territoire ont modifié leur regard sur les élèves, et réinterrogé leur manière de les accompagner jusqu’au contrôle », explique Philippe Roederer, qui constate « des progrès spectaculaires » dans les classes où le nouveau protocole a été mis en oeuvre.

Baptisé « contrat participatif d’évaluation », ce système transforme le « contrat d’évaluation » de l’EPCC en un véritable objet de travail partagé par la classe.

Des « fiches de réussite » co-construites avec les élèves

Pour illustrer l’efficacité de ce système, Catherine Massicot, enseignante à l’école élémentaire Normandie Niemen, à Chevry-Cossigny, a présenté lors de la conférence, la façon dont elle a transposé l’EPCC à l’école primaire, dans une optique participative.

La professeure des écoles a suivi les principes de base de l’EPCC. L’évaluation par contrat de confiance repose sur l’idée que les élèves sont au courant du contenu de l’évaluation à venir, au moyen d’une fiche de révision, contenant les savoirs et savoir-faire qui ont été étudiés en classe, ainsi que tous les exercices corrigés s’y référant.

Mais l’EPCC concernant essentiellement, à l’origine, l’enseignement secondaire, le protocole d’André Antibi a dû être adapté. « Nous avons nos élèves bien plus longtemps, et cela demande une nécessaire adaptation aux élèves ainsi qu’à la réalité de nos classes », indique Catherine Massicot.

Une "fiche de réussite", en CP. / DR

Une « fiche de réussite », en CP. / Catherine Massicot

L’évaluation est préparée, avec les élèves, lors de plusieurs séances de révision. Les fiches de révision, rebaptisées « fiches de réussite », sont l’outil phare de ces séances, qui ont été restreintes à la salle de classe. « On ne peut pas demander à nos élèves de CP de repartir avec une fiche de révision chez eux, pour réviser à la maison. D’où l’idée de ritualiser le temps de révision, d’en faire un moment où les enfants s’entraident, en classe », explique l’enseignante.

Avec ce système, ses pratiques d’évaluation ont « radicalement changé ». Elle explique : « la place de l’évaluation est au cœur de la séquence. Il y a un vrai changement de posture : je construis, avec mes élèves, la séance d’évaluation. Les enfants sont préparés à ce qui leur sera demandé. Ils sont rassurés, car ils savent qu’ils ne seront pas piégés. »

Les fiches de révision ont également été adaptées. Les « fiches de réussite » sont « co-construites » avec les élèves, qui « participent à la création de l’évaluation ». Concrètement, elles comportent une colonne « ce que je dois apprendre » (les connaissances à acquérir en vue de l’évaluation), une colonne « mes outils ou documents » (les leçons où se situent les réponses aux questions), et une partie « exercices pour m’entraîner » – dans laquelle les élèves peuvent s’exercer.

Une meilleure préparation au collège

Pour les CP et CE1-CE2, les exercices travaillés dans la fiche correspondent le plus souvent aux questions de l’évaluation. En revanche, pour les CM1-CM2, une question ‘bonus’ peut être posée. Plus l’âge des élèves avance, plus les connaissances listées sont pointues, et les exercices diversifiés. « En CM2, la colonne ‘ce que je dois apprendre’ est plus conséquente, car on prépare les élèves au collège », explique la professeure des écoles.

En cycle 3, « la fiche fait partie d’une véritable séance dans la séquence. Nous la travaillons ensemble. Les élèves trouvent des techniques pour retenir certains points de la leçon, ils apprennent à chercher ce qui sera demandé lors de l’évaluation », indique Catherine Massicot.

Une "fiche de réussite", en CM2. / Catherine Massicot

Une « fiche de réussite », en CM2. / Catherine Massicot

Grâce à ce système, l’institutrice constate « un renforcement de la liaison école-collège » : « le fait de travailler cette fiche, de la construire ensemble, rend les élèves plus autonomes lors de leur passage au collège. En 6ème, quand ils auront une séquence à réviser, sans savoir ce qui leur sera demandé, ils seront mieux préparés », remarque-t-elle.

Selon la professeure, l’EPCC renforce aussi les relations école-familles. « Les parents se sentent moins démunis par rapport aux évaluations : les enfants peuvent remporter leur fiche de réussite à la maison, s’ils souhaitent réviser, et les familles sont plus à même d’aider leurs enfants. Cela dédramatise le moment de l’évaluation », explique Catherine Massicot.

De la sélection vers « l’évaluation réelle »

L’enseignante constate que « des évolutions » sont encore possibles, afin de mieux préparer les élèves à l’évaluation. Ainsi décrit-elle d’autres formes de fiches de réussite reposant sur le numérique – comme les capsules vidéo de Grégory Quiquempois, professeur de SVT, qui permettent aux élèves de réviser à la maison, ou comme les cartes mentales, « qui peuvent servir d’outils de révision ».

« Ce système nous fait passer de la sélection à l’évaluation réelle », remarque Philippe Roederer. « Il nous est souvent reproché de ne faire que de la restitution, et de ne pas confronter les élèves à des situations qui devraient leur résister. Or, c’est en phase d’apprentissage que nous posons ces situations. C’est dans cette phase que la situation qui résiste à l’élève doit se vivre, avec la sécurité que procure le dispositif pédagogique : j’ai le droit de chuter, car je sais que le maître va m’accompagner », ajoute-t-il.

Selon l’IEN, « les performances des élèves sont supérieures, comparées à la période précédant la mise en place de ce système. Les enfants travaillent mieux, car ils savent ce que l’on attend d’eux ». Il constate que chez les élèves, notamment ceux en difficulté, « l’on est passé de ‘je n’ai pas compris’ à ‘je n’ai pas appris’, ce qui change radicalement la donne ».

1 commentaire sur "Académie de Créteil : de l’EPCC au « contrat participatif d’évaluation »"

  1. Cécile  17 mars 2015 à 13 h 19 min

    Bonjour, je trouve cet article très intéressant. Je pratique les fiches de révision mais sans la partie « ce que je dois apprendre ». Je vais étudier plus en détail le contrat d’apprentissage.
    Merci pour ce partage.Signaler un abus

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