Langues vivantes en France : où en est l’enseignement ?

Expolangues, le salon dédié aux langues vivantes, se tiendra du 5 au 7 février 2015, à Paris. L’occasion de nous entretenir avec Jean-Luc Breton, enseignant et vice-président de l’Association des professeurs de langues vivantes (APLV).

Langues vivantes

Langues vivantes © anna_murashova – fotolia.com

Vous êtes professeur d’anglais au lycée Racine, à Paris. En tant qu’enseignant dans le secondaire, qu’attendez-vous d’un salon comme Expolangues ?

Je ne pense malheureusement pas que ce salon soit très instructif pour les enseignants. Il y a une vingtaine d’années, c’était un salon extrêmement formateur qui accueillait, entre autres personnalités intéressantes, des linguistes et des auteurs de méthodes. Les professeurs étaient amenés à approfondir et à échanger sur les langues, comme sur leur manière de les enseigner. Aujourd’hui, les enseignants n’y trouvent plus leur compte : il s’agit d’un salon avant tout commercial dont la vocation est la vente de séjours linguistiques et la présentation d’écoles de langues à l’étranger. On y voit d’ailleurs de moins en moins de professeurs mais de plus en plus de parents et d’étudiants.

La France est-elle vraiment en retard par rapport aux autres pays européens dans son enseignement des langues vivantes ?

Je ne suis pas convaincu que ce soit vrai. Si je me réfère à l’anglais, je ne peux pas dire que je remarque de véritable différence de niveau d’un pays à l’autre. Par exemple, les élèves allemands que je reçois dans mes classes ne parlent pas mieux l’anglais que mes propres élèves. Il y a des exceptions bien sûr, comme la Scandinavie. Dans cette région, on parle beaucoup l’anglais dans la vie courante et de nombreuses émissions sont diffusées en langue anglaise. Evidemment, l’apprentissage de l’anglais s’en trouve facilité pour les élèves. Mais ces exceptions ne sont pas généralisables. Et puis, n’oublions pas le taux de réussite à l’épreuve d’anglais du baccalauréat : dans des académies considérées comme « mauvaises », de nombreux élèves parviennent aussi à obtenir de bonnes notes !
Pour rattraper ce retard – s’il existe – ou en tout cas pour améliorer le niveau moyen des élèves français, il faudrait peut-être commencer par allouer plus de moyens pour l’enseignement des langues. La diminution du nombre d’heures de cours, suivie de l’augmentation du nombre d’élèves par classe, sont de véritables freins à l’expression orale fréquente des élèves. Les administrations ont des efforts à faire !

Quelles sont les méthodes efficaces pour enseigner les langues ? Y a-t-il des pratiques à bannir ?

Au vu de mon parcours professionnel, mon conseil est de communiquer le plus possible avec les élèves : leur poser des questions, les faire réfléchir et discuter autour d’un thème ou encore se servir de l’actualité. Travailler sur des thématiques précises est souvent plus productif que l’étude de périodes historiques.
En revanche, je ne peux pas citer de méthode à proscrire. Une méthode qui fonctionne avec un enseignant marchera, de fait, avec ses élèves. Il faut tenir compte du milieu dans lequel on enseigne : dans certaines académies, les professeurs se trouvent dans des situations très difficiles et font alors ce qu’ils peuvent pour transmettre quelque chose aux élèves, même si ce n’est pas exactement ce qui est préconisé. Et c’est déjà très bien !
La méthode la moins intéressante aujourd’hui est sans doute la moins moderne : celle qui consiste à se concentrer sur la grammaire et à favoriser l’apprentissage par la répétition. Malheureusement, faute d’une vraie formation à l’enseignement des langues vivantes, beaucoup de professeurs des écoles ont encore recours à des méthodes fondées sur la répétition et l’imitation.

Ces bonnes méthodes d’enseignement, comment les généraliser ?

Le problème, en France, c’est qu’on a tendance à tout intellectualiser. Les préconisations et leurs évolutions ne sont pas faciles à comprendre pour les enseignants, qui ne savent pas toujours quoi en faire. Il en ressort des pratiques parfois très hétérogènes. C’est pourquoi l’information et la représentation du ressenti de la profession sont essentielles. Et c’est la vocation de l’Association des professeurs de langues vivantes (APLV), désormais centenaire, qui, en plus de fédérer et de représenter la profession, s’attache à défendre une véritable politique des langues.

 

Camille Aulas

1 commentaire sur "Langues vivantes en France : où en est l’enseignement ?"

  1. MICHEL  10 février 2015 à 12 h 18 min

    Bonjour,
    D’accord sur le manque flagrant d’heures de cours, 4h en 6é, puis 3 puis 2 en terminale alors que l’on sait qu’à moins de 4h hebdomadaires on ne progresse plus. Par ailleurs, les programmes de lycée et du bac ne préparent pas à l’utilisation courante des langues puisque le bac prétend faire disserter les élèves à l’oral comme à l’écrit sur des des notions philosophiques du genre » mythes et héros ». Pourquoi ne pas s’orienter vers des programmes plus efficaces utilisés, entre autres, par les éditeurs britanniques pour la préparation aux examens internationaux?
    Le problème français est que les « pédagogues » qui décident ont une approche culturelle des langues au lieu d’avoir une approche pragmatique (dixit un IPR d’anglais lors d’une réunion avec une soixantaine d’enseignants).
    Quant aux méthodes de répétition sont-elles aussi mauvaises que ça quand on voit des méthodes comme Mosalingua sur Internet qui basent leur enseignement sur elles? Bien sûr, il est difficile de le faire avec une classe entière et nous retombons donc sur la question des heures et des effectifs. Au risque d’être iconoclaste est-il nécessaire que TOUT le monde fasse des langues vivantes du primaire à la terminale? Ne serait-il pas plus efficace de proposer plus d’heures sous forme d’options facultatives pour les élèves les plus motivés?Signaler un abus

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