Après Charlie, les profs de banlieue « en première ligne » pour défendre la République

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« Ils l’ont bien cherché! » Simple provoc’ adolescente ou défiance profonde vis-à-vis du « système »? Des enseignants de banlieue interrogés par l’AFP sont divisés sur le sens à donner aux réactions de certains élèves, mais se sentent tous en « mission » pour défendre la République.

C’est un « tableau noir » que dresse David Mitzinmacker, qui enseigne l’histoire-géo au lycée Pierre-de-Coubertin à Meaux (Seine-et-Marne). Dans ce département plutôt rural où le Front national se porte bien, « ce qui m’a surpris, c’est l’incompréhension des élèves, le fait qu’ils ne comprennent pas le second degré ».

Ainsi, certains pensent que Charlie est une personne, d’autres se méprennent sur le sens d’une déclaration du Premier ministre Manuel Valls se disant « juif » par solidarité avec les victimes de la prise d’otages dans l’Hyper Cacher.

Surtout, une minorité semble « rétive à tout discours », y compris quand il est porté par l’enseignant, « qui fait partie du système ». « Bien sûr, cela dépend des classes, du niveau social des élèves », nuance cet enseignant, mais « j’ai l’impression que le discours humaniste ne passe plus beaucoup ».

Guillaume Gicquel, prof d’histoire-géo au lycée Paul-Eluard à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), décrit lui aussi des élèves « travaillés par un tas de discours » émanant d’internet, des parents ou d’autorités religieuses, mais il se dit « optimiste ».

« Pour mes élèves, clairement, les frères Kouachi et Amédy Coulibaly ne sont pas des héros, ils ne se reconnaissent pas en eux, dans leur parcours. » Eux ont « l’espoir de trouver du travail, de s’intégrer, et nous savent gré de projeter sur eux des choses positives ».

Mais, pour être entendu, « il faut écouter et prendre le temps de déconstruire » leurs opinions, poursuit cet enseignant, bien placé pour ce faire car il est formateur à l’Ecole supérieure du professorat et de l’éducation (Espe) sur les « questions sensibles ».

– ‘Un ado, ça peut être con’ –

D’autres relativisent la portée des réactions négatives de certains élèves. Pour Anne-Laure, prof de français dans un collègue de Bagnolet (Seine-Saint-Denis), ce sont ceux « qui n’apportent jamais leur cahier, ne prennent pas de notes en cours » qui ont joué une fois de plus les « rebelles » en disant: c’est « bien fait » car il ne faut pas « se moquer du sacré ».

Une « posture » de provocation qui la renforce dans sa mission d’éducation: « A nous de semer les graines pour qu’ils se développent, qu’ils lisent, qu’ils réfléchissent à ce qui les entoure. »

C’est aussi l’avis de Mathieu, professeur de musique dans un collège du Val-d’Oise. « La banlieue n’est pas homogène, c’est l’image du pays en concentré. Bien sûr, j’ai entendu des +bien fait!+ mais c’est une posture, ce sont ceux qui font les marioles. Ca prouve juste qu’un ado, ça peut être con », plaide-t-il.

« Et le simple fait de laisser les élèves s’exprimer fait, qu’entre eux, ils se régulent. Les provocations ont été désamorcées très vite », relate ce professeur de Colombes (Hauts-de-Seine) qui veut garder l’anonymat.

Surtout, ces enseigants rappellent qu’avant de pointer du doigt les élèves « dissonnants », il faut prendre en compte leur « sentiment de stigmatisation ».

Pour Guillaume Gicquel, « il ne faut absolument pas éluder la question sociale: la relégation, elle existe et notre travail est de donner confiance à ces mômes pour qu’ils finissent bien ».

Et quelle que soit leur analyse, les enseignants interrogés s’accordent sur un point: ces attentats ont redonné sens à leur métier.

C’est le cas de Marie, 33 ans, prof d’histoire-géo à Rosny-sous-Bois (Seine-Saint-Denis). « Ce jour-là (jeudi, le jour de la minute de silence), j’ai eu le sentiment d’une vraie responsabilité, j’ai pas pris mon métier à la légère. Debout, face à mes élèves, c’est là que je voulais être. »

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