Education à la citoyenneté : décalage entre les programmes officiels et la réalité (Cnesco)

Si, en théorie, les écoles françaises proposent une éducation à la citoyenneté de qualité, la réalité de terrain est souvent toute autre, selon une étude du Cnesco.

classe de collège

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Si dans les programmes officiels, les établissements scolaires français sont très engagés dans l’éducation à la citoyenneté, il existe un fort décalage entre la théorie et la réalité de terrain, déplore le Conseil national d’évaluation du système scolaire (Cnesco) dans une analyse publiée aujourd’hui. Cette courte étude a été écrite « dans l’urgence » pour « aider à construire le débat public autour de notre école » après la grande mobilisation du 11 janvier dernier.

Une implication théorique importante des établissements

Dans les instructions officielles, la France dispose en effet d’un solide dispositif d’apprentissage de la citoyenneté dans les écoles, le plus importants des pays européens, relève le Cnesco. Elle propose en effet depuis 1990 « les trois principales dimensions qui peuvent constituer une éducation à la citoyenneté » : des cours d’éducation civique, l’implication des élèves dans les instances de gouvernance des établissements d’enseignement secondaire, et des projets éducatifs de responsabilisation citoyenne.

Les heures d’éducation civique utilisées pour d’autres matières

Mais, si théoriquement la France se distingue de ses voisins européens par son implication dans l’enseignement des valeurs citoyennes, elle pèche dans la mise en oeuvre de ces instructions officielles. Ainsi, souligne le Cnesco, les heures dédiées à l’éducation civique ne sont pas toujours consacrées en totalité à cet enseignement. Elles « peuvent servir notamment à achever la couverture des programmes scolaires dans d’autres matières ».

De plus, le Cnesco observe une différence entre les volumes horaires d’éducation civique dispensés en filière générale, en filière technologique et en filière professionnelle. Alors qu’en voie générale, le cadre horaire est clairement posé, avec 30 minutes par semaine, dans la voie technologique est seulement attribué un volume horaire de 380 heures pour 3 ans, tandis qu’en voie professionnelle, « aucun nombre d’heures » n’est attribué à l’éducation civique même si elle figure dans les programmes. Ces différences contribuent « certainement à construire des inégalités de socialisation politique (absentéisme électoral…) selon le diplôme », déplore le Cnesco.

Des élèves peu investis dans les débats citoyens

L’instance dénonce aussi la faible implication des élèves dans la vie citoyenne de leur établissement, déjà pointée du doigt par la Mission sur l’enseignement de la morale laïque en 2013. Leur participation aux instances de gouvernance (conseils de classe, conseil de la vie lycéenne, maisons des lycéens) reste faible et « les projets citoyens d’établissements cohérents sur le long terme, s’ils existent dans certaines écoles, demeurent peu nombreux ». En effet, les jeunes se sentent peu concernés et « vivent alors les instances comme un dispositif institutionnel, formel et éloigné de leurs intérêts ».

Ce manque d’intérêt pour les questions de citoyenneté pourrait être dû aux faibles enjeux de l’évaluation de l’enseignement de la citoyenneté. Comme le déplore le Cnesco, « si l’enseignement de l’éducation civique fait l’objet d’une épreuve pour l’obtention du diplôme national du brevet et du baccalauréat professionnel, l’éducation civique, juridique et sociale au lycée n’est pas évaluée au baccalauréat ».

Un constat partagé par le syndicat SGEN-CFDT, qui a rencontré la ministre de l’Education nationale lundi pour lui livrer ses propositions sur les suites à donner à la mobilisation du 11 janvier dans le domaine éducatif. Le syndicat préconisait, entre autres, de « faire de l’éducation à la morale civique (EMC) autre chose qu’un simple enseignement, déconnecté de la vie quotidienne et des réalités vécues par les jeunes en développant les dispositifs de type ‘apprentissage par le service' ».

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