Charlie Hebdo : comment aborder le sujet avec ses élèves ?

Alors que la France est sous le choc après l'attentat contre Charlie Hebdo, les enseignants se retrouvent confrontés à un défi : en parler avec leurs élèves.

I am Charlie (In French) card with colorful background © gustavofrazao - Fotolia

I am Charlie (In French) card with colorful background © gustavofrazao – Fotolia

Une lettre distribuée aux personnels enseignants par la ministre de l’Education les invite à « répondre favorablement aux besoins ou demandes d’expression des élèves« .

La ministre rappelle ainsi que « l’école de la République transmet aux élèves une culture commune de la tolérance mutuelle et du respect », « éduque à la liberté, à l’égalité et à la fraternité », et qu’au moment où la France « manifeste son unité nationale », l’école doit « plus que jamais porter l’idéal de la République ».

« Ne pas sur-dramatiser, mais chercher les bons mots »

Mais comment aborder l’attentat avec des enfants, sans les choquer ?

Le magazine Marie France a donné la parole à la psychanalyste Liliane Holstein. Selon elle, il faut avant tout s’adapter à l’âge des enfants. S’ils sont très jeunes, « ils ressentent l’émotion des adultes. Il faut les laisser parler et les écouter, leur demander ce qu’ils ont compris, ce qu’ils ressentent. C’est la parole qui va leur permettre de passer à autre chose », indique-t-elle.

« On ne parle pas de la même façon, avec les mêmes mots, à un enfant de 6 ans et à un enfant de 10 ans. Ce que je pense, c’est qu’il faut ouvrir la discussion, en commençant par leur dire : voilà, vous avez vu des images, entendu des choses. C’est à partir de ce qu’ils en ont perçu que l’on peut parler. On doit d’abord voir ce que les enfants ont dans la tête », lance Sébastien Fournier, enseignant à l’école de la Busserine, à Marseille, au quotidien La Provence.

« Il ne faut pas sur-dramatiser, mais chercher les bons mots. Moi je vais parler à mes élèves de la liberté d’expression, car je peux, avec mes CM2, le raccorder au programme scolaire : le XIXe siècle, les nouveaux droits gagnés en France », ajoute-t-il.

« Ce dont ils n’ont pas besoin, c’est des détails »

Le Petit Quotidien

Le Petit Quotidien

Pas question, en tout cas de ne pas aborder le sujet, pour « épargner » les enfants. Interrogé par la Provence, Pascal Micaelli, psychologue clinicien marseillais, affirme : « bien évidemment il faut parler avec les enfants de ce qui s’est passé, en s’adaptant à leur âge, à leurs questions. En demandant à l’enfant ce qu’il pense, on pourra plus aisément s’adapter à sa maturité, à ses questionnements. Ce dont ils n’ont pas besoin, c’est des détails ».

Les professeurs des écoles pourront aussi se reposer sur des ressources pédagogiques du ministère, ou pourquoi pas, utiliser le dernier numéro du Petit Quotidien, journal d’actualité pour les 6-10 ans. Un bandeau, en Une, précise : « adultes, accompagnez les enfants dans la lecture de ce numéro ».

Les premières pages sont très factuelles, expliquant qui sont les protagonistes, le contexte de l’attentat, les mots difficiles, et abordant le sujet de la liberté de la presse dans le monde. En dernière page, une bande dessinée, illustre en douceur le concept de la liberté d’expression.

Parler des valeurs et orienter le programme

Dans les collèges et les lycées, la façon d’en parler est différente : la place est au débat, autour des valeurs républicaines notamment.

« C’est une occasion de donner aux adolescents une leçon de vie et d’éveiller leur conscience politique. Ils sont nés avec la conviction que la liberté de s’exprimer était acquise. Or, ce sont les adultes de demain. Il faut leur montrer combien les valeurs fondamentales de la France, notamment la liberté, doivent être défendues », explique Liliane Holstein à Marie France.

A Bordeaux, au lycée Montaigne, « les prises de paroles des enseignants et les explications se feront en fonction de la sensibilité des élèves« , explique le proviseur dans un email aux professeurs, relayé par Le Figaro.

A Grenoble, au lycée Champollion, le proviseur a observé avec les élèves et l’équipe pédagogique, une minute de silence. Mais auparavant, il a lu « un texte d’Albert Camus sur la liberté de penser », et a « parlé des valeurs de notre démocratie et du vivre-ensemble ». Les enseignants, en particulier les professeurs de français et d’histoire-géographie, « pourront orienter leur programme ces prochains jours sur le sujet », indique Le Figaro, qui précise que des élèves « représentants de la vie lycéenne » prendront également la parole.

Source(s) :
  • La Provence, Le Figaro, Marie Claire

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