« Les professeurs doivent être exigeants et bienveillants »

Alain Badets, conseiller principal d’éducation (CPE) à la retraite et formateur spécialiste de la gestion de crise dans l’académie de Rouen, vient de publier un guide pour agir face aux incivilités en milieu scolaire.

Alain Badet

Alain Badets

Dans votre livre, vous soulignez que les acteurs de l’éducation sont confrontés quotidiennement aux incivilités. Pouvez-vous donner des exemples précis ?

Les incivilités dont je parle sont basées sur ma propre expérience en tant qu’instituteur, puis de psychologue scolaire et de CPE. J’ai aussi analysé plusieurs centaines de « rapports d’incidents », ces documents internes rédigés par les enseignants pour alerter leur hiérarchie et demander une sanction. Les incivilités relèvent le plus souvent de problèmes de bavardages, de niveau de langage inapproprié, ou de comportement en classe… Elles ne sont pas à confondre avec les insultes et les délits. Ces incivilités qui perturbent les cours ont toujours existé, mais elles ont évolué : la limite entre espace public et privé est de plus en plus floue. Il y a aujourd’hui de plus en plus de familiarité des élèves vis-à-vis de leurs enseignants. Les établissements bataillent pour rétablir une frontière entre l’école et la maison.

La civilité peut-elle s’enseigner ? Et est-ce le rôle de l’école d’apprendre aux élèves à devenir civil avant de devenir citoyen ?

Selon le principe de la coéducation, c’est à la fois le rôle de la communauté éducative et des parents. La civilité ne s’enseigne pas comme une discipline à part entière. Ce doit être une philosophie et une pratique partagée au quotidien, aussi bien par les enseignants que par les acteurs de la vie scolaire et les chefs d’établissements. Les professeurs ont bien compris, par exemple, à quel point il est important qu’ils arrivent en premier dans la classe afin de saluer les élèves et de les inviter à entrer dans le calme. C’est une marque de respect et cela conditionne le climat du cours.

Badets couv

Badets couv

Quelles actions concrètes proposez-vous pour lutter contre les incivilités à l’école ?

Les actions peuvent être de plusieurs ordres. Le principe du droit et des règlements intérieurs est important mais cela ne suffit pas. Un discours positif doit aussi être tenu à l’élève : les enseignants doivent veiller à expliciter leurs attentes, à se montrer à la fois exigeants et bienveillants. Il faut faire en sorte que l’élève n’assimile plus son échec provisoire comme une incompétence définitive. Beaucoup d’établissements travaillent sur le mode d’évaluation, en valorisant le plus possible les compétences acquises et le chemin parcouru.

L’environnement de travail permet également de prévenir l’apparition d’incivilités : beaucoup de collèges et de lycées ont compris qu’il ne faut pas laisser les élèves dans un endroit vide et sans occupation à l’heure du déjeuner. Il est important aussi de travailler avec les jeunes enseignants sur la manière dont ils peuvent gérer l’apparition des tensions. L’idée, c’est d’aider les professeurs débutants à désamorcer un conflit, sans perdre la face. Souvent, le ton monte et la situation dégénère alors que l’événement de départ était anodin. Plusieurs techniques existent, comme faire remarquer à l’élève ce qui se passe, lui indiquer que la situation ne peut pas durer, ne pas sanctionner tout de suite mais attendre la fin du cours. Les émotions ne doivent pas parasiter la prise de décision.

Les incivilités ne concernent-elles que les jeunes ?

Bien sûr que non ! Et le fait que la société n’adresse pas toujours les bons messages aux jeunes est un vrai problème pour les enseignants. De la même manière, nous devons nous-mêmes, en établissement scolaire, être les premiers à respecter les règles de civilité quant à l’usage du portable, à la ponctualité et au respect de la dignité de chacun… Donner envie aux jeunes de devenir adultes, c’est leur donner envie de nous ressembler un peu. De ce point de vue, les adultes se doivent d’être cohérents.

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